Nigeria: des enfants meurent dans des centres de détention pour islamistes

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Dans un nouveau rapport publié mercredi, Amnistie dénonce la mort d'au moins 149 personnes dans ce centre de détention, dont 12 enfants, presque tous de moins de cinq ans, le plus jeune ayant cinq mois.

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Agence France-Presse
LAGOS

Amnistie internationale a demandé mercredi aux autorités nigérianes de fermer un centre de détention réservé aux membres présumés du groupe islamiste Boko Haram après la mort en détention de 150 personnes, dont des enfants et des bébés.

Le groupe de défense des droits de l'homme a déjà dénoncé, par le passé, le traitement «inhumain» réservé aux détenus des casernes de Giwa, à Maiduguri, dans le nord-est du Nigeria.

Dans un nouveau rapport publié mercredi, Amnistie dénonce la mort d'au moins 149 personnes dans ce centre de détention, dont 12 enfants, presque tous de moins de cinq ans, le plus jeune ayant cinq mois.

«La découverte de la mort de bébés et de jeunes enfants dans des conditions atroces, alors qu'ils se trouvaient dans un centre de détention militaire, est à la fois poignant et horrifiant», a déclaré Netsanet Belay, le directeur Afrique d'Amnistie.

«Nous avons déjà dénoncé à plusieurs reprises le taux de mortalité alarmant parmi les détenus des casernes de Giwa. Ces nouvelles révélations démontrent que cet endroit est associé à la mort, autant pour les adultes que pour les enfants», a-t-il poursuivi.

«Il ne peut y avoir ni excuses ni délais. Le centre de détention des casernes de Giwa doit fermer immédiatement, et tous les détenus doivent être libérés ou remis aux autorités civiles», a-t-il insisté.

Selon le nouveau rapport d'Amnistie, intitulé «Ce que vous allez voir va vous faire pleurer: Vie et mort dans les casernes de Giwa», d'anciens détenus et des témoins rapportent que des détenus sont morts de faim, de maladie, de déshydratation ou des suites de blessures.

Quelque 1200 personnes, dont 120 enfants, étaient détenus dans ce centre en mars. Les conditions de détention, dans ce centre surpeuplé, ont empiré, malgré les critiques formulées par le passé, dénonce le rapport, à cause notamment de l'insurrection armée en cours conte Boko Haram, qui a entraîné des arrestations de masse.

Des corps dans des bennes à ordures

Les maladies, telles que la varicelle et la diarrhée, se propagent rapidement dans les trois cellules pour femmes, où celles-ci sont entassées avec leurs enfants et leurs bébés, rapportent des témoins cités.

Le nombre de détenus par cellule est passé de 25, l'année dernière, à 250 cette année, poursuit le rapport.

«Il y a beaucoup d'enfants avec nous dans les cellules, âgés d'un mois à un an. La cellule est tellement bondée qu'on ne peut pas se tourner de droite à gauche en dormant», décrit une femme.

L'armée nigériane n'a pas nié détenir des enfants. Le 12 février, l'armée a annoncé avoir relâché 275 détenus dont 50 enfants qui avaient été soupçonnés de «terrorisme ou insurrection».

Amnistie dénonce le manque de procès, pour les suspects, et le fait qu'aucun d'entre eux n'aient accès à un avocat pendant leur détention, ce qui représente une violation des lois nigériane et internationale.

Des fossoyeurs de Gwange, le plus grand cimetière de Maiduguri, avaient déjà rapporté à l'AFP, en février, avoir enterré sur place des civils morts dans les casernes de Giwa.

Selon ce nouveau rapport, 136 hommes sont morts, en plus des 12 enfants, depuis janvier, et les corps des morts de Giwa ont été transportés à Gwange dans des bennes à ordures, «deux ou trois fois par semaine».

Amnistie a déjà dénoncé l'exécution, par l'armée, de plus de 600 détenus qui avaient fui Giwa en mars 2014 après une attaque de Boko Haram.

En juin dernier, l'organisation a considéré que certains commandants de l'armée nigériane étaient passibles de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, dans la lutte contre Boko Haram.

Le président nigérian Muhammadu Buhari a promis de se pencher sur ces accusations et il a assuré que son gouvernement «ne tolérerait pas l'impunité et les violations des droits de l'homme».

Mais selon Amnistie, «aucune mesure n'a été prise pour l'instant afin de mettre en place des enquêtes indépendantes, impartiales et efficaces ou de lancer des poursuites pour les crimes commis».

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