Le Burundi s'enfonce un peu plus dans la violence

Des membres des forces de sécurité burundaises sont... (PHOTO ONESPHORE NIBIGIRA, AFP)

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Des membres des forces de sécurité burundaises sont déployés sur les lieux de l'attaque qui a coûté la vie au général tutsi Athanase Kararuza, conseiller du 1er vice-président en matière de sécurité, à Bujumbura, le 25 avril.

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Esdras NDIKUMANA
Agence France-Presse
NAIROBI

Le Burundi est confronté à une recrudescence des violences, avec l'assassinat lundi encore d'un général en plein Bujumbura, un an après l'annonce de la candidature du président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat qui a plongé son pays dans une très grave crise politique.

Devant la multiplication des meurtres et des cas de tortures, la procureure de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, a annoncé lundi l'ouverture d'un examen préliminaire, étape préalable à une enquête sur les violences commises au Burundi depuis avril 2015. Celles-ci ont fait plus de 500 morts, sans compter de nombreux disparus arrêtés par les forces de sécurité et dont les proches sont depuis sans nouvelles.

C'est dans ce contexte particulièrement sombre que la médiation emmenée par l'ancien président tanzanien Benjamin Mkapa a indiqué vouloir relancer début mai un dialogue de paix actuellement au point mort.

Bujumbura s'est de nouveau réveillée lundi au son d'une attaque à la grenade et au lance-roquette: cette fois-ci, c'est un général tutsi, Athanase Kararuza, conseiller du 1er vice-président burundais en matière de sécurité, qui a été tué.

Dimanche, un colonel de la police, tutsi également, était grièvement blessé dans une attaque similaire tandis que le ministre burundais en charge des Droits de l'homme Martin Nivyabandi et son épouse réchappaient par miracle d'une attaque à la grenade à la sortie de la messe.

Ces attentats, qui ont également visé depuis un an des personnalités politiques, des leaders de l'opposition ou des figures de la société civile, ne sont jamais revendiqués, les deux camps s'en rejetant systématiquement la responsabilité.

Sont-ils le fait d'un des mouvements rebelles embryonnaires qui a vu le jour après une tentative de coup d'État manquée en mai 2015 contre le président Nkurunziza?

Sont-ils ourdis par un noyau de hauts responsables, les durs du régime qui ont pris l'ascendant au sein du pouvoir depuis le départ en exil de nombreuses personnalités modérées?

«Diviser l'armée»

Quelles qu'en soient leurs auteurs, ces attaquent constituent autant de coups de boutoir contre l'Accord de paix d'Arusha, qui a mis fin à la guerre civile de 1993 à 2006 (300 000 morts) entre plusieurs rébellions hutu d'un côté et l'armée majoritairement tutsi de l'autre.

C'est la constitution issue de cet accord crucial qui structure depuis dix ans la vie politique burundaise, l'organisation de ses forces de sécurité et plus largement, vise à abolir les sources de tension entre la majorité hutu (85 % de la population) et les Tutsi (14 %) pour éviter que le pays ne renoue avec les massacres interethniques qui jalonnent son histoire.

Selon des sources concordantes, la crise actuelle divise profondément la police et l'armée et menace la cohésion en leur sein.

«Ceux qui ont tué mon collègue le général Kararuza et (perpétré) d'autres attaques similaires sont dans la logique de diviser l'armée et la police», a dénoncé lundi dans un tweet Willy Nyamitwe, le responsable de la communication présidentielle.

Malgré ses efforts, souvent en ordre dispersé, la communauté internationale n'est pas parvenue pour le moment à débloquer la crise.

Au début de l'année, le président Nkurunziza a réussi à éviter le déploiement d'une force d'interposition de l'Union africaine dans son pays, un temps sérieusement envisagé par l'organisation continentale.

De même, les principaux bailleurs de fonds bilatéraux ainsi que l'Union européenne ont suspendu leur aide directe au Burundi, dont le budget est fortement dépendant de ces aides.

La situation économique s'est clairement dégradée: le Burundi est désormais le pays le plus pauvre du monde selon le FMI avec un PIB de 315,20 $ (399,50 $ CAN) par habitant. Mais le gouvernement fait le dos rond, rognant sur son budget, dans un pays où une large partie de la population, rurale, a démontré par le passé sa capacité de résilience.

Reste à savoir si la menace d'une enquête par la CPI saura faire fléchir les extrémistes des deux camps.

D'ici là, du 2 au 6 mai, le médiateur tanzanien aura tenté de relancer un dialogue entre le pouvoir et son opposition en exil. La crise a contraint plus de 270 000 Burundais à fuir, y compris de nombreux hommes politiques, journalistes et activistes de la société civile.

Jusqu'à présent, le gouvernement burundais a refusé de s'asseoir avec son opposition en exil, de discuter du troisième mandat ou d'aller négocier dans la «ville-symbole» d'Arusha.

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