Présidentielle au Tchad: les électeurs nombreux aux urnes

Des dizaines de personnes attendent en file pour... (PHOTO ISSOUF SANOGO, AGENCE FRANCE-PRESSE)

Agrandir

Des dizaines de personnes attendent en file pour voter à N'djamena.

PHOTO ISSOUF SANOGO, AGENCE FRANCE-PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Jean-Pierre Champagne
Agence France-Presse
N'DJAMENA

Les Tchadiens votaient en nombre dimanche et dans le calme pour élire leur président parmi 13 candidat dont le chef de l'État, Idriss Déby Itno, qui brigue un cinquième mandat après 26 ans de pouvoir sans partage.

Les bureaux de vote ont ouvert peu après 7H00 (2H00 HE) pour le premier tour du scrutin et doivent fermer à 18H00 (13H00 HE). Nomades, militaires et réfugiés ont voté dès samedi.

À N'Djamena, dans le bureau de Ndjanbal Ngato, femmes et hommes, en files séparées, patientaient dans le calme, munis de leur carte d'électeur biométrique, a constaté un journaliste de l'AFP. Les forces de sécurité étaient présentes en masse dans le quartier.

«Le grand jour est arrivé. Le Tchad doit sortir grandi de ces élections», a déclaré le président Déby Itno après avoir voté dans ce bureau: «La classe politique doit accepter avec sincérité les résultats des urnes qui sont le choix du peuple».

Aucun incident n'avait été signalé en début d'après-midi dans la capitale quadrillée par la police et les  militaires. Les habitants ne se risquaient pas hors de leur quartier et la plupart des boutiques étaient fermées.

Le réseau Internet, dont se servent abondamment les opposants, était coupé depuis le matin.

Dans le quartier populaire de Moursal, réputé frondeur et acquis à l'opposition, l'affluence était également forte dans les bureaux.

«Pas d'eau, pas de maison, pas de boulot»

«On veut redresser le pays. Tout le monde espère un changement», assurait à l'AFP un électeur d'une trentaine d'années, Ida Nouba-Asra: «Nous souffrons trop: pas d'eau potable, pas de maison, pas de boulot».

Cette élection, qui devrait se conclure par la victoire du sortant, tant l'appareil d'État et son parti le Mouvement patriotique du Salut (MPS) disposent de moyens nettement supérieurs à ceux de leurs concurrents, a lieu dans un pays classé par l'ONU parmi les cinq plus pauvres au monde.

Malgré les ressources pétrolières depuis 2003, la moitié de la population survit en dessous du seuil de pauvreté et 70% est analphabète.

Sur les grandes et nombreuses affiches en couleur qui parsèment la capitale, le président promet pourtant à ses électeurs «l'émergence du Tchad» lors de son prochain mandat.

Son principal concurrent et chef de l'opposition, Salem Kebzabo, candidat de l'Union nationale pour le développement et le renouveau (UNIR) a lui aussi voté dans son quartier de Paris-Congo, sans service d'ordre.

«Le 10 avril est la date du changement, ce soir nous serons libérés du joug de la terreur, de la barbarie», a-t-il déclaré.

Il a affirmé que des militaires «dans toutes les casernes du pays avaient été forcés de voter pour Déby» et a également dénoncé «les mécanismes du vol, le bourrage des urnes et l'achat massif de cartes d'électeurs».

La menace Boko Haram

Les autres candidats ont, quant à eux, tenu leurs derniers rassemblements en province, à l'instar de l'ancien Premier ministre Joseph Djimrangar Dadnadji, qui dit vouloir mettre un terme à la «patrimonialité  du pouvoir».

Une référence aux pratiques d'Idriss Déby, qui s'entoure de membres de son ethnie zaghawa pour éviter les trahisons et favoriser leurs affaires. Ces derniers assurent notamment l'essentiel du commandement de l'efficace et redoutée armée tchadienne, qui intervient dans la région sahélienne contre les islamistes.

«Des membres de l'ethnie zaghawa (...) se situent généralement au sommet de la hiérarchie militaire (...) et bénéficient d'une impunité presque totale», notait récemment le groupe de réflexion International Crisis Group (ICG).

Ces privilèges sont très mal perçus par la population. Mais le président-candidat ne tolère aucune contestation de la rue et, depuis plusieurs semaines, la société civile est interdite de manifester pour une alternance démocratique.

Pour avoir enfreint cette interdiction, cinq leaders de la société civile sont toujours emprisonnés.

Pour autant, la réelle menace d'attentats menés par les islamistes du groupe nigérian Boko Haram, qui ont frappé deux fois N'Djamena en 2015, «légitime un régime fort» et des mesures de sécurité renforcées, selon ICG.

Les résultats provisoires de ce premier tour ne sont attendus que dans 15 jours, selon la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Aucune date d'un éventuel second tour n'a été avancée.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer