La CPI renonce à juger le vice-président kényan William Ruto

William Ruto (à droite), 49 ans, est poursuivi... (PHOTO MICHAEL KOOREN, ARCHIVES AFP)

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William Ruto (à droite), 49 ans, est poursuivi pour des meurtres, persécutions et déportations commis durant les violences qui avaient suivi la réélection contestée du président Mwai Kibaki face à Raila Odinga en décembre 2007, faisant plus de 1300 morts et 600 000 déplacés, selon l'accusation.

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Maude BRULARD
Agence France-Presse
LA HAYE

Faute de preuves suffisantes, les juges de la Cour pénale internationale ont décidé mardi d'abandonner les poursuites contre le vice-président kényan William Ruto, un revers de taille pour la procureure après des procédures marquées par des subornations présumées de témoins.

Au vu des éléments de preuves présentés par la procureure Fatou Bensouda depuis le début du procès en septembre 2013, les juges ont «convenu d'annuler les charges et de prononcer un non-lieu en faveur des deux accusés», a indiqué la CPI dans un communiqué.

Cette décision laisse néanmoins la porte ouverte à de nouvelles poursuites à l'avenir, «que ce soit devant la CPI ou une juridiction nationale», a précisé la Cour, basée à La Haye.

William Ruto, 49 ans, et son co-accusé de 40 ans, le présentateur de radio Joshua Arap Sang, étaient poursuivis pour des meurtres, persécutions et déportations commis durant les violences qui avaient suivi la réélection contestée du président Mwai Kibaki face à Raila Odinga en décembre 2007, faisant plus de 1300 morts et 600 000 déplacés, selon l'accusation.

La procureure, qui n'était pas disponible dans l'immédiat pour réagir à la décision, n'a pas produit «des moyens de preuves suffisants pouvant raisonnablement permettre à une chambre de première instance de déclarer les accusés coupables», a décidé le juge Robert Fremr.

Cette décision constituera sans aucun doute «une déception pour les victimes», a assuré leur défenseur devant la CPI Wilfred Nderitu, lors d'une conférence de presse à Nairobi.

«Depuis le début, je n'ai jamais eu foi en la CPI», a réagi Beth Wambui, dont la maison avait été incendiée en janvier 2008 et qui depuis vit à Nakuru, dans le centre du Kenya.

«Ce que la CPI doit nous dire maintenant, c'est qui était derrière les violences post-électorales. Si ce n'était pas Ruto et si ce n'était pas (l'actuel président kényan) Uhuru Kenyatta, alors qui c'était?», s'est emporté Rogers Mwai, qui avait aussi dû fuir sa ville.

Dans un communiqué, le président Uhuru Kenyatta s'est félicité de la décision de la CPI, qui selon lui «met un point final à un cauchemar pour ma Nation», appelant tous les Kényans à participer le 16 avril dans le stade de Nakuru à une prière collective de réconciliation et d'unité.

À Eldoret, grande ville de la vallée du Rift et bastion de M. Ruto, des habitants en liesse n'ont pas attendu pour descendre en nombre dans les rues, agitant des pancartes où l'on pouvait lire «Enfin libre» ou égratignant l'ancien procureur de la CPI Luis Moreno Ocampo: «Ocampo est un menteur».

«Ingérences politiques»

MM. Ruto et Sang comparaissaient libres et niaient toute responsabilité dans ces violences, les pires de l'histoire postcoloniale du Kenya.

Les témoins ont été un des talons d'Achille du dossier de l'accusation. Pas moins de 16 des 42 témoins avaient en effet changé leur témoignage ou refusé de témoigner, citant des menaces, des intimidations ou la peur de représailles.

La CPI avait autorisé l'accusation à utiliser des dépositions de témoins recueillies avant leurs rétractations, mais était revenue en arrière en appel en février, ce qui avait été considéré par les observateurs comme un coup très dur pour Fatou Bensouda.

Deux Kényans avaient notamment été arrêtés, accusés d'avoir soudoyé des témoins via des pots-de-vin allant jusqu'à 5 millions de shillings kényans (environ 64 000 $ CAN).

L'un des juges, Chile Eboe-Osuji, a relevé que «les failles dans le dossier de l'accusation peuvent être expliquées par les interférences dans la procédure au moyen de pressions exercées sur des témoins et d'ingérences politiques qui étaient raisonnablement susceptibles d'intimider les témoins».

Le procureur souhaitait également poursuivre le président kényan Uhuru Kenyatta, mais avait dû renoncer, faute de preuves suffisantes.

Pour Amnistie internationale, la CPI doit «améliorer la qualité» de ses enquêtes et de ses mesures de protection des victimes et des témoins. «La pression internationale doit également être intensifiée contre les gouvernements qui obstruent ou échouent à coopérer avec les enquêtes de la CPI», a ajouté l'ONG.

Les procédures ont également été marquées par une campagne internationale menée par le Kenya, et soutenue par l'Union africaine (UA), pour mettre un terme aux poursuites contre le président kényan et son vice-président, accusant la CPI de ne viser que des dirigeants africains.

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