Brazzaville: des milliers de Congolais fuient les combats

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Des manifestants opposés au régime du président Sassou Nguesso installent des barricades de fortune sur une route de Brazzaville, le 4 avril.

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Agence France-Presse
BRAZZAVILLE

Des combats ont opposé lundi les forces de l'ordre congolaises à des assaillants non identifiés dans des quartiers sud de Brazzaville acquis à l'opposition ayant contesté la réélection annoncée du chef de l'État Denis Sassou Nguesso dès le premier tour de la présidentielle du 20 mars.

Le pouvoir congolais a accusé d'anciens miliciens de s'être infiltrés à Brazzaville et d'y avoir attaqué une position militaire ainsi que quatre commissariats, selon un communiqué lu lundi à la télévision publique par le porte-parole du gouvernement, Thierry Moungalla.

Le gouvernement a annoncé avoir lancé des «investigations» sur les combats de la nuit, qu'il relie à la contestation de la récente réélection du président Denis Sassou Nguesso par l'opposition.

En fin de matinée, des milliers d'habitants paniqués fuyaient la zone des combats, qui semblaient avoir cessé, selon des journalistes de l'AFP dans la capitale congolaise.

Selon plusieurs témoins, des échanges de tirs à l'arme automatique émaillés de détonations d'armes lourdes ont commencé dans les quartiers de Mayanga et Makélékélé entre 2 h et 3 h (21 h et 22 h, dimanche, heure de Montréal) et ont duré pratiquement sans discontinuer jusque vers 6 h Vers 8 h 15, on entendait encore des tirs épars. Certaines détonations étaient audibles à partir de Kinshasa, sur l'autre rive du fleuve Congo, selon des témoignages dans le quartier de Kinsuka.

La situation était revenue au calme vers 9 h. En fin de matinée, des centaines de policiers et militaires patrouillaient dans les quartiers sud de la capitale, véhiculés dans des 4x4 ou des véhicules blindés, selon un journaliste de l'AFP.

«Ça a commencé à tirer à 2 h du matin. Jusqu'à 10 h 45 il y avait encore des coups de feu. Des militaires sont entrés dans plusieurs parcelles. Ils nous ont demandé de quitter le quartier avant qu'il ne soit trop tard. Là nous ne savons pas où aller, nous sommes comme des immigrés, c'est choquant», a déclaré à l'AFP Mercie, une étudiante de 24 ans habitant Makélékélé.

Parmi les gens fuyant vers le nord de la capitale, Jérôme, âgé de 55 ans, dit avoir tout laissé derrière lui. «Je n'ai pas pu supporter les coups de feu, les armes lourdes, je suis traumatisé».

Paix toujours menacée

Selon des journalistes de l'AFP, de longues files d'habitants remontaient «l'avenue de l'OUA» principal axe de communication des quartiers sud vers le centre. Toutes les voitures faisaient l'objet d'une fouille systématique à des barrages dressés par les forces de l'ordre.

Selon des témoins, deux commissariats du sud de Brazzaville ont été incendiés pendant la nuit, mais il n'avait pas été possible d'évaluer les dégâts subis par ces bâtiments en fin de matinée, faute de pouvoir se rendre sur place alors que la police filtrait les accès.

Les violences de la nuit ont eu lieu alors que la Cour constitutionnelle congolaise étudie les résultats de l'élection présidentielle du 20 mars que lui ont transmis les autorités en vue de leur validation.

Le ministère de l'Intérieur a annoncé le 24 mars la réélection de M. Sassou Nguesso, dès le premier tour, avec plus de 60 % des suffrages.

Rejetant ces résultats comme une «forfaiture», cinq candidats d'opposition ont appelé la population à les contester par des voies légales et pacifiques, affirmant que la réélection de M. Sassou Nguesso, qui cumule plus de 32 ans à la tête du Congo, n'était pas possible sans des fraudes massives.

Dès avant le scrutin, ces candidats avaient appelé le peuple à «exercer sa souveraineté» dans le cas où le chef de l'État sortant passerait dès le premier tour, comme celui-ci n'avait cessé de le marteler pendant sa campagne.

Les autorités avaient vu dans cette consigne un appel à l'insurrection et avaient mis en garde les responsables de l'opposition.

«C'est curieux», fait remarquer Julienne, habitante d'un quartier sud : «on vit dans un pays où qu'on vote ou pas, la paix est toujours menacée».

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