Coupés du reste du monde, les Congolais votent pour la présidentielle

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Dans un pays marqué par un taux de chômage avoisinant 40%, les questions économiques et sociales avaient été au centre de la campagne électorale, tous les candidats promettant diverses mesures pour créer des emplois.

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Laudes Martial MBON, Marc JOURDIER
Agence France-Presse
Brazzaville

Coupés du reste du monde, les Congolais ont voté dimanche pour une élection présidentielle opposant huit candidats au chef de l'État sortant Denis Sassou Nguesso, qui cumule plus de 32 ans de pouvoir dans ce petit état pétrolier d'Afrique centrale.

Les autorités avaient décidé de couper toutes les télécommunications (téléphone, internet, SMS) dans le pays pour 48 heures dimanche et lundi «pour des raisons de sécurité et de sûreté nationales» afin d'empêcher l'opposition de publier des «résultats illégaux».

En l'absence de communications téléphoniques, les journalistes de l'AFP présents à Brazzaville n'ont pas été en mesure d'obtenir d'informations de sources indépendantes sur le déroulement du scrutin dans le reste du pays.

Dans la capitale, la journée a été calme, mais vers 18h30 locales, dans ce qui semble avoir été un bref moment isolé de violence, la police antiémeutes a dispersé avec des gaz lacrymogènes quelque 200 jeunes partisans du candidat d'opposition Guy-Brice Parfait Kolélas qui insistaient pour assiter au dépouillement à l'intérieur d'un bureau de vote de Makélékélé, quartier sud.

Le scrutin était ouvert de 07h00 à 18h00. M. Sassou a voté dans le centre de Brazzaville vers 11h15. Les résultats pourraient être connus à partir de mardi.

Dans un pays marqué par un taux de chômage avoisinant 40% (60% chez les jeunes), les questions économiques et sociales avaient été au centre de la campagne électorale, tous les candidats promettant diverses mesures pour créer des emplois.

L'autre enjeu de taille était celui de l'avenir politique du président sortant, à qui un récent changement de constitution - qualifié de «coup d'État constitutionnel» par l'opposition - a permis de se représenter.

Unis par un pacte électoral contre M. Sassou Nguesso, cinq candidats de l'opposition se sont engagés à soutenir celui d'entre eux qui arriverait au second tour pour faire barrage au chef de l'État.

Craintes de l'opposition

«N'ayant aucune confiance dans la Commission nationale électorale indépendante (CNEI) chargée de publier les résultats, les cinq candidats du pacte anti-Sassou - M. Kolélas, Jean-Marie Michel Mokoko, Claudine Munari, André Okombi Salissa et Pascal Tsaty Mabiala - ont créé une «commission technique» parallèle pour surveiller le scrutin.

Ils avaient jugé avant le scrutin que les conditions n'étaient pas remplies pour des élections «sincères, crédibles et transparentes». Dédaignant pour autant de boycotter le scrutin, ils ont appelé le peuple à «exercer sa souveraineté» dans le cas où le président sortant l'emporterait dès le premier tour, comme il l'a promis à ses partisans.

Le gouvernement a jugé ces appels «insurrectionnels». Craignant des violences après le scrutin, les Nations unies avaient appelé jeudi toutes les parties au calme.

Les délégués du pacte anti-Sassou avaient pour mission de photographier à l'aide de téléphones portables les procès-verbaux des bureaux de vote afin de compiler ses propres résultats pour les comparer à ceux publiés au niveau national.

La coupure des communications les empêche de le faire.

Jugeant que les conditions d'un scrutin transparent et démocratique n'étaient pas réunies, l'Union européenne avait renoncé à missionner des observateurs. L'Union africaine en a dépêché une trentaine, et la Conférence internationale sur les Grands Lacs (CIRGL) une vingtaine.

Papier mat ou brillant

Pendant toute la journée, Brazzaville a pris des allures de ville morte, en raison d'une interdiction de circuler aux automobiles (mesure habituelle les jours d'élection).

A Poto-Poto, dans le centre, des dizaines de jeunes en ont profité pour envahir certaines rues asphaltées et les transformer en une succession de terrains de football.

A Makélékélé, fief de M. Kolélas, les électeurs s'expriment massivement pour le départ de M. Sassou Nguesso, à l'image de Ryan, frigoriste de 24 ans pour qui le président «a déjà foutu quatre générations ; on ne veut pas gaspiller les suivantes».

A l'inverse, dans le nord de la capitale réputé acquis au président, Fridolin, chômeur de 31 ans juge les opposants, «dangereux». Si on est en paix, c'est grâce à Sassou», estime-t-il.

Les électeurs ont expérimenté dimanche le bulletin de vote unique faisant apparaître les noms des neuf candidats, chaque électeur devant indiquer son choix par une croix ou une empreinte digitale sous le nom retenu.

Dans un bureau de vote de Ouenzé, dans le nord de la capitale, faute d'électricité on a procédé au dépouillement des bulletins à la lumière de lampes de poche, jusqu'à 20h30. M. Sassou Nguesso y arrive premier avec 81% des suffrages exprimés pour une paticipation 59%. Le général Mokoko se classe deuxième avec 8%.

Un journaliste de l'AFP a constaté que 4,5% des bulletins, tous pour M. Sassou Nguesso, étaient imprimés sur un papier brillant, alors que tous les autres l'étaient sur un papier mat.

Dans le bureau de vote de Makélékélé, théâtre de l'incident avec les forces de l'ordre, M. Kolélas a obtenu 92,5% des suffrages exprimés contre 7% à M. Sassou.

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