Le président sud-africain de nouveau embourbé dans un scandale d'influence

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Jacob Zuma

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Lawrence Bartlett
Agence France-Presse
Le Cap

Le président sud-africain Jacob Zuma, déjà affaibli par plusieurs scandales, s'est de nouveau retrouvé dans la tourmente jeudi au parlement, accusé d'être sous l'influence d'une grande famille d'affaires d'origine indienne, qui serait allée jusqu'à intervenir pour l'attribution de postes ministériels.

Mercredi, le vice-ministre des Finances Mcebisi Jonas avait jeté un pavé dans une mare déjà fangeuse en affirmant que le poste de ministre des Finances lui avait été «proposé» par la famille Gupta, qui a immédiatement nié.

Une autre membre du parti au pouvoir, Vytjie Mentor, a également assuré avoir été approchée par les Gupta pour prendre un portefeuille ministériel, en échange de faveurs pour leurs entreprises. Cette fois, c'est la présidence qui a nié.

Certains médias assurent également que les Gupta ont piloté la nomination du ministre des Mines Mosebenzi Zwane, un portefeuille crucial dans une Afrique du Sud dont les ressources minérales restent la première source de revenus.

La gauche radicale du tribun populiste Julius Malema, qui a fait de la lutte contre les Gupta l'un de ses chevaux de bataille, a boycotté jeudi la séance de questions au parlement, affirmant ne plus reconnaître Jacob Zuma comme président.

C'est donc le chef de l'Alliance démocratique, le principal parti d'opposition, qui a posé la question au chef de l'État: «La famille Gupta a-t-elle jamais offert à qui que ce soit un poste de ministre, ou est-ce le ministre Jonas qui ment?»

Après un bref accès de son célèbre rire, Jacob Zuma a répliqué calmement: «Si Jonas dit que les Gupta lui ont proposé, je pense que vous devriez demander aux Gupta et à Jonas. En quoi suis-je concerné? Je n'ai rien eu à voir avec ça.»

L'opposition demande depuis quelques mois ouvertement la démission du président, déjà éclaboussé par d'autres affaires de corruption ou d'abus de biens sociaux. Jacob Zuma attend notamment une décision de justice pour savoir s'il doit rembourser ou non une partie des 246 millions de rands d'argent public (20 millions d'euros de l'époque) utilisés pour rénover sa résidence privée en pays zoulou.

«État mafieux»

En l'espace de deux décennies, les frères Gupta, Ajay, Atul et Rajesh, arrivés d'Inde en Afrique du Sud dans les années 1990 alors que le régime de l'apartheid tombait, ont réussi à construire un puissant et vaste empire dans les mines, les médias (un quotidien et une chaîne de télévision), l'informatique et l'ingénierie, faisant d'eux l'une des plus riches familles du pays.

Jacob Zuma défend ouvertement son amitié avec eux, d'autant que plusieurs de ses proches travaillent dans leur groupe. L'un de ses fils, Duduzane Zuma, dirige la société Sahara Computers et est associé à plusieurs autres entreprises. La troisième épouse du président, Bongi Ngema, est également employée par l'empire.

Un scandale majeur avait éclaté en 2013 quand un jet privé transportant des invités se rendant à un mariage des Gupta en Afrique du Sud avait obtenu l'autorisation d'atterrir sur un aéroport militaire, habituellement utilisé pour accueillir des chefs d'État.

Les invités étrangers n'avaient subi aucun contrôle à l'immigration et avaient bénéficié d'une escorte de la police jusqu'au lieu de la cérémonie, un casino à 160 kilomètres de là, où plusieurs ministres sud-africains étaient de la partie.

Même le parti du Congrès national africain (ANC) de Jacob Zuma commence désormais à s'inquiéter de la place prise par les Gupta dans la politique nationale: «Il faut qu'on règle cette histoire. Ça va dégénérer en État mafieux si ça continue», a brutalement lancé le secrétaire général du parti, Gwede Mantashe, dans une interview à l'agence Bloomberg.

Selon Mcebisi Jonas, les Gupta lui ont proposé le poste de ministre des Finances juste avant le limogeage surprise par Jacob Zuma, en décembre, du respecté ministre Nhlanhla Nene. Son éviction et son remplacement par un député sans expérience avaient provoqué la chute vertigineuse de la devise nationale.

Le président, sous le feu des critiques, avait dû appeler dans la panique Pravin Gordhan, qui avait déjà occupé ce poste de 2009 à 2014. En l'espace de quatre jours, l'Afrique du Sud a eu trois ministres des Finances.

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