Soudan du Sud: 18 morts dans l'attaque d'une base de l'ONU

Des hommes armés ont ouvert le feu sur des civils réfugiés dans une base des... (Photo archives AFP)

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Agence France-Presse
Malakal

Des hommes armés ont ouvert le feu sur des civils réfugiés dans une base des Nations unies au Soudan du Sud, tuant au moins 18 personnes, selon un bilan de MSF jeudi soir, l'ONU dénonçant ces nouvelles violences dans un pays déchiré depuis plus de deux ans par une guerre civile.

Les échanges de tirs entre jeunes d'ethnies rivales ont commencé mercredi soir dans la base de Malakal, capitale de l'État pétrolier du Haut-Nil (nord-est), l'un des principaux champs de bataille du conflit, et se sont poursuivis jeudi matin.

Parmi les morts figurent deux Sud-Soudanais travaillant pour MSF, et une quarantaine de personnes ont aussi été blessées, selon un bilan provisoire de l'organisation humanitaire dans un communiqué daté de Juba.

L'ONU avait fait état de sept morts et une quarantaine de blessés parmi les civils réfugiés sur la base, dans un communiqué publié à son siège de New York un peu plus tôt.

«Toute attaque visant des civils, les locaux de l'ONU et les Casques bleus peut constituer un crime de guerre», a souligné le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon.

«Cette attaque contre des civils est scandaleuse et nous demandons aux groupes armés de cesser ces actions», les camps de réfugiés doivent être des «sanctuaires», a déclaré Marcus Bachmann, coordinateur de MSF au Soudan du Sud.

Plus de 47 500 personnes vivent à l'intérieur du camp de déplacés de Malakal, soit un quart des 200.000 civils réfugiés dans les six bases onusiennes du pays. Aucune arme n'est théoriquement autorisée à l'intérieur de ces camps.

La Mission de l'ONU au Soudan du Sud (UNMISS) avait donné un premier bilan de cinq morts et 30 blessées, ajoutant que les Casques bleus avaient tiré des gaz lacrymogènes pour disperser la foule dans le camp surpeuplé.

«Des violences impliquant l'usage d'armes à feu légères, de machettes et d'autres armes ont éclaté entre jeunes des deux communautés» dinka et shilluk, a précisé la mission.

M. Ban a «mis en garde toutes les parties contre la tentation d'attiser les querelles ethniques» et leur a demandé «de s'abstenir de toute action ou déclaration qui pourrait faire monter la tension».

«Ils ont tiré avec des kalachnikov et des mitrailleuses (...) la situation est toujours très tendue, les gens se cachent», a rapporté Jacob Nhial, un habitant de la base contacté au téléphone par l'AFP, en précisant que les Casques bleus patrouillaient en début d'après-midi la zone avec des tanks.

Une attaque «cruelle et lâche»

La rébellion sud-soudanaise, qui lutte contre les forces gouvernementales depuis décembre 2013, a confirmé l'attaque. Mais il n'était pas possible dans l'immédiat de confirmer l'identité des hommes armés. La base de Malakal se situe dans une zone contrôlée par le gouvernement de Juba, mais à la lisière des territoires tenus par la rébellion.

L'opposant historique Lam Akol, originaire de Malakal, a condamné une attaque «cruelle et lâche contre des civils innocents et non armés».

L'UNMISS compte plus de 12 000 Casques bleus, dont la moitié sont chargés de la protection des civils réfugiés dans leurs bases.

En avril 2014, au moins 48 civils avaient été tués dans un assaut d'hommes armés contre la base de l'ONU de Bor (est). Les Casques bleus avaient répliqué, tuant au moins dix assaillants.

Le Soudan du Sud est devenu indépendant en juillet 2011, après des décennies de conflit avec Khartoum. La guerre civile a éclaté en décembre 2013 à Juba, lorsque le président Salva Kiir a accusé son vice-président, Riek Machar, de fomenter un coup d'État.

Plus de 2,3 millions de personnes ont été chassées de chez elles et des dizaines de milliers tuées par la guerre et les atrocités à grande échelle qui l'accompagnent - massacres ethniques, viols, torture, meurtres et recrutement d'enfants, déplacements forcés de populations - dont sont responsables les deux camps. Le Soudan du Sud est aussi dans une situation humanitaire catastrophique.

Mi-février, le président Kiir a réinstallé M. Machar, devenu le chef de la rébellion, comme vice-président, dans le cadre d'un accord de paix signé en août 2015. M. Machar ne s'est pas encore rendu à Juba pour prendre ses fonctions, alors que les combats se poursuivent entre armée régulière et différents groupes rebelles locaux.

M. Ban a demandé une nouvelle fois aux dirigeants sud-soudanais d'appliquer l'accord de paix.

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