Hissène Habré avait «droit de vie et de mort» sur son peuple

Hissène Habré salue de la main une personne... (PHOTO SEYLLOU, ARCHIVES AFP)

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Hissène Habré salue de la main une personne non identifiée alors qu'il quitte le tribunal de Dakar, à la suite d'une audience d'identification, le 3 juin dernier.

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Malick Rokhy BA
Agence France-Presse
DAKAR

Le président tchadien Hissène Habré exerçait un «droit de vie et de mort» sur son peuple, au moyen d'une police politique comparable à la Gestapo, ont affirmé lundi les avocats des parties civiles devant le tribunal spécial africain qui juge à Dakar le dirigeant déchu pour «crimes contre l'humanité».

Ce procès inédit - le premier au monde dans lequel un ancien chef d'État est traduit devant une juridiction d'un autre pays pour violations présumées des droits de l'homme - ajourné depuis la fin des auditions des témoins le 15 décembre, a repris lundi avec les plaidoiries.

Comme depuis l'ouverture du procès le 20 juillet 2015, l'unique accusé, habillé en blanc, enturbanné, portant des lunettes noires, est resté assis, silencieux et impassible, bougeant seulement parfois un pied.

En détention depuis fin juin 2013 au Sénégal, où il a trouvé refuge en décembre 1990 après avoir été renversé par l'actuel président tchadien Idriss Deby Itno, Hissène Habré est poursuivi pour «crimes contre l'humanité, crimes de guerre et crimes de torture».

Il comparaît devant les Chambres africaines extraordinaires (CAE), juridiction créée en vertu d'un accord entre le Sénégal et l'Union africaine (UA), qu'il récuse et devant laquelle il refuse de s'exprimer et de se défendre, une tâche confiée par les CAE à trois avocats commis d'office.

«Les témoignages sont unanimes. Personne ne pouvait rien faire sans en référer au président de la République», a déclaré le premier avocat à s'exprimer au nom des parties civiles, Me Yaré Fall, résumant la teneur des dépositions.

Durant sa présidence (1982-1990), «dans les chansons populaires, on disait Hissène Habré là, Hissène Habré ici, Hissène Habré partout. C'est lui qui libérait, c'est lui qui faisait exécuter», a ajouté l'avocat.

«Il n'a pas pris les mesures pour empêcher que les crimes se commettent. Étant informé des exactions, il n'a pas pris de sanctions. Il avait un droit de vie et de mort sur les populations du Tchad», a-t-il asséné.

La CPI au banc des accusés

«La DDS, la toute-puissante DDS, c'était comme la Gestapo», la police politique nazie, a renchéri sa consoeur, Laminal Ndintamadji, en référence à la Direction de la documentation et de la sécurité, police politique et principal instrument de répression du régime.

«Chaque famille au Tchad a perdu un des siens. Tout le monde a subi cette horreur», a poursuivi l'avocate, interpellant le président du tribunal, le Burkinabè Gberdao Gustave Kam: «C'est un peuple décimé. Monsieur le président, vous avez l'obligation de rendre justice à ce monde».

La répression sous Hissène Habré a fait 40 000 morts, selon les estimations d'une commission d'enquête tchadienne.

Les plaidoiries des 15 avocats des parties civiles sont prévues lundi et mardi, suivies mercredi par le réquisitoire du Parquet général puis jeudi et vendredi des plaidoiries des trois avocats de la défense commis d'office.

Les audiences seront ensuite «suspendues pour le délibéré», avec un «prononcé du verdict vers fin mai», selon le porte-parole des CAE, Marcel Mendy. L'accusé encourt jusqu'aux travaux forcés à perpétuité.

La semaine dernière, les avocats de M. Habré, auxquels leur client a interdit de participer au procès, ont de nouveau dénoncé une décision «déjà nulle avant d'avoir été prononcée». Me François Serres a également fustigé «la liquidation politique d'un dirigeant africain qui gêne».

Ce procès, selon ses partisans, doit servir d'exemple en matière de lutte contre l'impunité sur le continent, où les critiques se multiplient contre la Cour pénale internationale (CPI), accusée de poursuivre exclusivement des Africains.

Les dirigeants africains, réunis fin janvier en sommet à Addis Abeba, se sont d'ailleurs prononcés en faveur d'un retrait commun de la CPI, qui «s'acharne beaucoup plus sur l'Afrique, sur les chefs d'État africains, y compris des chefs d'État en exercice», a estimé le 31 janvier Idriss Deby, désigné nouveau président en exercice de l'UA.

La veille, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, présent au sommet de l'UE, avait de nouveau salué «le procès d'Hissène Habré au Sénégal, un tournant pour la justice africaine».

Mais il avait aussi plaidé la cause de «la CPI, une alliée pour les victimes africaines des crimes les plus odieux».

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