Ouganda: le pape François demande d'ouvrir la porte aux pauvres

Le pape salue les fidèles alors qu'il s'apprête... (PHOTO ASSOCIATED PRESS)

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Le pape salue les fidèles alors qu'il s'apprête à rencontrer des jeunes à Kampala, en Ouganda. François est en Afrique pour un voyage qui durera six jours.

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Jean-Louis de la Vaissière
Agence France-Presse
KAMPALA

Le pape François a exalté samedi au sanctuaire ougandais de Namugongo l'oecuménisme entre catholiques et anglicans et exhorté toutes les paroisses d'Afrique à s'ouvrir aux pauvres, au deuxième jour d'un séjour en Ouganda où il a été accueilli comme le Messie.

Jorge Bergoglio a d'abord célébré une grande messe le matin, en présence de 200 000 à 300 000 personnes, dans un grand parc verdoyant, sur le site même où de jeunes chrétiens catholiques et anglicans avaient été brûlés vifs à la fin du XIXe siècle.

Il s'était d'abord rendu au sanctuaire des martyrs anglicans, en présence d'une quarantaine d'évêques de cette confession, avant de rejoindre la basilique moderne du sanctuaire catholique.

Il s'est ensuite agenouillé en prière devant l'autel qui contient les reliques de saint Charles Lwanga, chef des pages chrétiens martyrisés sur ordre de Mwanga II, roi des Baganda (1884-1888), un des peuples de l'actuel Ouganda. Ce sanctuaire est un lieu phare de pèlerinage pour les Ougandais.

Plus de 40% des Ougandais sont catholiques, 35% anglicans, 6% pentecôtistes et adventistes. Environ 10% sont de religion musulmane.

C'est sur ce lieu du sanctuaire anglican que 25 jeunes chrétiens - catholiques et anglicans - âgés de 12 à 30 ans, furent brûlés vifs ensemble le 3 juin 1887.

Mwanga II s'en était pris aux jeunes convertis par les Pères blancs. Il considérait que l'influence de ces prêtres européens affaiblissait son pouvoir et détruisait les traditions de son peuple. En outre, il ne pardonnait pas que ses jeunes pages, influencés par leur catéchisme, lui refusent leurs faveurs sexuelles.

Les martyrs de l'Ouganda, béatifiés par le pape Benoît XV en 1920 et que Paul VI était venu canoniser en 1969, sont un symbole de l'unité entre religions dans ce pays.

L'attente du «vicaire du Christ»

Dans l'après-midi, le pape François a aussi rencontré sur une ancienne piste d'aérodrome transformée en parc 150 000 jeunes Ougandais qui lui ont réservé un accueil enthousiaste et désordonné.

Des centaines de jeunes couraient de-ci de-là pour l'apercevoir au milieu des services de sécurité débordés, et plusieurs fidèles affirmaient, le regard brillant, attendre impatiemment l'arrivée du «vicaire du Christ», venu les «conforter dans leur combat pour la famille, pour la vie».

Certains souhaitaient qu'il prenne position publiquement contre l'avortement et l'homosexualité, importée selon eux d'Occident et considérée en Ouganda comme un crime. Mais le pape ne l'a pas fait.

Une nouvelle loi controversée, accusée de restreindre les activités des ONG, a été adoptée vendredi en Ouganda, à quelques heures de la venue du pape. Elle inquiète notamment les défenseurs de la cause homosexuelle dans ce pays très homophobe, car elle interdit aux ONG toute «activité qui nuirait aux intérêts de l'Ouganda», une formulation très vague.

Après les témoignages d'un ancien séminariste enlevé par la cruelle «Armée de résistance du Seigneur» (LRA), qui avait sévi au nord de l'Ouganda, et d'une femme née avec le sida et aujourd'hui intégrée dans la société, le pape a recommandé aux jeunes Ougandais de ne jamais perdre l'espérance dans les multiples difficultés quotidiennes.

François a souligné que tous deux s'en étaient sortis grâce à la foi qu'ils avaient su conserver.

«Pensez-vous vraiment que Jésus aime chacun? Il vous aide à mener la lutte avec toutes sortes de problèmes. Mais il faut toujours lutter avec l'aide de la prière. Êtes-vous prêts à combattre, à demander à Jésus de vous aider dans ce combat?», a-t-il demandé dans un prêche alternant questions et réponses qui rappelait celui de certains pasteurs évangélistes.

Culture du «jetable» 

Visitant ensuite une maison d'accueil des pauvres dans le quartier de Nalukolongo, au sud de Kampala, le pape a demandé aux paroisses de toute l'Afrique de ne pas "fermer les portes et les oreilles au cri des pauvres".

«Aujourd'hui, je voudrais adresser un appel à toutes les paroisses et communautés présentes en Ouganda - et dans le reste de l'Afrique - à ne pas oublier les pauvres», a affirmé le chef de l'Église catholique.

«Il est triste que nos sociétés permettent que les personnes âgées soient rejetées ou oubliées» et «déplorable que les jeunes soient exploités par l'esclavage actuel du trafic d'êtres humains», a-t-il dit dans cette «maison de la charité» catholique, qui accueille des déshérités de tous âges et de différentes religions.

«La culture actuelle du 'jetable' génère le mépris surtout vis-à-vis des enfants qui ne sont pas encore nés, des jeunes et des personnes âgées! En tant que chrétiens, nous ne pouvons pas simplement rester à regarder. Quelque chose doit changer», a martelé le pape.

François doit s'envoler dimanche matin pour la troisième étape, la plus risquée de son voyage, à Bangui, capitale de la Centrafrique en proie aux violences interreligieuses.

Le pape tient à porter un message de paix et de réconciliation dans ce pays, où s'affrontent depuis fin 2013 des milices Séléka, à majorité musulmane, et anti-balaka, à dominante chrétienne.

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