Le scepticisme des Africains

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La photo qui a fait le tour des médias sociaux aurait été prise en Ouganda en 2012.

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La photo a fait le tour des médias sociaux. Un petit Africain toise une femme occidentale. Son regard est sceptique, voire circonspect. Le cliché, par ailleurs très mignon, ne porte pas de message particulier. Mais des internautes se sont amusés à «revisiter» la scène en lui greffant des dialogues fictifs ironisant sur l'aide humanitaire en Afrique. Vous voulez nous aider? Vraiment?

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D'où vient l'image

La photo aurait été prise en 2012, en Ouganda. La jeune femme serait une étudiante en médecine de Chicago, qui participait alors à un projet d'aide humanitaire. On ne sait pas qui est le petit garçon, devenu malgré lui une vedette du web. Le cliché, connu sous le nom de «l'enfant sceptique du tiers monde» a été affiché sur le site Reddit, avant de se multiplier sur les réseaux sociaux en version «revue et commentée». L'image vient de refaire surface sur le site de BBC, ce qui relance du même coup le débat sur l'aide humanitaire.

Raviver le débat

«Tu es en train de dire que si je pleure devant la caméra, mon école recevra de l'argent?» Beaucoup de gens - y compris des Africains - se sont servis de cette photo pour exprimer leur cynisme à l'endroit des organisations non gouvernementales (ONG), qu'ils accusent d'exploiter l'image stéréotypée d'une Afrique ravagée par les guerres, la pauvreté et la faim. Ce petit garçon au regard circonspect serait la parfaite incarnation de leur scepticisme.

Marketing et paternalisme

Selon François Audet, ancien humanitaire et expert en développement à UQAM, ce cynisme est en partie justifié. Certaines ONG font preuve d'un paternalisme exacerbé avec lequel les Africains entretiennent une relation de plus en plus ambiguë.

«Il y a encore cette vieille tradition qui existe, de voir l'Afrique noire désemparée et ayant besoin de nous pour s'en sortir, explique le professeur. C'est une façon, je dirais presque raciste, de voir le monde et sur laquelle certaines ONG basent encore leur marketing. Pensez aux enfants avec des mouches sur les yeux...»

Des efforts sont faits pour changer cette dynamique. Mais le système de l'aide internationale est si institutionnalisé, dit-il, qu'il faudra se lever tôt pour le transformer en profondeur. «C'est une business. Il y a des intérêts, beaucoup d'argent. Il y a des emplois en jeu. Alors il y a une résistance au changement.»

Une série télé

Pour François Audet, il ne fait aucun doute que les Africains sont de plus en plus sceptiques devant l'aide internationale. «Il y a un désenchantement», dit-il. Signe des temps? Le Kenya a lancé l'an dernier une comédie intitulée The Samaritans qui se moquait allègrement de l'univers des ONG. Conscients de ce malaise grandissant, des Norvégiens ont poussé l'exercice encore plus loin, en parodiant une campagne de collecte de fonds. On peut y voir des Africains enregistrant une chanson caritative à la We Are the World afin d'acheter des radiateurs pour les pauvres Norvégiens qui se les gèlent à longueur d'hiver.

Attention à ne pas tout confondre, souligne toutefois François Audet. «Pour la dimension plus urgentiste, l'aide humanitaire est fondamentale et on en aura toujours besoin pour sauver des vies, dit-il. C'est dans la relation d'aide à long terme que ça devient plus complexe. On s'assure que les gens ne meurent pas. Mais une fois que les gens ne meurent plus, est-ce qu'on a encore une raison de rester là? C'est ça, tout l'enjeu...»

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