Écrasement en Égypte: le décryptage des boîtes noires débute

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En l'absence de toute certitude sur les causes de l'écrasement, les autorités attendent beaucoup de l'analyse des «boîtes noires», les deux enregistreurs de vol.

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Emmanuel GIROUD
Agence France-Presse
LE CAIRE

Les enquêteurs ont commencé mardi à analyser le contenu des boîtes noires de l'Airbus russe pour tenter de déterminer si son écrasement avait été provoqué par un accident ou un attentat, mais le processus risque de prendre du temps.

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a fustigé, dans un entretien avec la BBC, la «propagande» du groupe Etat islamique (EI), qui a affirmé samedi avoir «fait tomber» l'Airbus A321 en représailles aux bombardements russes en Syrie.

En l'absence de toute certitude sur les causes de l'écrasement, les autorités attendent beaucoup de l'analyse des «boîtes noires», les deux enregistreurs de vol - l'un enregistrant les conversations à bord, l'autre les paramètres de vol - qui a commencé en début d'après-midi dans les locaux du ministère de l'Aviation civile au Caire, a annoncé à l'AFP un haut responsable de cette administration, sous couvert de l'anonymat.

L'opération, complexe, risque de prendre beaucoup de temps, en fonction de l'état des enregistreurs,a-t-on ajouté dans les milieux de l'enquête, et rien n'avait filtré en début de soirée.

Parallèlement, les recherches continuent pour retrouver les derniers corps des 224 victimes et d'éventuels indices disséminés sur une large zone dans le désert du Sinaï.

Outre des Russes, cinq enquêteurs français sont à l'oeuvre en Égypte pour le Bureau Enquête Accidents (BEA), aux côtés d'homologues allemands du Bundesstelle für Flugunfalluntersuchung (BFU), comme le prévoit la procédure internationale pour ces deux pays piliers du consortium européen Airbus. Six experts français d'Airbus les épaulent.

Une bombe ?

Metrojet, la compagnie russe exploitant l'appareil qui appartient au transporteur Kogalymavia, a assuré lundi que seul un facteur «extérieur», qu'elle n'a pas précisé, pouvait expliquer l'écrasement. Elle a ainsi rejeté la possibilité d'«une défaillance technique ou une erreur de pilotage» et souligné l'«excellent état» de l'avion.

Le président Sissi a également affirmé que «cela prendra du temps» pour déterminer la cause de l'écrasement. «Voyez le vol de la Pan American qui s'est écrasé en Europe, cela a pris des années avant de trouver la vérité (...) Nous ne pouvons pas simplement tirer des conclusions hâtives», a-t-il ajouté sur la BBC.

En 1988, un Boeing 747 de la compagnie américaine s'était désintégré au-dessus de la ville écossaise de Lockerbie quelques minutes après son décollage, d'une manière semblable à ce qui est arrivé samedi à l'Airbus A321.

Un peu plus de 23 minutes après avoir décollé samedi à l'aube de la station balnéaire de Charm el-Cheikh, il s'est totalement disloqué en vol comme en atteste l'extrême dispersion des débris et des corps au sol, sur plus de 100 km2 selon certains enquêteurs.

Selon des experts interrogés par l'AFP, l'appareil a dû subir un choc extrêmement soudain au point que le pilote en a instantanément perdu le contrôle.

Tout le monde exclut qu'il ait pu être atteint à 10 000 m d'altitude par un missile tiré de l'épaule, du type de ceux dont dispose l'EI dans le Sinaï. Restent donc deux hypothèses: un problème technique qui provoque une explosion et une dislocation immédiate de l'appareil ne laissant pas le temps au pilote de communiquer -cas rarissime selon les experts-, ou une bombe, apportée dans l'appareil par un occupant ou placée à bord par un membre du personnel au sol.

«Flash de chaleur»

Pour les experts, même un engin explosif de petite taille est suffisant pour ouvrir une brèche dans la carlingue et disloquer ainsi l'appareil en raison de la pressurisation à haute altitude.

Un satellite militaire américain a détecté un «flash de chaleur» provenant de l'Airbus au moment du drame, qui «suggère qu'un événement catastrophique -- y compris peut-être une bombe -- s'est produit en vol», a affirmé mardi la chaîne de télévision CNN citant un responsable américain anonyme.

À Saint-Pétersbourg, dans le nord-ouest de la Russie, d'où étaient originaires la majorité des 224 passagers, les familles des victimes ont commencé lundi à identifier les 140 corps. «C'est un travail long et laborieux qui durera aussi longtemps que nécessaire», a déclaré Igor Albine, le vice-gouverneur de l'ancienne capitale impériale.

Un deuxième appareil transportant les restes d'autres victimes de la pire catastrophe aérienne ayant touché la Russie est arrivé dans la matinée.

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