Burkina Faso: quand le deuil remplace les élections

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Un jeune homme se prépare à enterrer Angèle Kaboré, une ménagère de 25 ans qui a péri au cours de la tentative de coup d'État. Le cimetière municipal du quartier Gounghin, à Ouagadougou, a officieusement été renommé Cimetière des martyrs.

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Benoîte Labrosse

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La Presse

(OUAGADOUGOU) La capitale du Burkina Faso aurait dû être en pleine effervescence dimanche, jour prévu des élections présidentielles et législatives qui devaient mettre fin à un an de gouvernement de transition. Sauf que les rues de Ouagadougou étaient anormalement calmes, plongées dans un deuil national de 72 heures décrété vendredi à la mémoire des «martyrs» de la récente tentative de coup d'État.

Entre le 16 et le 22 septembre, 14 personnes - surtout des jeunes - ont perdu la vie parce qu'elles ont refusé d'écouter le mot d'ordre du Régiment de sécurité présidentiel (RSP) leur interdisant de manifester leur désaccord avec la prise de pouvoir militaire. Les Burkinabè sont plutôt sortis dans les rues par milliers. Ils ont eu l'aide de l'armée régulière pour déjouer les plans du RSP, une unité d'élite naguère au service de l'ex-président Blaise Compaoré.

M. Compaoré, qui a régné sur ce pays d'Afrique de l'Ouest durant 27 ans, a quitté le pouvoir le 31 octobre 2014, également à la suite d'une insurrection populaire. Depuis, un gouvernement de transition travaille à mettre en place l'élection démocratique de son successeur. Le scrutin était prévu le 11 octobre, mais le putsch militaire en a forcé le report.

Un consensus pour des élections le 15 novembre

Si la page est définitivement tournée sur le coup d'État - le RSP a été dissous, ses armes, saisies et le chef des putschistes, emprisonné -, les quelque 17 millions de Burkinabè demeurent dans l'incertitude quant au jour du vote. «Ne pas connaître la date, ça me dérange!», résume la journaliste Bernadette Dembelé, 20 ans, faisant écho aux nombreux jeunes de 35 ans et moins qui composent plus des deux tiers de la population.

Tous ceux interrogés sont «impatients» d'aller «voter pour le changement». «Je veux que ça se fasse rapidement, puisque nous avons beaucoup de projets à faire», explique le régisseur cinéma Abdoulaye Ilboudo, 35 ans. «La transition ne peut pas tout faire; il faut le plus vite possible un nouveau président qui va tout assurer, tout assumer», ajoute Idrissa Ouédraogo, 19 ans, étudiant en électrotechnique.

Leur souhait est partagé par la majorité, selon le Réseau des organisations de la société civile pour le soutien de la transition (ROSCT). «Nous avons fait deux réunions avec les partis politiques, la Commission électorale nationale indépendante et les organisations de la société civile, et nous avons dégagé ensemble une date consensuelle: le 15 novembre», a précisé à La Presse son porte-parole, Ousseini Ouédraogo. Le ROSCT espère une confirmation de la part du Conseil des ministres demain.

Les obsèques des «martyrs»

Même s'ils sont en majorité «déçus» du report des élections, les citoyens du pays des hommes intègres - la signification de Burkina Faso en langue locale - demeurent patients. «Nous ne voulions pas donner la date des élections sans enterrer nos martyrs, fait valoir Ousseini Ouédraogo. Il fallait d'abord faire ce que nous avons fait vendredi pour être à l'aise.» Les obsèques de dix des citoyens tombés sous les balles du RSP ont alors eu lieu en grande pompe sur la place de la Révolution de Ouagadougou et au cimetière municipal du quartier Gounghin, où sont déjà enterrés les morts de l'insurrection d'octobre 2014.

Hier, aucun événement ne soulignait le scrutin annulé. Plutôt que de marquer ce rendez-vous manqué, les Burkinabè préfèrent garder espoir pour le prochain. «On va attendre, mais qu'ils se dépêchent! déclare Habiba Barra, 30 ans, qui cherche un emploi. On veut savoir qui est notre président et reprendre notre route, simplement.»

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Patrice Bazié, représentant des familles des victimes de la tentative de coup d'État, sur la place de la Révolution de Ouagadougou.

Photo Benoîte Labrosse, collaboration spéciale, La Presse

Justice pour les victimes

Aux obsèques des victimes de la tentative de coup d'État, vendredi dernier, le représentant des familles des martyrs, Patrice Bazié, a souligné: «Le plus grand hommage que l'on puisse [leur] rendre est de rendre d'abord la justice, ensuite la justice et enfin, la justice.» Un sentiment partagé par les milliers de gens présents. Le ministre de l'Administration territoriale et de la Décentralisation de la transition, Youssouf Ouattara, a d'ailleurs précisé durant cette cérémonie que «des actions judiciaires ont été diligentées pour que les responsables du putsch et leurs complices soient traduits devant le tribunal et que chacun d'eux réponde de ses actes».

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