Centrafrique: Bangui paralysée par des barricades

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Un convoi des forces française Sangaris circule dans les rues de Bangui, le 14 septembre.

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Christian PANIKA
Agence France-Presse
BANGUI

Bangui est restée paralysée toute la journée de lundi par des barricades érigées sur ses principaux axes, dans un climat d'extrême tension après un week-end de violences meurtrières accompagnées de pillages.

Trois manifestants ont été tués et sept blessés à la mi-journée par des tirs de Casques bleus de la Mission des Nations unies en Centrafrique (MINUSCA), chargés de la protection des abords du palais présidentiel, a indiqué à l'AFP une source hospitalière, sous couvert de l'anonymat. Les manifestants s'étaient dirigés vers la présidence en réclamant la démission de la présidente de transition, Catherine Samba Panza, actuellement à New York pour participer à l'Assemblée générale des Nations unies.

Mais la MINUSCA affirme que les Casques bleus défendant le palais présidentiel n'ont pas «ouvert le feu» contre des manifestants, dans un communiqué transmis à l'AFP à Libreville.

«Les responsables des Casques bleus de la MINUSCA nient qu'ils aient ouvert le feu sur les populations», indique le bref communiqué. «Cela dit la MINUSCA reste préoccupée par de telles allégations et va procéder à leur vérification».

Après la dispersion de la manifestation, des tirs d'origine indéterminée ont été entendus dans un autre quartier de la capitale et un adolescent a été tué par «une balle perdue», selon cette source hospitalière.

En l'absence de bilan officiel du gouvernement de transition semblant dépassé par la situation chaotique, les estimations du nombre de victimes depuis samedi vont d'une vingtaine à une trentaine de morts et une centaine de blessés, selon les sources hospitalières et humanitaires.

Médecins sans frontières (MSF) parle notamment d'au moins 21 tués: «En 24 heures, plus de 100 blessés et 21 décès ont été enregistrés, mais le bilan définitif pourrait être plus élevé», indique l'ONG. L'UNICEF fait état d'«une trentaine de tués» dans un communiqué.

La circulation est restée inexistante lundi sur les avenues de la capitale centrafricaine. Les forces française Sangaris et de la MINUSCA) toujours présentes pour tenter de stabiliser le pays après les massacres intercommunautaires de 2013-2014, étaient positionnées en différents points de Bangui.

Craignant, comme les chauffeurs de taxi, d'être agressés ou dévalisés, la plupart des commerçants n'ont pas ouvert leurs échoppes lundi matin à la levée du couvre-feu instauré la veille par le gouvernement de transition.

Le couvre-feu n'a d'ailleurs pas été respecté, des pillages ont été signalés pendant la nuit dans divers quartiers et des tirs ont retenti à plusieurs reprises.

«La gendarmerie, le ministère de la Défense et la radio d'État ont été attaqués cette nuit par des individus armés», a indiqué à l'AFP sous couvert d'anonymat une source militaire centrafricaine. «L'attaque a été repoussée, faisant des victimes parmi les assaillants», a ajouté cette source, sans pouvoir fournir de bilan précis, ni d'identification des assaillants.

Un assassinat comme détonateur

Un assassinat a servi de détonateur à cette nouvelle explosion de violences dont la capitale centrafricaine est coutumière depuis deux ans.

Selon des habitants, un conducteur de moto-taxi a été égorgé samedi matin au PK-5, ce qui a déclenché des violences dans ce quartier majoritairement musulman. Le PK-5 a été l'épicentre des massacres intercommunautaires à Bangui et il représente le dernier bastion des musulmans chassés des autres quartiers par les milices chrétiennes antibalaka.

Violences et pillages de commerces, d'entrepôts et de maisons se sont ensuite étendus aux quartiers limitrophes.

Dans la soirée, les détenus de la prison centrale Ngaragba se sont évadés, selon une source militaire. Il s'agirait pour la plupart de miliciens antibalaka.

En raison de cette situation chaotique, la compagnie Air France qui relie Paris à Bangui a annulé son vol de mardi, selon son site internet.

Le renversement en mars 2013 du président François Bozizé par la rébellion Séléka a plongé l'ex-colonie française, déjà très instable et un des pays les plus miséreux au monde, dans sa plus grave crise depuis son indépendance en 1960, déclenchant des tueries de masse entre communautés musulmanes et chrétiennes en 2013 et 2014.

Le niveau des violences a depuis considérablement baissé, mais des groupes armés sévissent. De très nombreuses armes de guerre circulent et sont régulièrement utilisées pour des actes de banditisme.

C'est dans ce contexte d'insécurité persistante que des élections présidentielle et législatives doivent en principe être organisées avant la fin 2015.

Avant ces dernières violences, un referendum sur l'adoption de la nouvelle Constitution - préalable à toute élection - était fixé au 4 octobre. Or les opérations de recensement électoral ne sont toujours pas achevées, alors que le premier tour de la présidentielle avait été fixé au 18 octobre.

C'est également dans ce contexte de troubles persistants que le pape François est attendu les 29 et 30 novembre à Bangui, dernière étape d'une tournée africaine.

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