Des milliers de femmes violées par des soldats sud-soudanais

Evalina, une Sud-Soudanaise victime de violences sexuelles de... (PHOTO ASHRAF SHAZLY, ACRHIVES AFP)

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Evalina, une Sud-Soudanaise victime de violences sexuelles de la part de combattants qui l'ont gardée captive durant deux mois, s'entretient avec l'AFP, à Khartoum, capitale du Soudan, le 9 mars.

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Tristan MCCONNELL
Agence France-Presse
BENTIU, Soudan du Sud

Emmenée de force dans un camp militaire, l'une a été attachée et violée durant deux mois. Une autre a été kidnappée par des soldats et violée cinq nuits d'affilée: l'enlèvement systématique de femmes et de filles, transformées en esclaves sexuelles est une nouvelle facette terrifiante de la guerre au Soudan du Sud.

Des dizaines de témoignages recueillis par un journaliste de l'AFP dans l'État septentrional reculé d'Unité, un des principaux champs de bataille du conflit qui ravage le pays depuis plus de 21 mois, mettent en lumière une pratique récurrente, jusqu'ici dans l'ombre, d'enlèvements de femmes, emmenées et attachées dans les campements des forces progouvernementales, où elles sont réduites en esclavage et régulièrement violées.

Nyabena, 30 ans et mère de cinq enfants, a été capturée par des soldats qui ont attaqué en avril son village du comté de Rubkona. Les garçons et les hommes ont été abattus. Les maisons pillées et incendiées.

Les filles et les femmes rassemblées et emmenées, à pied, avec celles d'un village voisin, vers le comté de Mayom. La zone est le fief du général Matthew Puljang, chef d'une milice ethnique Bul Nuer, alliée à l'armée sud-soudanaise loyale au président Salva Kiir, qui affronte depuis décembre 2013 les forces rebelles menées par l'ancien vice-président Riek Machar.

Durant la journée, Nyabena est mise au travail, sous surveillance, portant biens et nourriture pillés, allant chercher de l'eau ou sarclant les potagers des soldats.

La nuit, elle est attachée aux autres femmes, à la disposition des miliciens. «Quand un soldat voulait avoir des rapports sexuels, il venait, nous détachait et nous emmenait. Quand il avait fini, il vous ramenait et vous rattachait», raconte-t-elle, ramenant ses coudes derrière le dos pour montrer la façon dont elle était liée.

Être violée par quatre hommes chaque nuit était commun, dit-elle.

Celles refusant de travailler ou se défendant contre leur violeur disparaissaient. «Le matin, on découvrait qu'elles n'étaient plus là», raconte Nyabena, estimant que dix de la quarantaine de femmes de son groupe se sont ainsi volatilisées.

Un expert militaire estime que des milliers de femmes ont été enlevées durant l'offensive, menée dans l'État d'Unité entre avril et juillet par l'armée sud-soudanaise et la milice du général Puljang, qualifiée par des enquêteurs de l'ONU de «politique de terre brûlée».

Ces sévices viennent allonger la déjà très longue liste d'atrocités à grande échelle dont se sont rendus coupables les deux camps qui s'affrontent depuis 2013 au Soudan du Sud, né 29 mois plus tôt sur les décombres de décennies de guerres d'indépendance, ayant pris fin en 2005 et qui n'aura connu que de brèves années de paix.

Trou noir informatif

Les combats et les pluies limitent considérablement l'accès à certaines zones du pays, dont l'État d'Unité qualifié par des humanitaires de «trou noir en terme d'informations». «Personne ne sait ce qui se passe dans le comté de Mayom», où nombre des victimes interrogées par l'AFP ont été emmenées, explique un enquêteur d'une organisation humanitaire, chargé de rassembler des données sur les violations des droits de l'homme.

«Dans tous les comtés du sud d'Unité, c'est la même chose: les femmes qui parviennent à fuir (lors des offensives) ont de la chance. Les autres sont enlevées et violées, ou tuées», ajoute-t-il, «l'enlèvement des femmes semble être systématique», elles peuvent rester prisonnières «une journée, ou plus, ou pour toujours».

Nyamai, 38 ans et mère de cinq enfants, enlevée dans le comté de Koch, a passé la plupart du temps attachée. Dix soldats faisaient parfois la queue la nuit pour abuser d'elle. Quand elle les a implorés «qu'un seul s'occupe d'elle», elle a été battue.

Nyatuach, elle, n'a plus de nouvelles de deux de ses trois filles adolescentes, depuis leur enlèvement lors de l'attaque de leur village. Mais elle sait tout de leur calvaire, depuis que la troisième, 17 ans, est revenue avec trois de ses nièces, toutes «très malades et très maigres».

Elles «étaient faibles et, tellement d'hommes ayant eu des rapports avec elles, des fluides s'écoulaient de leurs corps», explique Nyatuach, décrivant une incontinence provoquée par une fistule obstétrique - une déchire de la paroi entre le vagin et la vessie ou le rectum -, conséquence possible de viols particulièrement violents.

«Quand les filles sont "cassées", ils s'en débarrassent», ajoute Nyatuach, pour expliquer que celles qui ne peuvent plus en supporter plus sont libérées ou tuées.

Rebecca a retrouvé sa fille de 12 ans au lendemain de l'attaque de leur village du comté de Koch. «Ces gens se sont servis de moi», a raconté la fillette à sa mère. Rebecca a fait bouillir de l'eau et a lavé sa fille avec des linges chauds. «On n'y peut rien», lui a-t-elle expliqué, «c'est comme ça».

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