Obama réclame l'«égalité» pour les homosexuels en Afrique

Le président américain Barack Obama (photo) et son... (Photo Jonathan Ernst, Reuters)

Agrandir

Le président américain Barack Obama (photo) et son hôte Uhuru Kenyatta.

Photo Jonathan Ernst, Reuters

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Andrew BEATTY, Aude GENET
Agence France-Presse
NAIROBI

Le président américain Barack Obama a réclamé samedi l'«égalité des droits» pour les homosexuels en Afrique, comparant l'homophobie à la discrimination raciale qu'ont connue les États-Unis, lors d'une visite inédite au Kenya, le pays de son père.

«J'ai été constant à travers toute l'Afrique là-dessus. Quand vous commencez à traiter les gens différemment, parce qu'ils sont différents, vous vous engagez sur un terrain où la liberté s'érode», a estimé M. Obama lors d'une conférence de presse avec son homologue kényan Uhuru Kenyatta.

«Quand un gouvernement prend l'habitude de traiter les gens différemment, ces habitudes peuvent s'étendre. En tant qu'Afro-Américain aux États-Unis, je suis douloureusement conscient de ce qu'il se passe quand les gens sont traités différemment devant la loi».

L'homosexualité reste illégale dans une grande majorité des pays d'Afrique. Et le locataire de la Maison-Blanche avait déjà apporté son soutien aux homosexuels sur le continent, estimant depuis Dakar en 2013 que «tout le monde doit avoir les mêmes droits».

Comme le président sénégalais Macky Sall à l'époque, Uhuru Kenyatta, dont le vice-président William Ruto a multiplié les sorties homophobes ces derniers temps, lui a répondu qu'il y avait des «choses que, nous devons l'admettre, nous ne partageons pas».

«Il est très difficile pour nous d'imposer à la population ce qu'elle n'accepte pas elle-même. C'est pour cela que je dis que pour les Kényans aujourd'hui, la question des droits des homosexuels est vraiment un non-sujet».

«Effroyable» guerre sud-soudanaise

Les deux dirigeants s'exprimaient à l'issue d'un dialogue bilatéral qui a passé en revue les crises dans la région.

Barack Obama a dénoncé le processus électoral burundais, qui a reconduit le président Pierre Nkurunziza au pouvoir pour un troisième mandat controversé, et a exigé la fin de «l'effroyable» guerre civile sud-soudanaise qui en 19 mois a fait des dizaines de milliers de morts.

Il a aussi promis une coopération renforcée au Kenya dans la lutte contre les islamistes somaliens shebab.

«Nous avons de façon systématique réduit les territoires que les shebab contrôlent. Nous avons pu réduire leur emprise réelle en Somalie et avons affaibli ces réseaux opérant ici en Afrique de l'Est», a-t-il déclaré.

«Cela ne veut pas dire que le problème est résolu», a-t-il cependant reconnu.

La lutte contre le «terrorisme» figure en tête du programme de la visite officielle de Barack Obama, la première dans le pays de son père depuis son accession à la Maison-Blanche en 2009 et même la première d'un président américain en exercice.

Le Kenya est en proie à de spectaculaires et très meurtrières attaques des shebab depuis que son armée a commencé, fin 2011, à les combattre dans le Sud somalien.

Les États-Unis mènent de régulières attaques de drones contre le groupe islamiste en Somalie, privée de réel État central depuis près de 25 ans, et ont tué en septembre 2014 celui qui était alors le chef des insurgés, Ahmed Abdi Godane.

Les shebab sont affiliés à Al-Qaïda, qui avait perpétré un attentat contre l'ambassade américaine à Nairobi en août 1998, faisant 213 victimes auxquelles Barack Obama a rendu hommage samedi.

Sa visite a d'ailleurs été placée sous très haute sécurité, une partie de la capitale étant verrouillée et 10 000 policiers mobilisés.

«Corruption» à tous les niveaux

Dans la matinée, en ouvrant avec Uhuru Kenyatta un sommet mondial sur l'entrepreneuriat, Barack Obama avait tenu un discours plein d'optimisme sur une «Afrique en marche», où les gens «sortent de la pauvreté, les revenus sont en hausse, la classe moyenne croît».

«C'est formidable d'être de retour au Kenya», avait-il ajouté. «Évidemment, cela a une valeur personnelle pour moi. Mon père venait du coin».

Dans l'après-midi, il s'est montré plus critique, fustigeant notamment la corruption, le «plus important obstacle à une croissance plus rapide du Kenya».

Les gens sont «systématiquement assommés par la corruption», à tous les niveaux, a-t-il déploré, pointant du doigt ces responsables se déplaçant au volant de voiture hors de prix ou se faisant construire des maisons bien au-dessus de leurs moyens.

Au fil des semaines, à mesure que la visite de l'«enfant du pays» approchait, la ferveur n'avait cessé de monter au Kenya. Samedi encore, les quotidiens ont consacré leurs «Unes» à M. Obama, né à Hawaï d'une mère américaine et d'un père kényan: «Kenya je suis là», «Le moment Obama», «Obama arrive»...

Cette visite a longtemps été empêchée par l'inculpation du président Kenyatta devant la Cour pénale internationale (CPI) pour son rôle présumé dans les meurtrières violences postélectorales qui ont déchiré son pays fin 2007-début 2008. Mais ces poursuites ont été abandonnées en décembre, faute de preuves.

Barack Obama, qui terminait sa journée de samedi par un dîner au palais présidentiel, quitte dimanche soir le Kenya pour l'Éthiopie, autre allié-clé des États-Unis dans la lutte antiterroriste régionale, et siège de l'Union africaine.

Il compte en tout cas revenir en terre kényane une fois qu'il aura quitté la Maison-Blanche. «Je ne porterai peut-être pas de costume», a-t-il précisé.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer