Burundi: décompte des voix après une présidentielle sous tension

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Le scrutin s'est ouvert mardi matin dans un contexte délétère : à Bujumbura, un policier a été tué dans la nuit par l'explosion d'une grenade et un civil est décédé dans des circonstances indéterminées - tué par balle selon certains témoignages (ci-dessus).

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Esdras NDIKUMANA, Aymeric VINCENOT
Agence France-Presse
BUJUMBURA

Le dépouillement des votes doit se poursuivre mercredi au Burundi, au lendemain d'une présidentielle controversée, marquée par des violences et boycottée par l'opposition, et dont les résultats ne sont pas attendus avant jeudi.

L'issue du scrutin ne faisait toutefois guère de doute et s'acheminait vers un troisième mandat pour le président sortant Pierre Nkurunziza.

Fin avril, sa candidature à un troisième mandat, jugée anticonstitutionnelle par l'opposition, l'Église catholique et la société civile, avait mis le feu aux poudres. Elle a suscité une contestation populaire, matée au bout de six semaines d'une brutale répression policière. Un coup d'État a été déjoué et des violences armées ont éclaté dans la capitale et le nord du pays.

Mardi, alors que la crise a déjà fait 80 morts et poussé plus de 160 000 Burundais à se réfugier dans les pays voisins, le scrutin s'est ouvert dans un climat délétère. La nuit précédente, plusieurs grenades ont explosé et de nombreux tirs ont longuement retenti à Bujumbura. Un policier a été tué et un civil - cadre local d'un parti d'opposition selon sa formation - a été retrouvé mort dans des circonstances indéterminées.

L'élection s'est déroulée dans le calme, mais dans une ambiance empreinte de méfiance et d'inquiétude.

Dans de nombreux bureaux de vote, les gens effaçaient l'encre de leur doigt à la sortie de l'isoloir par peur de représailles de la part des partisans du boycottage. «Je ne veux pas retourner dans mon quartier avec de l'encre sur le doigt», confiait une électrice de Gihosha, dans le nord-est de la capitale. Mais certains confiaient aussi subir des intimidations de partisans du pouvoir pour aller voter.

Le président Nkurunziza, 50 ans, imperturbable, a accompli son devoir électoral en affichant sa décontraction. Fan de ballon rond et protestant «born again» prosélyte, il s'est rendu en vélo et vêtu d'un jogging bleu orné de l'écusson de son équipe de football au bureau de vote de son village natal de Buye (nord).

Le dépouillement a commencé dans l'essentiel des bureaux à 16H00 (14H00 GMT), heure de clôture officielle du scrutin. Le président de la Commission électorale, Pierre-Claver Ndayicariye, indiqué mardi à l'AFP que les résultats ne seraient pas proclamés avant 48 heures.

Après la très large victoire - sans surprise - du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, aux législatives et communales du 29 juin, déjà boycottées par l'opposition, celle de Pierre Nkurunziza à la présidentielle est attendue.

L'opposition appelait au boycottage, jugeant que le troisième mandat de M. Nkurunziza, élu en 2005 et 2010, viole la Constitution et l'Accord d'Arusha, dont la signature a permis la fin de la guerre civile qui fit 300 000 morts entre 1993 et 2006.

«Pluralisme de façade»

Outre trois candidats issus de petites formations réputées alliées au pouvoir, M. Nkurunziza affrontait son principal opposant Agathon Rwasa, qui a contesté à l'avance la légitimité du scrutin. Trois autres candidats de l'opposition (dont les deux anciens chefs de l'État Domitien Ndayizeye et Sylvestre Ntibantunganya) figuraient sur les bulletins bien qu'ils se soient retirés de la course en dénonçant «une mascarade».

«Malgré un pluralisme de façade, il s'agit d'une élection à un seul candidat dont les Burundais connaissent déjà l'issue», a commenté Thierry Vircoulon, de l'International Crisis Group.

Quelque 3,8 millions de Burundais étaient appelés aux urnes, mais à Bujumbura comme en province, la mobilisation mardi semblait globalement inférieure à celle des législatives du 29 juin, selon le constat de plusieurs journalistes à travers le pays.

Le président de la Commission électorale a nié ce reflux apparent, estimant qu'à l'exception d'une «plus faible affluence à Bujumbura et (dans la province de) Bururi» (sud-ouest du pays) «la participation était sensiblement la même» qu'aux législatives. Il a dit tabler sur un chiffre comparable (74%).

Dans plusieurs bureaux de Bujumbura, des procès-verbaux vierges étaient signés par les assesseurs avant même le début du dépouillement, a constaté un journaliste de l'AFP. Selon la radio nationale, le président d'un bureau de la province de Bujumbura rural a été remis à la police après avoir été surpris en train de bourrer une urne.

Sûr de sa victoire, M. Nkurunziza va retrouver un Burundi divisé, isolé sur la scène internationale et privé d'une aide extérieure cruciale alors qu'il figure parmi les dix pays les moins développés au monde.

Les États-Unis ont estimé mardi que cette présidentielle «pas crédible» discréditait «davantage» le gouvernement. Didier Reynders, ministre belge des Affaires étrangères, a «regretté» l'organisation de ces élections et rappelé que la Belgique, important partenaire du Burundi, allait «réexaminer sa coopération» avec son ancienne colonie.

Moindre mobilisation

À Bujumbura, comme en province, la mobilisation pour le scrutin restait en règle générale inférieure à celle des élections législatives du 29 juin.

«Il est clair que l'affluence est moindre que pour les législatives, mais on espère que les gens vont venir plus tard», a indiqué un responsable de la CÉPI (Commission électorale provinciale indépendante) à Gitega (centre), une province favorable à M. Nkurunziza.

Dans la capitale, la mobilisation demeurait très faible comme dans le quartier de Musaga (sud), où de nombreux habitants passaient ostensiblement devant les bureaux de vote, sans s'y arrêter.

«Je ne vais pas voter, je n'accepte pas ces élections, je n'accepte pas le troisième mandat», a expliqué un habitant.

Dans de nombreux bureaux de vote, les gens effaçaient l'encre de leur doigt à la sortie de l'isoloir par peur de représailles de la part d'opposants appelant au boycottage.

«Je ne veux pas retourner dans mon quartier avec de l'encre sur le doigt», confiait une électrice dans le quartier de Gihosha, au nord-est de la capitale.

L'opposition dénie le droit à M. Nkurunziza - élu en 2005 et en 2010 - de briguer un nouveau mandat et dénonce un «simulacre d'élection», dont elle a demandé sans succès le report.

La candidature de M. Nkurunziza a plongé depuis fin avril le Burundi dans une profonde crise politique, émaillée de violences qui ont fait plus de 80 morts.

Après la très large victoire sans surprise du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, aux législatives et communales du 29 juin, déjà boycottées par l'opposition, la victoire de M. Nkurunziza ne fait aucun doute, selon les observateurs.

En face, ne restaient que trois candidats issus de petites formations réputées alliées au pouvoir, en plus de son principal opposant, Agathon Rwasa, qui n'a pas retiré officiellement sa candidature, mais conteste à l'avance la légitimité du scrutin.

Les trois autres candidats enregistrés - Jean Minani, président du parti Frodebu-Nanyuki (opposition), et les deux anciens chefs de l'État Domitien Ndayizeye et Sylvestre Ntibantunganya, tous trois opposés à un troisième mandat de M. Nkurunziza - se sont retirés de la course, dénonçant «une mascarade» et une élection «pas aux normes internationales».

«Malgré un pluralisme de façade, il s'agit d'une élection à un seul candidat dont les Burundais connaissent déjà l'issue», a commenté Thierry Vircoulon, de l'International Crisis Group (ICG).

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