Le sud de l'Algérie touché par des violences intercommunautaires

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De nombreux différends, en particulier d'ordre foncier, opposent Arabes et Berbères (photo), qui cohabitent depuis des siècles.

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Amer OUALI
Agence France-Presse
Alger

Vingt-deux personnes ont été tuées et des dizaines blessées en moins de 48 heures dans une flambée de violences intercommunautaires dans la région de Ghardaïa, dans le sud de l'Algérie, théâtre de heurts récurrents entre Arabes et Berbères depuis deux ans et demi.

Fait inédit depuis le début de cette crise, le président Abdelaziz Bouteflika a convoqué une réunion d'urgence, a annoncé l'agence APS. Le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, le vice-ministre de la Défense nationale, Ahmed Gaïd Salah, et le chef d'état-major de l'armée, le général Ahmed Gaïd Salah, y participaient.

A l'issue de cette réunion, M. Bouteflika a chargé le commandant de la 4e région militaire, dont dépend la wilaya (préfecture) de Ghardaïa de «superviser l'action des services de sécurité et des autorités locales concernées pour le rétablissement et la préservation de l'ordre public à travers la wilaya de Ghardaïa», a indiqué un communiqué de la présidence.

M. Bouteflika a également demandé au Premier ministre de «veiller, avec le ministre de la Justice, afin que le Parquet prenne en charge, avec diligence et sévérité, toutes les violations de la loi (...) et notamment l'atteinte à la scurité des personnes et des biens», selon la même source.

Les vols à partir d'Alger en direction de Ghardaïa ont été annulés jusqu'à samedi, a déclaré à l'AFP un employé de l'aéroport. La compagnie Air Algérie qui les assure n'a pas fourni d'explication.

Les violences des dernières 24 heures se sont concentrées à Guerrara (120 km au nord-est de Ghardaïa), l'une des principales villes mozabites, une minorité ethnico-religieuse berbère et ibadite. Dix-neuf personnes sont mortes rien que dans cette ville, selon un bilan de l'APS.

«La situation est très grave: ce n'est plus des affrontements mais du terrorisme», s'est indigné un notable mozabite interrogé par l'AFP. Des armes de guerre et des fusils de chasse ont été utilisés à Guerrara, contrôlée à ses quatre entrées par des «hordes armées», a-t-il affirmé.

«Devant des terroristes tirant à balles réelles pour la première fois depuis le début du conflit, les citoyens Mozabites sont condamnés à défendre leurs biens à mains et poitrines nues», écrit le Collectif des Mozabites en Europe, ajoutant que «les populations Mozabites vivent dans l'insécurité totale, avec un très lourd lot de morts et de destructions».

Le bilan de 22 morts est le plus lourd enregistré dans cette région de la vallée du M'zab, où une dizaine de personnes avaient au total été tuées depuis le début des affrontements en décembre 2013.

En deux ans et demi, des centaines de maisons ont été incendiées dans les violences, et de nombreux, ateliers, usines et locaux endommagés.

Important dispositif de sécurité 

Les heurts ont repris début juillet, entraînant le déploiement de forces antiémeutes qui font régulièrement usage de gaz lacrymogènes pour les disperser.

Mercredi, les affrontements se poursuivaient à Ghardaïa, la principale ville du Mzab, une cité touristique célèbre pour son architecture et classée au patrimoine mondial de l'Unesco. Des heurts avaient aussi lieu à Guerarra (à 120 km au nord-est de Ghardaïa) et à Bériane (à 45 km de Ghardaïa).

Des locaux commerciaux, des véhicules de particuliers, des palmeraies, du mobilier urbain et des édifices publics ont été incendiés ou ont subi des dégradations, selon APS.

Un imposant dispositif sécuritaire a été mobilisé, avec des renforts partis d'Alger, a indiqué une source sécuritaire à l'AFP. Le commandant de la 4e région militaire, comprenant une large partie du Sahara, était sur place.

Le ministre de l'Intérieur, Nourredine Bedoui, s'est aussi rendu sur les lieux, après une précédente visite vendredi où il avait tenté de réunir, en vain, les deux communautés en vue de rétablir le calme.

On ignore pour le moment la cause précise de cette nouvelle flambée de violences.

De nombreux différends, en particulier d'ordre foncier, opposent Arabes et Berbères, qui cohabitent depuis des siècles.

La région est notamment confrontée à une lutte pour l'appropriation d'un espace de plus en plus réduit sur fond de libéralisation économique. La forte urbanisation suivie de l'arrivée de nouveaux habitants menace aussi l'équilibre démographique largement favorable aux mozabites qui restent majoritaires dans leur vallée, aux portes du Sahara.

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