L'Afrique du Sud laisse filer Omar el-Béchir

Le président soudanais était venu à Johannesburg pour... (PHOTO SIPHIWE SIBEKO, REUTERS)

Agrandir

Le président soudanais était venu à Johannesburg pour participer à un sommet de l'Union africaine.

PHOTO SIPHIWE SIBEKO, REUTERS

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Christophe BEAUDUFE
Agence France-Presse
JOHANNESBURG

Le président soudanais Omar el-Béchir, recherché pour génocide par la Cour pénale internationale (CPI) est rentré lundi du sommet de l'Union africaine à Johannesburg sans être inquiété, malgré une décision de la justice sud-africaine lui interdisant de quitter le pays.

Vêtu d'une tenue traditionnelle blanche, M. Béchir est sorti de l'avion à Khartoum triomphant, levant sa canne en l'air et tonnant «Dieu est le plus grand».

Dès le 28 mai, la CPI avait demandé à l'Afrique du Sud, en tant que membre de la Cour, de procéder à son arrestation s'il venait au sommet de l'UA.

«Nous sommes déçus qu'il n'ait pas été interpellé», a réagi James Stewart, adjoint de la procureure Fatou Bensouda: «Notre position a toujours été que l'obligation incombant à l'Afrique du Sud est claire, elle devait l'arrêter».

«Ici, ce n'est pas le siège de la CPI et on n'en veut pas dans la région», a rétorqué lors du point presse de clôture du sommet le président zimbabwéen Robert Mugabe, à la présidence tournante de l'UA. Les Etats africains qui ont signé le traité de la CPI «le regrettent désormais», a-t-il ajouté.

La Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, présidente de la Commission de l'UA, a fait mine de s'étonner: «Je ne sais pourquoi on en fait tout un plat aujourd'hui». Selon elle, l'UA jouit d'un statut extra-territorial, et obéit à ses propres règles, pas celles du pays hôte: «On est peut-être géographiquement en Afrique du sud, mais ici c'est l'Union africaine».

Lundi, un tribunal de Pretoria a jugé que le gouvernement sud-africain avait violé la Constitution et qu'il aurait dû arrêter le président soudanais.

Dans la soirée, le gouvernement sud-africain a diffusé un communiqué laconique pour prendre note du jugement, en annonçant une «enquête sur les circonstances dans lesquelles le président soudanais a quitté le pays».

La veille, le tribunal, saisi par une ONG, avait frappé M. Béchir d'une interdiction de quitter le pays, une première sur le continent en réponse à la CPI.

Cela n'avait pas beaucoup inquiété les officiels soudanais. «Nous sommes ici comme hôtes du gouvernement sud-africain. Des assurances ont été données par ce gouvernement», avait déclaré dès dimanche le ministre soudanais des Affaires étrangères Ibrahim Ghandour.

De fait, M. Béchir, recherché par la CPI pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité dans le conflit du Darfour, a tranquillement participé au sommet de l'UA et posé sur la photo officielle dimanche.

Lundi, Ibrahim Ghandour a enfoncé le clou: Omar el-Béchir «continuera de participer normalement aux sommets internationaux», a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à l'aéroport de Khartoum.

«Test pour l'Afrique du Sud» 

«Je prends ça très au sérieux», a critiqué lundi le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon, qui avait été annoncé au sommet et aurait pu se trouver sur la photo. «L'autorité de la CPI doit être respectée».

La CPI a été créée en 2002 à La Haye pour juger les génocidaires et criminels de guerre qui n'ont jamais été poursuivis dans leur propre pays. Depuis plusieurs années, elle est la cible d'une virulente campagne des chefs d'Etat africains qui l'accusent de racisme et de ne s'en prendre qu'à des dirigeants du continent.

En dépit des poursuites engagées contre lui par la CPI en 2009 et 2010 dans le cadre du conflit de la province soudanaise du Darfour, le président Béchir s'est déjà rendu depuis dans des Etats parties à la CPI tels que le Tchad, le Kenya et le Nigeria, sans jamais être inquiété.

«C'est embarrassant pour l'Afrique du Sud qui aurait pu éviter cette situation tout simplement en ne l'autorisant pas à venir», a commenté Jakkie Cilliers, directeur général de l'Institut des Etudes de Sécurité (ISS, Pretoria).

«En le laissant venir, ils (les dirigeants sud-africains) ont voulu montrer au reste du monde qu'ils partagent le point de vue de l'Afrique sur la CPI», a-t-il ajouté.

Cet incident a été rapproché par des commentateurs de l'attitude de Pretoria envers le dalaï lama, que l'Afrique du Sud empêche systématiquement de venir depuis 2009 pour ne pas se brouiller avec la Chine.

Le président soudanais, 71 ans, au pouvoir depuis un coup d'Etat en 1989 et réélu en avril sans opposition avec 94% des voix pour un nouveau mandat de cinq ans, a depuis 2009 considérablement limité ses déplacements à l'étranger, privilégiant les pays n'ayant pas rejoint la CPI.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer