L'Érythrée, un pays «gouverné par la terreur»

Des réfugiés érythréens manifestent devant l'ambassade de l'Érythrée... (PHOTO BAZ RATNER, ARCHIVES REUTERS)

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Des réfugiés érythréens manifestent devant l'ambassade de l'Érythrée à Tel-Aviv en Israël contre «la dictature» du président Afewerki, le 11 mai.

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Agence France-Presse
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Les violations «systématiques et à grande échelle» des droits de l'homme par le gouvernement d'Érythrée poussent quelque 5000 Érythréens à fuir leur pays chaque mois, selon une enquête des Nations Unies.

«Le pays est gouverné non pas par la loi, mais par la terreur», a déclaré aux journalistes Mme Sheila Keetharuth, un des auteurs du rapport.

Après une année d'enquête, trois experts mandatés par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU ont décrit dans un rapport de 500 pages un système répressif où les gens sont régulièrement arrêtés, détenus, torturés ou portés disparus et tués.

«La commission a établi que des violations systématiques et à grande échelle des droits de l'homme ont été et sont commises en Érythrée sous l'autorité du gouvernement (...) certaines pourraient constituer des crimes contre l'humanité», affirment les experts dont le rapport a été publié lundi.

Ces violations interviennent «à une échelle rarement constatée ailleurs», ajoutent-ils.

Cela provoque un exode massif avec des centaines de milliers d'Érythréens qui ont quitté leur pays, s'exposant dans leur fuite aux multiples dangers des trafiquants et des passeurs et à l'ordre «tirer pour tuer» donné aux forces de sécurité gardant la frontière.

À la mi-2014, le Haut-Commissariat aux réfugiés de l'ONU avait estimé leur nombre à 360 000 répartis dans le monde, pour une population totale estimée à 6,3 millions d'habitants.

Les réfugiés érythréens constituent la seconde population après les Syriens à se lancer dans la périlleuse traversée de la Méditerranée.

Après 22 ans de régime du président Issaias Afeworki, le rapport évoque un système orwellien de surveillance de masse, où voisins et membres de la famille doivent rendre compte les uns sur les autres, où les personnes sont détenues pendant des années dans des conditions horribles sans même savoir pourquoi, où le service militaire à durée illimitée permet au régime de compter sur une main-d'oeuvre réduite à l'état d'esclavage pendant des décades.

L'Érythrée, petit pays fermé de la Corne de l'Afrique, s'était opposée à la création de la commission en juin 2014 et n'a pas autorisé les enquêteurs de l'ONU à se rendre sur place.

L'Érythrée est dirigée d'une main de fer par le président Issaias Afeworki depuis son indépendance de fait en 1991, après 30 ans de guerre d'indépendance contre l'Éthiopie.

Le rapport a été établi avec des entretiens avec 550 Érythréens vivant à l'étranger, plus 160 témoignages recueillis par écrit.

Il n'a pas été facile de convaincre certains de témoigner tant le réseau d'espionnage du régime est aussi actif à l'étranger, entrainant des craintes de représailles contre les familles.

La torture est tellement répandue que «c'est une politique du gouvernement d'encourager son emploi», souligne le rapport.

Outre l'esclavagisme dans le travail, «l'esclavage sexuel» est lui aussi routinier. Un témoin a raconté comment il a reçu pour instructions d'amener des filles dans les chambres des officiers. Ils me donnaient leurs noms et leurs adresses et j'allais les chercher», a déclaré un assistant personnel d'un officiel d'un camp d'entrainement. Il conduisait ainsi une à deux filles par jour et en trois ans il estime avoir conduit quelque 1200 filles, précise le rapport.

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