Burundi: le numéro 2 des putschistes reconnait l'échec du coup d'État

Le numéro deux du mouvement putschiste au Burundi, le général Cyrille... (Photo: AP)

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Esdras NDIKUMANA
Agence France-Presse
BUJUMBURA

Le numéro deux du mouvement putschiste au Burundi, le général Cyrille Ndayirukiye, a reconnu jeudi soir l'échec du coup d'État contre le président Pierre Nkurunziza.

«Personnellement, je le reconnais, notre mouvement a échoué», a-t-il déclaré à l'AFP. «Nous avons rencontré une trop grande détermination militaire pour soutenir le système au pouvoir», a-t-il poursuivi.

Cette annonce intervient alors que la présidence burundaise a annoncé jeudi soir le retour, sur le territoire burundais, du chef de l'État, resté bloqué en Tanzanie depuis le début de la tentative de coup d'État lancée mercredi après-midi par le général Godefroid Niyombare.

«Nkurunziza dort ce soir à Ngozi dans sa province natale», a renchéri l'un de ses proches, alors que dans la soirée, des sources tanzaniennes donnaient le président burundais toujours à Dar es Salaam, où il était allé participer mercredi à un sommet est-africain consacré à la crise politique déclenchée dans son pays par l'annonce de sa candidature à un troisième mandat présidentiel fin juin.

La désignation le 25 avril de Pierre Nkurunziza comme le candidat du parti présidentiel, le Cndd-FDD, au scrutin du 26 juin avait déclenché des manifestations qui s'étaient déroulées quasi-quotidiennement jusqu'à mercredi.

Ce mouvement populaire avait été présenté par Godefroid Niyombare, un ex-compagnon d'armes de Pierre Nkurunziza du temps de la guerre civile (1993-2006) burundaise, quand le Cndd-FDD était encore une rébellion hutu, comme l'une des justifications du putsch: le général avait reproché au chef de l'État, déjà élu en 2005 et 2010, d'avoir pris sa décision de briguer un troisième mandat «au mépris» du peuple.

«Notre initiative, même si elle a échoué, a mis à nu une organisation des corps de défense et de sécurité, notamment de l'armée qui n'a rien de professionnel», a ajouté jeudi soir le général Ndayirukiye, estimant que l'armée était «aujourd'hui inféodée au parti au pouvoir».

Au moment où il s'exprimait, Cyrille Ndayirukiye a affirmé être avec le général Niyombare et d'autres responsables du mouvement.

Il a aussi dénoncé «la détermination du chef d'état-major de l'armée», le général Prime Niyongabo, resté fidèle à Pierre Nkurunziza, «qui s'est allié au très dangereux groupe des proches du président qui sont corrompus et qui sont en train de détruire le Burundi».

Offensives ratées  

Interrogé sur ce qu'allaient désormais faire les putschistes -- se rendre ou faire un baroud d'honneur --, le général Ndayirukiye a répondu: «On y réfléchit, mais on ne voudrait pas prendre la responsabilité d'amener à la mort ceux qui nous ont suivis. On ne peut pas engager les gens à la mort».

Un haut gradé de la police a confirmé que «ce soir, les mutins sont en débandade après leur attaque de RTNB (la radio et télévision nationale burundaise) qui a échoué».

Selon lui, «certains mutins se sont déjà rendus. D'autres chercheraient à fuir».

Jeudi, les putschistes avaient lancé deux offensives pour tenter de prendre le contrôle de la RNTB, gardée depuis mercredi par les forces restées loyales à Pierre Nkurunziza. Ils avaient à chaque fois échoué, après des affrontements à l'arme lourde avec le camp adverse.

Pour la première fois depuis le début du putsch, des morts avaient été constatés au terme de ces violents combats: un journaliste de l'AFP a vu trois cadavres de militaires à environ un km du site de la RTNB.

Le contrôle de la RTNB était d'autant plus important que les principales radios privées - la très populaire RPA, Bonesha, Insaganiro - et la principale télévision indépendante, Télé Renaissance, qui diffusaient les messages des putschistes, n'émettaient plus depuis la nuit. Elles avaient été elles-mêmes attaquées, parfois à la roquette par des forces pro-Nkurunziza, selon leurs patrons, et très endommagées.

Les radios indépendantes étaient déjà dans le collimateur du gouvernement depuis le début des manifestations anti-troisième mandat.

Cette opposition à une nouvelle candidature du chef de l'État a été portée par la société civile et une partie de l'opposition, qui jugent un troisième mandat anticonstitutionnelle. Mais la candidature du président sortant divisait aussi déjà depuis des mois jusqu'au sein de son parti, le Cndd-FDD.

Personnalité respectée, considéré comme un homme de dialogue, le général Niyombare avait lui-même payé pour avoir déconseillé à Pierre Nkurunziza de se représenter: nommé en décembre 2014 à la tête du Service national de renseignements (SNR), cet ex-chef d'état-major en avait été limogé trois mois plus tard à peine.

Condamnations internationales  

Sur le plan diplomatique, la communauté internationale a condamné ces deux derniers jours la tentative de coup d'État.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon a appelé au calme, alors que les quinze membres du Conseil de sécurité des Nations unies ont condamné «ceux qui cherchent à s'emparer du pouvoir par des moyens illégaux» et appelé à des «élections crédibles». Avant la présidentielle, le Burundi tient des législatives et communales le 26 mai.

Les États-Unis, pourtant ouvertement opposés au troisième mandat du chef de l'État sortant, ont martelé que «le président légitime» était pour eux Pierre Nkurunziza.

Le conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine a aussi condamné l'utilisation de la «force» pour prendre le pouvoir tandis que la France a appelé à la fin des violences.

Depuis des mois, la communauté internationale s'inquiétait de ce qu'une nouvelle candidature de Pierre Nkurunziza à la présidentielle ne déclenche des violences à grande échelle dans le petit pays d'Afrique des Grands Lacs. En plus de la guerre civile, qui a fait quelque 300.000 morts, l'histoire post-coloniale de cet ex-protectorat belge a été jalonnée d'autres massacres interethniques entre Tutsi et Hutu.

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