Les Sud-Africains marchent contre la xénophobie

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Deux homme sissus de l'immigration marchent dans le centre-ville de Durban, armés de machette, durant les émeutes xénophobes qui ont frappé la ville, le 14 avril.

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Claudine RENAUD
Agence France-Presse
DURBAN, Afrique du Sud

Quelques milliers de personnes ont manifesté jeudi matin contre la xénophobie à Durban, en Afrique du Sud, après plusieurs jours de violences qui ont fait au moins six morts, et de nouveaux magasins tenus par des étrangers pillés mercredi soir à Johannesburg.

Environ 4000 personnes se sont réunies dans le stade municipal Curries Fontein de Durban, à l'appel des autorités locales et régionales. Après des prières et des discours, le cortège devait marcher vers le centre-ville et la mairie de Durban, capitale du pays zoulou et important port sud-africain sur la côte de l'Océan indien.

Les leaders religieux et politiques devaient porter les drapeaux des 54 pays d'Afrique tout au long de cette marche.

«Nge xenophobia Phansi!» et «Hlanganai maAfrika!» («À bas la xénophobie» et «Afrique unie» en zoulou), scandaient les manifestants avant de se mettre en marche, sous des pancartes proclamant «peace and love» et autres slogans pacificateurs.

Beaucoup se référaient aussi à l'Ubuntu, cette notion et vertu sud-africaine - mélange d'humanisme et de respect de l'autre - exaltée par Nelson Mandela pour promouvoir la réconciliation dans son pays après le régime d'apartheid.

Les marcheurs étaient tout aussi noirs que blancs, membres de la classe moyenne venus spontanément, ou habitants des townships (ghettos) de la ville convoyés gratuitement par bus affétés par la municipalité.

Venu dans l'un de ces minibus, Eric Machi, 34 ans, se désole d'autant plus de la situation qu'il louait des logements à quatre familles de Zimbabwéens et Malawites, pour un revenu total de 6000 rands par mois (environ 610 $).

«Nous essayons de faire la paix avec ces gens qui viennent d'Afrique», dit-il, «ils étaient mes locataires et maintenant ils sont partis. Certains la semaine dernière, d'autres depuis lundi. Ils travaillaient. Je ne sais pas ce qu'ils faisaient, mais ils payaient régulièrement» dit cet électricien au chômage, père de deux enfants.

«Je suis mal, parce que ces gens nous aidaient à tenir le coup tant que je n'ai pas de travail», ajoute-t-il.



«Baisser la tête de honte»

Alors que les violences semblaient avoir cessé à Durban depuis mardi, des incidents ont éclaté tard mercredi soir dans un faubourg de Johannesburg, après des échauffourées dans le centre-ville le matin.

«Les suspects sont entrés dans des magasins tenus par des étrangers et deux personnes ont été blessées dans ces incidents», a indiqué la police, précisant que six personnes avaient été arrêtées pour violences publiques et violation de domicile.

Plusieurs étrangers ont fui les violences et ont trouvé refuge pour la nuit au commissariat de police le plus proche.

D'autres incidents similaires ont été signalés ailleurs à Johannesburg et à Pietermaritzburg, à moins d'une heure de route dans l'arrière-pays de Durban.

La police a annoncé par ailleurs que le centre opérationnel national chargé de la lutte contre ces violences «serait actif 24 heures sur 24 pour coordonner la réponse des forces de l'ordre à l'actuelle vague d'attaques violentes contre des ressortissants étrangers».

Des incidents similaires avaient endeuillé Soweto et ses environs en janvier, faisant six morts. Et personne n'a oublié les quelque 60 personnes tuées dans les pires émeutes xénophobes d'Afrique du Sud en 2008.

«Régulièrement, ça explose», observait Ali Abdi, un vendeur de vêtements somalien de Durban, 38 ans, venu s'approvisionner chez un grossiste du centre-ville. «En ce moment, c'est calme, mais à tout moment, cela peut arriver. Il n'y a pas juste une seule raison à ça. En partie, c'est la haine de l'étranger, surtout africain. En partie, c'est de la jalousie».

Mercredi, l'ANC, le parti au pouvoir, avait condamné dans des termes virulents cette nouvelle explosion de violence. «Nous, Sud-Africains, qui sommes pour notre grande majorité enracinés dans des valeurs d'humanité, de solidarité et de fraternité, nous sommes contraints une fois de plus de baisser la tête de honte face à ces attaques malveillantes et hors de propos».

«Quelle que soit la cause de ces actes barbares, le Congrès National Africain (ANC) les considère comme des actes criminels contre des populations vulnérables et sans défense, qui ont cherché refuge, réconfort et prospérité économique dans notre pays», déclarait la formation du défunt président Mandela, en appelant tous les Sud-Africains à condamner sans réserve ces exactions.

Zuma lance un appel au calme

Le président sud-africain Jacob Zuma a lancé un appel au calme et à la fin des violences xénophobes dans son pays, jeudi lors d'une allocution solennelle devant le Parlement.

«Nous condamnons les violences dans les termes les plus forts. Nous appelons au calme et à l'arrêt des violences», a-t-il dit devant les députés, qualifiant de «choquants et inacceptables» les attaques xénophobes qui ont fait au moins six morts en avril à Durban (est), et qui semblent s'étendre à Johannesburg depuis mercredi.

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