Attentat de Tunis: Yassine, un «bon vivant» devenu un assassin

Yassine Laabidi a été identifié par la police... (PHOTO FADEL SENNA, AFP)

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Yassine Laabidi a été identifié par la police comme l'un des deux tueurs, avec Jabeur Khachnaoui, qui ont abattu mercredi 20 touristes étrangers et un policier tunisien au musée du Bardo.

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Kaouther LARBI
Agence France-Presse
TUNIS

Sous le choc, le frère de Yassine Laabidi, l'un des deux assaillants du musée de Bardo à Tunis, n'arrive pas à s'expliquer comment ce garçon de 27 ans «chaleureux, beau gosse et aimable» a pu tuer des innocents.

«Je ne réalise pas encore que mon frère est mort, qu'il est impliqué dans cette histoire, toute la famille est dans l'incompréhension. Yassine était un jeune aimable, chaleureux, beau gosse, intellectuel, qui n'avait rien en commun avec» les djihadistes, dit son frère à l'AFP.

«C'est un choc, un choc, un choc énorme! Je ne comprends rien du tout», dit ce grand gaillard aux traits tirés, qui ne veut pas voir son prénom publié.

Yassine Laabidi - Abidi, selon les autorités - a été identifié par la police comme l'un des deux tueurs, avec Jabeur Khachnaoui, qui ont abattu mercredi 20 touristes étrangers et un policier tunisien au musée du Bardo.

Rien, selon ses proches, ne laissait présager une dérive extrémiste de ce jeune homme, bien sous tous rapports, issue d'une famille de la classe moyenne.

D'ailleurs, il vivait avec ses parents, sa soeur et son frère à Omrane supérieur dans le Grand Tunis, sans que personne ne se doute de rien.

Ce jeune garçon aux traits fins avait étudié le français à l'université jusqu'en deuxième année avant d'abandonner et de devenir coursier dans une société de livraison à Tunis.

«Il buvait, fumait et avait une copine»

«Mon frère était un bon vivant, il aimait bien s'habiller et être bien entouré par les amis et la famille, il n'avait aucun complexe, il rigolait avec tout le monde, même avec ses amis en train de picoler», ajoute-t-il.

Si Yassine a commencé à s'intéresser de plus près à la religion et à prier il y a trois ans - peu après la révolution de janvier 2011 et la levée de la chape de plomb pesant sur les discours religieux - il n'a pas pour autant laissé transparaître un intérêt particulier pour les courants extrémistes.

Il ne s'isolait pas et aimait passer ses soirées en famille à regarder des films ou des documentaires.

Yassine n'a quitté le domicile familial qu'une fois, durant 27 jours en décembre 2014. Il avait affirmé s'être rendu à Sfax, dans le sud de la Tunisie.

Mais désormais ses parents s'interrogent sur sa destination réelle: les autorités ont affirmé qu'il avait séjourné en Libye pour se former au maniement des armes.

Et son cousin Walid explique à l'AFP que Yassine lui avait donné une autre version: il était parti avec la famille de sa petite amie, une Américaine d'origine irakienne, à Djerba, haut lieu de tourisme balnéaire.

«Avant de commencer à faire la prière, Yassine vivait bien sa jeunesse, il buvait, il fumait et il avait une copine», souligne Walid.

Lavage de cerveau par des «pourritures»

Le frère de Yassine abonde dans ce sens.

«Il est victime à 100%, victime d'un lavage de cerveau, des idées venimeuses, ces pourritures qui envoient au nom de la religion des jeunes vers la mort, des jeunes cultivés qui pourraient devenir des cadres sécuritaires, des médecins, des avocats», martèle-t-il.

Le jour de l'attaque, le grand frère de Yassine suivait les évènements à la télévision, sans se douter de rien.

«En regardant ce qui se passait au musée, je n'arrêtais pas d'insulter les tueurs et de les traiter de tous les noms, sans jamais penser que mon frère était impliqué», confie-t-il.

Mais en fin d'après-midi, les policiers viennent taper à la porte pour interroger les proches de Yassine.

«Toute la famille est victime (...) Nous avons payé la facture très très cher, puisque nous avons perdu la plus belle chose de notre famille», déplore le frère.

«Je dis à tous les Tunisiens que chaque famille risque de voir son fils manipulé (...) Personne n'est épargné», lâche-t-il.

«Nous voulons enterrer Yassine l'être humain, celui qui prie et se fait des amis. C'est ce Yassine-là, on ne veut pas enterrer Yassine le produit de cette pourriture, de cette peste».

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