Le Burkina autorise l'exhumation du corps de l'ex-président Sankara

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Le président Thomas Sankara a été assassiné en 1987 lors d'un coup d'État.

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Romaric Ollo HIEN
Agence France-Presse
OUAGADOUGOU

La dépouille présumée de Thomas Sankara, président burkinabè assassiné en 1987 lors d'un coup d'État, va être exhumée dans le but d'être identifiée formellement, une décision hautement symbolique promise par les nouvelles autorités après la chute de Blaise Compaoré.

Autre mesure spectaculaire: l'adoption par les députés d'une loi anti-corruption, un texte très attendu alors que le clan du président déchu, chassé en octobre 2014 par la rue, était accusé de népotisme.

Les «ayants-droit» de Thomas Sankara, au pouvoir de 1983 à 1987, pourront «ouvrir la tombe supposée contenir son corps» et «faire procéder à toute expertise nécessaire à l'identification», selon un décret adopté en Conseil des ministres mercredi.

La mesure était réclamée de longue date par la famille de ce chef de l'État iconoclaste et révolutionnaire, chantre de l'anti-impérialisme et du panafricanisme.

Le capitaine Thomas Sankara, arrivé au pouvoir par un coup d'État en 1983, a été tué quatre ans plus tard lors du putsch qui a porté Blaise Compaoré au pouvoir.

Il aurait été inhumé au cimetière de Dagnoën (quartier est de Ouagadougou), mais ses proches et ses nombreux partisans doutent que son corps s'y trouve réellement.

Après avoir échoué auprès des tribunaux burkinabè, sous le régime Compaoré, à faire effectuer des tests ADN pour trancher cette question, la famille a saisi la Cour africaine des droits de l'Homme, qui a ordonné en 2008 au gouvernement du Burkina Faso d'autoriser les expertises nécessaires. Mais le régime Compaoré s'y est toujours refusé.

Le président Michel Kafando, qui a succédé au chef de l'État déchu Blaise Compaoré, balayé par la rue après 27 ans de règne, avait affirmé fin décembre qu'il donnerait «des moyens» à la famille Sankara pour expertiser sa tombe.

Mais Mariam Sankara, veuve de Thomas, a nié mercredi avoir été «approchée par les autorités» ou avoir abouti à un quelconque «accord» sur le sujet.

Les organisations de la société civile, dont le rôle a été central dans la «révolution» burkinabè, appellent régulièrement à rouvrir le dossier Sankara. Le président Kafando a promis que «justice serait rendue».

«Loi exemplaire»

La figure de Sankara a été abondamment revendiquée durant le soulèvement populaire qui a conduit à la chute du président Compaoré.

Son intégrité est autant louée que le règne de son successeur est aujourd'hui décrié, nombre de Burkinabè dénonçant un accaparement des richesses nationales par les proches de M. Compaoré alors qu'il était aux affaires.

La loi anti-corruption votée mardi par le Conseil national de transition (CNT), l'assemblée intérimaire, est donc un autre geste fort.

Pour le parlementaire Wilfried Zoundi, «cette loi est exemplaire et complète. Elle ne s'attaque pas qu'à la corruption mais également à la concussion (abus d'autorité d'un fonctionnaire), au délit d'initié, au financement des campagnes électorales...»

82 députés ont adopté le texte et un seul s'est abstenu, a déclaré David Mayenga, un autre parlementaire, qui salue une étape importante dans la «moralisation de la vie publique».

Les «délits d'apparence» (permettant de confondre une personne au train de vie injustifiable) seront désormais sanctionnés, alors que les hautes autorités et fonctionnaires susceptibles de se faire corrompre (gendarmes aux frontières, fonctionnaires du cadastre, magistrats, etc.) devront publier la liste de leurs biens, selon des sources concordantes.

Les coupables de crimes économiques encourent désormais jusqu'à 20 ans d'emprisonnement et de fortes amendes.

Le texte anti-corruption ne devrait pas avoir d'effet rétroactif, même si le «délit d'apparence» permettra, de fait, d'inquiéter des cadres de l'ancien régime, selon M. Mayenga.

Le président Michel Kafando, un ancien diplomate, et son premier ministre, le lieutenant-colonel Isaac Zida, dirigent ce pays pauvre du Sahel depuis mi-novembre, et ce jusqu'aux élections présidentielle et législatives prévues en octobre prochain.

Une loi anti-corruption avait été présentée sous M. Compaoré par des députés de la majorité et de l'opposition de l'époque, mais le gouvernement l'avait retoquée en 2013 pour en faire une coquille vide. Elle avait alors été retirée par les parlementaires impliqués.



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