Apaisement à Kinshasa après trois jours de violences anti-Kabila

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Pour la troisième journée consécutive, les violences avaient repris mercredi à Kinshasa.

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Habibou BANGRE, Marthe BOSUANDOLE
Agence France-Presse
Kinshasa

Les violences se sont apaisées mercredi soir à Kinshasa au terme d'une troisième journée d'émeutes contre un éventuel maintien au pouvoir du président Joseph Kabila, durant lesquelles au moins onze personnes ont été tuées et plus de 300 arrêtées dans la capitale congolaise.

Signe d'un retour au calme, le Premier ministre Augustin Matata Ponyo s'est rendu dans l'après-midi à l'Université de Kinshasa, où de nombreux affrontements ont opposé étudiants et forces de l'ordre depuis lundi.

A travers la mégapole de 10 millions d'habitants, des journalistes de l'AFP ont observé un dispositif militaire et policier allégé par rapport à lundi et mardi. La situation était globalement apaisée en fin d'après-midi dans les différents quartiers, notamment celui de Ndjili, proche de l'aéroport international.

Dans la matinée, un poste mobile de police y avait été détruit par un groupe de jeunes scandant des slogans hostiles au chef de la police de Kinshasa.

«Onze personnes, dont un policier et dix pillards ont été tués (depuis lundi) dans les troubles», a déclaré mercredi le porte-parole du gouvernement congolais Lambert Mende à l'AFP. Selon une organisation congolaise de défense des droits de l'Homme, le bilan des violences atteint 28 morts, mais il n'y en a eu aucun mercredi.

Toute la matinée, des affrontements sporadiques avaient eu lieu dans les environs de l'université de Kinshasa, où les étudiants jouaient, en pleine chaleur, au chat et à la souris avec la police, aux cris de «Kabila dégage».

L'Église catholique a réagi à cette spirale de violences. Le cardinal archevêque de Kinshasa, Laurent Monsengwo, a appelé les autorités congolaises à ne pas «tuer» leurs concitoyens.

«Arrêtez de tuer votre peuple», écrit le prélat dans un communiqué, accusant «certains hommes politiques, avec les forces de l'ordre» de semer «la désolation» et de créer «l'insécurité générale».

RFI inaudible

Mgr Monsengwo a condamné le projet de révision de la loi électorale, point de départ des émeutes : «Nous désapprouvons et condamnons toute révision de la loi électorale» qui prolongerait «illégalement les échéances électorales de 2016».

Mercredi, les États-Unis ont appelé toutes les parties au calme en demandant la tenue d'élections conformément à ce qui est prévu «par la Constitution».



Accompagnées de nombreux pillages, les émeutes ont débuté lundi pour protester contre l'examen par le Parlement d'une nouvelle loi électorale qui pourrait entraîner un report de l'élection présidentielle et permettre ainsi au président Kabila de se maintenir au pouvoir au-delà du terme de son mandat en 2016.

«343 pillards vont être présentés à la justice. Ils ont été arrêtés sur le terrain en flagrant délit», selon le porte-parole du gouvernement.

A Goma, la grande ville de l'est de l'immense pays, la police a dispersé mercredi à coups de gaz lacrymogène une centaine d'étudiants qui dressaient une barricade sur la route menant à l'université.

À Lubumbashi, deuxième ville congolaise, dans le sud-est, la journée a été calme mais la police a indiqué avoir arrêté quatorze opposants qui cherchaient à braver l'interdiction de manifester.

Internet était toujours coupé mercredi soir, les services 3G et les SMS indisponibles, et la plupart des écoles de Kinshasa étaient fermées. Il était également impossible de capter la radio française RFI ainsi que la station catholique Elikya.

Immense pays frontalier de neuf autres, la République démocratique du Congo est l'un des plus pauvres du monde. L'ex-Zaïre a été ravagé par deux guerres entre 1996 et 2003 après trois décennies de dictature de Mobutu Sese Seko et de pillage généralisé des richesses nationales.

Joseph Kabila est arrivé à la tête de l'État à la mort de son père, Laurent-Désiré Kabila, chef rebelle ayant pris le pouvoir par les armes en 1997 avant d'être assassiné en janvier 2001. Il a été élu président en 2006 lors des premières élections libres du pays depuis son indépendance de la Belgique en 1960.

Il a été réélu en novembre 2011 pour un nouveau mandat de cinq ans à l'issue d'élections contestées par l'opposition et marquées par des irrégularités massives. La Constitution lui interdit de briguer un nouveau mandat.

Le gouvernement a reconnu que le recensement électoral risquait d'entraîner un report de la présidentielle censée avoir lieu fin 2016. Mais, dans ce qui pourrait être un signe d'apaisement, le ministre de l'Intérieur Évariste Boshab a affirmé mardi au Sénat que ses membres étaient libres d'amender le projet de loi à leur guise.

Le texte été approuvée samedi par les députés. Le vote au Sénat était attendu pour jeudi.

La Francophonie appelle au calme

L'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a lancé mercredi un appel au calme et à la retenue en République démocratique du Congo.

«La secrétaire générale de la Francophonie, Mme Michaëlle Jean, exprime sa préoccupation face aux violences», selon un communiqué de l'OIF, qui compte 57 États et gouvernements membres.

«La secrétaire générale, qui lance un appel au calme et à la retenue, exhorte l'ensemble des acteurs politiques et de la société civile à privilégier, dans un esprit de responsabilité et dans une démarche inclusive, le dialogue et le consensus nécessaires à la tenue d'élections crédibles et transparentes», ajoute le texte.

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