Nigeria: Boko Haram chasse des centaines de villageois

Des femmes qui ont fui les violences au... (PHOTO EMMANUEL BRAUN, ARCHIVES REUTERS)

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Des femmes qui ont fui les violences au Nigeria font la file pour obtenir de la nourriture dans un camp de réfugiés de Ngouboua, au Tchad, le 19 janvier.

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Agence France-Presse
KANO, Nigeria

Boko Haram a chassé les habitants de quatre villages proches de Baga, ville du nord-est du Nigeria récemment frappée par l'offensive la plus meurtrière du groupe islamiste, a-t-on appris mardi de sources concordantes.

Les villages de Kekenu, Budur, Yoyo et Mile 90, situés à une quarantaine de kilomètres au sud de Baga, dans l'État de Borno, «sont totalement vides depuis hier (lundi), parce que les hommes armés de Boko Haram s'y sont rendus et ont demandé aux gens de fuir», a déclaré à l'AFP Abubakar Gamandi, le chef du syndicat des pêcheurs de cet État.

M. Gamandi a été en contact avec plusieurs habitants ayant fui ces quatre villages. Il a pour sa part trouvé refuge début janvier à Maiduguri, la capitale de l'État de Borno, à environ 200 km au sud de Baga.

Le groupe islamiste s'est emparé début janvier de la ville de Baga, grand carrefour commercial des rives du lac Tchad, et d'une quinzaine de villages autour, au cours d'une attaque qui a fait au moins des centaines de morts. Il s'agit de la plus violente opération de Boko Haram en six années d'insurrection.

Ma'agana Butari, une femme qui a parcouru lundi la route qui sépare Baga de Maiduguri, a affirmé elle aussi à l'AFP avoir vu les quatre villages désertés.

«Quand nous avons traversé Mile 90, nous avons vu que (le village) était presque vide, il y avait juste quelques habitants qui récupéraient des affaires», a-t-elle raconté.

«Nous avons aussi trouvé Budur, Kekenu et Yoyo désertés et nous avons rencontré certains des habitants de ces villages qui marchaient en direction de Monguno», a ajouté par téléphone cette mère de cinq enfants, âgée de 32 ans.

Une fois ces villages désertés, le groupe armé a désormais la voie libre pour avancer vers Monguno et le sud, à 65 km de Baga, où des milliers de déplacés se sont entassés ces dernières semaines.

Et, toujours vers le sud, Maiduguri, la ville où le groupe islamiste a été fondé en 2002 et s'est radicalisé en 2009, semble de plus en plus vulnérable, face à l'avancée de Boko Haram depuis l'extrême nord-est du Nigeria, selon les experts.



Les maris tués

Selon Mme Butari et Aisa Aribe, qui a aussi quitté Baga lundi, cette ville est toujours aux mains des islamistes.

«Il y a des corps partout dans la ville et dans les villages autour. Ils se décomposent et il n'y a personne pour les enterrer» a raconté Mme Aribe à l'AFP.

Les deux femmes ont été gardées en otages par Boko Haram, avec des centaines d'autres, depuis la prise de Baga.

«D'abord nous avons été gardées toutes ensembles dans un pensionnat de jeunes filles et dans la résidence du sénateur Ma'aji Lawan, puis ils ont emmenée les filles les plus belles et les plus jeunes dans un autre endroit» a expliqué Mme Butari.

«Ils nous ont dit, à celles qui restaient, qu'on avait le choix de rester là où de partir rejoindre les infidèles à Munguno et à Maiduguri» a-t-elle poursuivi.

«D'un air méprisant, ils ont ajouté qu'on ferait mieux de rester avec eux puisqu'on n'avait nulle part où aller et qu'ils avaient tué tous les maris».

Les mères de famille avec une bonne condition physique ont quitté Baga. Mais «beaucoup sont restées, parce qu'elles étaient trop malades, trop faibles pour prendre la route (...) où parce qu'elles devaient porter des petits enfants qu'elles ne pouvaient pas laisser derrière elles» a expliqué Mme Aribe.

Violents combats entre l'armée camerounaise et Boko Horam

Des combats «très rudes» opposaient mardi en début de soirée l'armée camerounaise à des islamistes armés nigérians de Boko Haram dans une localité de la région de l'Extrême-Nord, frontalière du Nigeria, a-t-on appris de sources sécuritaires.

Des combattants de Boko Haram ont attaqué la localité de Bondéri en fin de journée et «les combats sont très rudes», a déclaré à l'AFP sous couvert d'anonymat une source sécuritaire sans pouvoir donner un premier bilan des affrontements en cours.

«Ils (Boko Haram) sont à Bondéri. L'armée est aussi sur place. Les combats sont très rudes», a souligné cette source ajoutant que les échanges de tirs ont débuté vers 17 h (11 h à Montréal). «C'est encore tôt pour évoquer le bilan», a-t-il poursuivi.

«Boko Haram a attaqué Bondéri», a confié une autre source proche des services de sécurité sans donner davantage de précisions.

Cette attaque intervient après une précédente dans la région dimanche au cours de laquelle plusieurs dizaines de personnes ont été enlevées, dont une vingtaine libérée à la suite d'une opération de l'armée camerounaise.

Le Nigeria et ses voisins discutaient mardi à Niamey des moyens d'unir leurs forces contre les islamistes de Boko Haram, qui gagnent du terrain et menacent de déstabiliser les trois pays frontaliers du nord-est du pays.

L'armée tchadienne se déploie depuis le week-end dernier dans la région de l'Extrême-Nord pour stopper les attaques du groupe nigérian sur le territoire de son voisin, et son président, Idriss Deby Itno, a appelé samedi à une large coalition régionale contre Boko Haram.

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