Nigeria: l'ex-dictateur qui aspire au pouvoir

«[Muhammadu] Burahi était reconnu pour envoyer des militaires... (Photo Pius Utomi Ekpei, archives AFP)

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«[Muhammadu] Burahi était reconnu pour envoyer des militaires surveiller l'arrivée des fonctionnaires à leur bureau et s'ils étaient en retard, ils étaient fouettés», se souvient Frank Chalk, professeur à l'Université Concordia, qui enseignait à l'époque au Nigeria.

Photo Pius Utomi Ekpei, archives AFP

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Les Nigérians seront confrontés à un choix bien particulier, lors des élections du 14 février. Le président sortant Goodluck Jonathan, très critiqué, affrontera l'ancien dictateur Muhammadu Buhari. Portrait en cinq points de ce militaire qui a dirigé le pays au milieu des années 1980.

Homme de confiance

Muhammadu Buhari, 71 ans, fait partie du paysage politique et militaire du Nigeria depuis près d'un demi-siècle. Jeune officier lors de la guerre civile qui a déchiré le pays à la fin des années 1960, il a été propulsé dans les hautes sphères du pouvoir dès le milieu des années 1970, en tant que ministre des Affaires pétrolières. «C'était un emploi-clé», se souvient Frank Chalk, professeur à l'Université Concordia, qui enseignait à l'époque au Nigeria. «C'était le signe qu'il était pris au sérieux, poursuit-il, parce que 90% des revenus du Nigeria provenaient du pétrole.»

Anticorruption

C'est parce qu'il juge corrompus les politiciens qui ont succédé démocratiquement au régime militaire que le général Muhammadu Buhari prend le pouvoir par un coup d'État, en 1983, souligne le professeur Cédric Jourde, de l'Université d'Ottawa, spécialiste des politiques africaines. Encore aujourd'hui, «il est perçu comme très anticorruption, très propre, un des rares généraux à ne pas s'être enrichis de manière absolument incroyable comme les autres».

Autoritaire

La «guerre contre l'indiscipline» du général Buhari donnera cependant lieu à un régime parmi les plus sévères de l'histoire du pays. «Burahi était reconnu pour envoyer des militaires surveiller l'arrivée des fonctionnaires à leur bureau et s'ils étaient en retard, ils étaient fouettés», se souvient Frank Chalk. «Il est quelqu'un qui va réagir à un problème en interdisant quelque chose. Il n'était pas très tendre envers les journalistes durant sa présidence. Ses opposants politiques en ont souffert aussi.» En un peu plus de un an et demi au pouvoir, il enverra ainsi pas moins de 500 personnes derrière les barreaux, dont «l'un des musiciens nigérians les plus populaires, Fela Ramson Kuti [...], qui défendait les pauvres». Cet autoritarisme lui vaudra finalement d'être lui-même déposé par un coup d'État, en août 1985.

Influence sur l'armée

Le retour au pouvoir du général Muhammadu Buhari, qui «n'est plus dans une logique de régime militaire», affirme Cédric Jourde, pourrait néanmoins aider à remettre de l'ordre dans les rangs d'une armée nigériane en déroute, critiquée pour sa corruption et son incapacité à juguler la menace islamiste de Boko Haram, qui a d'ailleurs tenté de l'assassiner l'été dernier.

Musulman

Muhammadu Buhari est un musulman du nord du pays proche du mouvement mystique soufi, explique le professeur Cédric Jourde. Il est donc aux antipodes du salafisme dont se revendique Boko Haram. Néanmoins, son soutien à l'application de la charia, la loi islamique, pourrait lui faire perdre de précieux votes dans le sud chrétien, croit le professeur Frank Chalk. Le fait qu'il ait choisi un avocat chrétien du sud comme candidat à la vice-présidence, conformément à la tradition qui veut qu'il y ait un équilibre au sommet de l'État, pourrait ne pas lui être d'une grande aide.

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