La libération d'un otage français choque le Mali

Serge Lazarevic au côté du président Hollande (en... (PHOTO MARTIN BUREAU, AFP)

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Serge Lazarevic au côté du président Hollande (en arrière-plan), lors de son arrivée en sol français, sur le tarmac de l'aéroport militaire de Villacoublay, en région parisienne.

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Les députés français ont salué par une ovation debout hier l'annonce de la libération du dernier otage français qui était aux mains d'un groupe terroriste. Au Mali, la nouvelle a été reçue bien différemment: elle a eu l'effet d'une douche froide. Le tour des enjeux en cinq questions et réponses.

Q: Qui est l'otage libéré?

R: Serge Lazarevic, Français d'origine serbe, a été kidnappé à Hombori, dans le nord du Mali, le 24 novembre 2011. Un autre Français, Philippe Verdon, a été kidnappé avec lui. Les familles des deux hommes ont expliqué à l'époque qu'ils étaient en voyage d'affaires et planifiaient l'ouverture d'une cimenterie dans la région. Une semaine après l'enlèvement, Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) revendiquait le rapt et affirmait que les deux otages étaient des agents du renseignement français.

En mars 2012, des groupes islamistes ont pris le contrôle d'une grande partie du nord du pays. La France a alors envoyé des troupes. En représailles, AQMI a exécuté Philippe Verdon, mais a gardé en vie Serge Lazarevic. Le 17 novembre dernier, l'homme de 51 ans est apparu dans une vidéo, amaigri et se disant malade. Il a demandé au président français de le faire libérer. Hier, il devait retrouver sa fille à Niamey, au Niger.

Q: Comment a-t-il été libéré?

R: «Notre otage Serge Lazarevic, notre dernier otage est libre», a annoncé hier François Hollande. Plus tard, quelques détails ont filtré sur les conditions de la libération. Mohammed Akotey, ancien ministre nigérien d'origine touareg qui avait déjà aidé la France à négocier la libération de quatre autres otages, s'est récemment rendu à Kidal, dans le nord du Mali, pour rencontrer un lieutenant d'Iyad Ag Ghali, le grand patron d'Ansar Dine, le groupe islamiste armé qui tente d'établir la charia dans le Nord malien. Hier, on apprenait qu'en échange de la libération de l'otage français, les islamistes avaient obtenu la libération de deux des leurs. On ignore si la rançon de 20 millions d'euros que réclamait AQMI a été versée.

Q: Que sait-on sur l'échange de prisonniers?

R: Les deux islamistes maliens libérés ont eux-mêmes participé à l'enlèvement de Serge Lazarevic en 2011. Mohammed Ali ag Wadoussène et son demi-frère Haïba Ag Chérif appartenaient tous deux à la Garde nationale malienne quand ils ont créé des liens avec les organisations djihadistes. Ils ont enlevé les deux Occidentaux et les ont remis à AQMI. Une carte de téléphone cellulaire égarée a permis aux autorités de les arrêter. L'an dernier cependant, Wadoussène a réussi à s'échapper de prison, mais a été retracé par les forces spéciales dans une opération qui a coûté la vie à sa conjointe.

Q: Quelle est la réaction au Mali?

R: Plusieurs acteurs de la société civile n'en reviennent tout simplement pas. Relâcher deux djihadistes dans la nature pour faire libérer un Français leur semble inconcevable. «Les gens ne sont pas contents du tout, a dit hier le journaliste Alhassane Houzeïmata Maïga, joint à Bamako. Ce n'est pas la première fois qu'on libère des terroristes qui reviennent à la charge», ajoute-t-il, notant que le même stratagème a été utilisé par Nicolas Sarkozy. Hier, des organisations de défense des droits de la personne ont tenu une conférence de presse pour dénoncer les tractations qui se sont faites au détriment des Maliens. Ces derniers doivent déjà vivre avec un pays divisé entre le Nord et le Sud.

Q: Peut-on s'attendre à ce que la paix revienne dans le pays?

R: Sous les auspices de l'Algérie, des négociations sont actuellement en cours entre le gouvernement malien et certains des groupes armés actifs dans le nord du pays. Cependant, les groupes les plus radicaux, comme AQMI, ne sont pas à table, remarque l'International Crisis Group dans un récent rapport sur les pourparlers. Avec la reprise des violences en filigrane, les négociations avancent comme une tortue, notamment parce que le gouvernement central a durci le ton. Bamako ne voit pas d'un bon oeil l'établissement d'un fédéralisme qui donnerait plus d'autonomie aux Touaregs.

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