Madagascar: la peste atteint Antananarivo

Madagascar est un des pays les plus pauvres... (PHOTO  STÉPHANE DE SAKUTIN, ARCHIVES AFP)

Agrandir

Madagascar est un des pays les plus pauvres du monde. Plus de 90 % des 22 millions d'habitants vivent avec moins de deux dollars par jour.

PHOTO STÉPHANE DE SAKUTIN, ARCHIVES AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Tsiresena MANJAKAHERY
Agence France-Presse
ANTANANARIVO

Endémique dans les campagnes de Madagascar, la peste a fait récemment son apparition dans la capitale Antananarivo, où la prolifération des rats et des puces qui véhiculent la maladie inquiète.

Une jeune femme est morte de la maladie le 11 novembre dans un bidonville de la capitale, une zone insalubre où les habitations s'empilent entre marécages et rizières. Un autre cas non mortel a été signalé dans cette ville de deux millions d'habitants.

«Il y a maintenant un risque d'un rapide développement de la maladie» en raison de «la haute densité de population dans la ville» et des «faiblesses du système de santé», avertit l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a fait état de 119 cas de peste dans le pays cette année, dont 40 mortels.

Lundi soir, le ministère de la Santé malgache a donné un nouveau chiffre de 138 cas suspects de peste depuis janvier, dont 47 mortels. Un bilan qui pourrait s'alourdir du fait de la «recrudescence saisonnière» observée chaque année «entre octobre et mars».

Dans le quartier d'Ankasina où vivait la jeune femme de 21 ans, les habitants restent incrédules.

«On vit ici depuis 1975, avec les mêmes conditions de vie, alors pourquoi c'est aujourd'hui qu'on a la peste?», s'interroge Bernadette Rasoarimanana, la mère de la victime.

«On doit l'admettre, notre quartier est vraiment sale et délaissé par l'État, envahi par les rats, et cela depuis longtemps», soupire Adolphe Rakotojaona, un voisin.

Le dernier cas de peste dans la capitale remonte à dix ans, selon Christophe Rogier, le directeur général de l'Institut Pasteur de Madagascar.

«Il est possible que la peste ait continué à circuler à Antananarivo pendant dix ans, sans qu'elle ne touche les humains», avance-t-il. En revanche, les rats qui pullulent dans les bas quartiers de la ville ont pu continuer à être touchés par le virus. «Les rats sont des réservoirs naturels de la peste, il y a des rats qui survivent à la peste aussi!»

Autre problème, selon l'OMS : la résistance des puces à la Deltaméthrine, un insecticide.

Le bacille de la peste, qui se développe chez les rats, est véhiculé par les puces. Chez l'homme, après piqûre d'une puce, la maladie se développe généralement sous forme bubonique. Si la bactérie atteint les poumons, elle provoque en plus une pneumonie et devient transmissible à travers la toux.

Discrimination

Découverte à temps, la peste bubonique se soigne avec des antibiotiques. Mais la forme pneumonique, une des maladies infectieuses les plus meurtrières, peut être fatale en seulement 24 heures.

Pour l'heure, l'OMS «ne recommande aucune restriction aux voyages et au commerce» à Madagascar, mais demande la mise en place d'indicateurs de risques pour les zones urbaines telles qu'Antananarivo.

«Il y a eu pendant des années des surveillances qui ont été organisées, mais malheureusement elles se sont arrêtées depuis 2006 ou 2007, faute de moyens financiers», déplore le directeur de l'Institut Pasteur.

Madagascar est un des pays les plus pauvres du monde. Plus de 90 % des 22 millions d'habitants vivent avec moins de deux dollars par jour. La Grande Île de l'océan Indien sort de cinq ans d'une crise politique qui a considérablement affecté l'économie.

Sur le terrain, la famille de la victime affirme subir des discriminations depuis que les médias ont évoqué la terrible maladie.

«Nous avons été licenciés sans aucune explication, sans parler des mauvais regards que la société jette sur nous dans la rue», témoigne sa mère Bernadette Rasoarimanana.

Elle avait pu ramener le corps de sa fille de l'hôpital et le Bureau municipal d'hygiène (BMH) avait donné sans problème l'autorisation d'inhumation, raconte-t-elle.

Deux jours après le décès, «un employé du BMH est venu ici pour faire un prélèvement de sang sur le cou de ma fille, et par la suite on a déclaré que ma fille est morte de la peste», explique Mme Rasoarimanana.

«Il n'est pas question de stigmatiser», insiste le secrétaire général du ministère de la Santé, Philémon Tafangy, qui note que l'État a pris en charge l'inhumation, effectué une désinsectisation et donné des médicaments à tous ceux qui ont été en contact avec la personne décédée.

Mais la famille n'a pas voulu rendre le corps, et Bernadette Rasoarimanana en tremble encore : «Des dizaines de soldats armés sont venus ici pour prendre ma fille!»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer