Burkina Faso: un jeune officier contesté conduira la transition

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Le lieutenant-colonel Isaac Zida

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Romaric Ollo HIEN
Agence France-Presse
OUAGADOUGOU

Le nouvel homme fort de la transition au Burkina Faso, le lieutenant-colonel Isaac Zida, a été adoubé samedi par l'armée, mais il était déjà contesté dans la soirée par l'opposition et la société civile qui appellent à une démonstration de force dimanche.

Vingt-quatre heures après la chute et la fuite du président Blaise Compaoré, chassés par la rue après 27 ans de pouvoir, les hauts gradés de l'armée ont mis fin à leurs dissensions et ont désigné «à l'unanimité» le lieutenant-colonel Zida, 49 ans, numéro deux de la garde présidentielle, comme chef d'un régime de transition, aux dépens de son rival, le chef d'état-major des armées, le général Nabéré Honoré Traoré, qui briguait le poste.

Se voulant rassurants pour éviter le spectre d'une junte autoritaire, les militaires se sont empressés d'affirmer que cette transition se ferait de manière démocratique, en concertation avec l'opposition et la société civile, tout en restant flous sur les modalités pratiques.

Mais après quelques heures de flottement, les «forces vives» du petit pays sahélien ont vigoureusement réagi, refusant catégoriquement une «confiscation» du pouvoir par l'armée et appelant à un nouveau rassemblement dimanche à 08h00 sur la place de la Nation, à Ouagadougou.

C'est la place emblématique de la contestation contre le régime Compaoré, rebaptisée par le peuple «place de la Révolution», comme au temps de l'ex-président Thomas Sankara dans les années 1980, icône du panafricanisme encore dans les mémoires de tous les Burkinabè.

«La victoire issue de l'insurrection populaire appartient au peuple, et par conséquent la gestion de la transition lui appartient légitimement et ne saurait être en aucun cas confisquée par l'armée», ont écrit les partis de l'opposition et les associations de la société civile dans un communiqué commun, dans lequel elles ont souligné «le caractère démocratique et civil que doit avoir cette transition».

De son côté, l'Union africaine a exhorté dans la soirée «les acteurs politiques et la société civile du Burkina Faso à travailler ensemble (...) pour convenir d'une transition civile et inclusive devant déboucher sur la tenue, aussi rapidement que possible, d'élections libres».

Outre ceux de l'UA, des représentants de l'ONU et de la Cédéao, l'organisation régionale de l'Afrique de l'Ouest, continuaient de mener à Ouagadougou une mission bons offices.

Quant à Blaise Compaoré, après deux jours d'un soulèvement populaire qui a fait une trentaine de morts et une centaine de blessés, selon l'opposition, il s'est réfugié avec sa famille et ses proches à Yamoussoukro, en Côte d'Ivoire, dans une résidence d'État pour les hôtes étrangers. Sa proximité avec le président ivoirien Alassane Ouattara est connue.

En dépit du climat politique toujours tendu, le calme était revenu samedi dans les grandes villes du Burkina Faso, théâtres de débordements et pillages les jours précédents.

À l'appel du Balai citoyen, une organisation de jeunesse en pointe dans la mobilisation, des groupes de jeunes ont nettoyé les rues de Ouagadougou, jonchées de débris, carcasses et pneus brûlés.

Dans la capitale comme à Bobo Dioulasso, la deuxième ville du pays, les petites boutiques de quartier ont rouvert, notamment les restaurants de poulet grillé prisés des Burkinabè. Cependant à «Ouaga», le grand marché et les banques sont restés fermés.

Dans les rues, les habitants, radios collées à l'oreille pour écouter les derniers commentaires, discutaient par petits groupes de la situation samedi soir.

Plusieurs habitants interrogés par l'AFP se sont dits déterminés à ne pas laisser le pouvoir aux militaires et voulaient manifester dimanche.

«Nous sommes totalement contre la prise de pouvoir par les militaires», a déclaré Salif Ouedraogo, un agent d'assurances de 38 ans. «Nous réclamons un civil à la tête de l'État et demain nous allons nous regrouper Place de la Révolution pour dire non au pouvoir militaire, même s'il faut que le peuple saigne davantage».

Gildas Zongo, un étudiant de 25 ans, s'interrogeait pourtant, soulignant l'absence d'alternative politique crédible, après le long règne de Compaoré qui a étouffé l'opposition : «ceux qui ne veulent pas un militaire au pouvoir, ils veulent mettre qui?»

Enfin le nouveau pouvoir militaire a décidé la réouverture des frontières aériennes - fermées depuis la veille - et un allègement du couvre-feu, qui reste en vigueur de 22h00 (contre 19h00 auparavant) à 06h00. Les frontières terrestres restaient officiellement fermées.

La chute brutale de Blaise Compaoré, 63 ans, constitue un avertissement pour les présidents africains tentés, comme lui, de réviser leur Constitution pour se maintenir au pouvoir en repoussant les limites du nombre de mandats présidentiels.

Les chefs d'État des quatre pays - République démocratique du Congo, Burundi, Congo Brazzaville, Bénin - qui envisagent des révisions similaires devraient suivre avec attention l'évolution de la situation au Burkina dans les prochains jours.

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