Madagascar: l'ex-président Ravalomanana aux mains des autorités

Marc Ravalomanana est mystérieusement rentré à Madagascar dimanche... (PHOTO RIJASOLO, AFP)

Agrandir

Marc Ravalomanana est mystérieusement rentré à Madagascar dimanche soir, apparemment à l'insu des autorités.

PHOTO RIJASOLO, AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Tsiresena MANJAKAHERY
Agence France-Presse
ANTANANARIVO

Le fils de l'ex-président malgache Marc Ravalomanana a accusé mardi les autorités d'avoir «kidnappé» son père, arrêté à son retour-surprise au pays après six ans d'exil et retenu dans des conditions inconnues depuis lundi après-midi.

S'il n'a été «ni arrêté ni emprisonné» comme le disent les autorités, alors «le président Hery Rajaonarimampianina l'a kidnappé», a lancé mardi devant la presse Tojo Ravalomanana, fils de l'ancien chef de l'État qui vivait en Afrique du Sud depuis sa chute en 2009.

Le président avait expliqué la veille que M. Ravalomanana avait été placé «en sécurité», laissant entendre que son retour constituait une menace pour l'ordre public.

Mardi matin, le ministère de l'Information a d'ailleurs solennellement mis en garde les médias malgaches contre «les propos incitant à la révolte des populations, à la perturbation de l'ordre et de la sécurité publics».

Au Parlement, le parti de l'ancien chef d'État, Tiako i Madagascar (TIM, ou J'aime Madagascar) qui compte 19 députés a annoncé mardi qu'il retirait son soutien à la majorité présidentielle avec laquelle il avait fait bloc contre le camp Rajoelina.

«Nous affirmons publiquement que le groupe parlementaire TIM est le groupement légal de l'opposition à partir de maintenant», a-t-il annoncé. 

«S'il n'a été ni arrêté ni emprisonné comme le disent les autorités, alors le président Hery Rajaonarimampianina l'a kidnappé.»

Tojo Ravalomanana, fils de l'ancien président
au sujet de son père (Marc)

Marc Ravalomanana avait été renversé par Andry Rajoelina, l'ancien maire d'Antananarivo, qui s'était installé au pouvoir à la tête d'un régime non élu dit «de transition». M. Rajoelina a cédé le pouvoir à Hery Rajaonarimampianina en janvier 2014, à l'issue d'élections démocratiques.

Mystérieusement rentré à Madagascar dimanche soir, apparemment à l'insu des autorités, M. Ravalomanana a eu le temps de haranguer lundi matin environ 200 à 300 personnes devant chez lui, puis de donner une conférence de presse.

Il n'a pas clairement expliqué les circonstances ni les motifs de son retour. Mais sur un ton apparemment provocateur, il a déclaré: «J'étais président en exercice quand j'ai quitté le pays, maintenant que je suis de retour, le peuple malgache sait ce qu'il a à faire».

Peu après, une imposante unité d'élite de la gendarmerie, forte d'une quarantaine d'hommes, a fait violemment irruption à son domicile après avoir dispersé ses partisans à coups de gaz lacrymogène. M. Ravalomanana a été emmené de force, entre deux hommes cagoulés.

Depuis, les autorités n'ont plus donné aucune information. La gendarmerie, sollicitée mardi matin par l'AFP, a renvoyé à la déclaration du président.

Tojo Ravalomanana a demandé aux autorités «de prouver que Marc Ravalomanana n'est victime d'aucun acte de violence (...) Nous, sa famille, ses avocats et son médecin demandons à le voir dans les plus brefs délais».

«Hier soir, nous avons demandé à ce qu'on nous laisse amener quelques vêtements et médicaments pour notre père (...) Mais ce sont les forces de l'ordre qui les ont pris et nous ne savons pas si les médicaments sont parvenus ou pas à notre père», a-t-il ajouté, demandant à ce que le président Rajaonarimampianina reçoive en urgence l'épouse de Marc Ravalomanana, Lalao.

,br>

Travaux forcés à perpétuité

Depuis 2009, M. Ravalomanana a été empêché à plusieurs reprises de revenir à Madagascar, par peur de débordements.

Il est sous le coup de plusieurs condamnations par contumace. Il a notamment été condamné aux travaux forcés à perpétuité pour la mort de 36 manifestants abattus par sa garde le 7 février 2009 devant le palais présidentiel.

La communauté internationale a aussi dû exercer d'extraordinaires pressions pour qu'il ne se présente pas à la présidentielle fin 2013, ni lui ni son épouse, afin d'éviter de raviver les tensions dans la Grande Île.

M. Ravalomanana, dont certains Malgaches gardent la nostalgie, car sa présidence a coïncidé avec une période de forte croissance économique, n'a jamais reconnu la valeur juridique des condamnations prononcées à son encontre, estimant qu'elles avaient été prononcées par un «tribunal fantoche» en son absence.

Mais en juillet, il s'était dit prêt à comparaître devant une cour malgache pour répondre des accusations portées contre lui.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer