Ouganda: deux «frères» devant la justice pour homosexualité

Arrêtés en janvier - avant l'entrée en vigueur... (PHOTO ISAAC KASAMANI, ARCHIVES AFP)

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Arrêtés en janvier - avant l'entrée en vigueur de la loi antihomosexualité - Jackson Mukasa (à gauche) et Kim Mukisa sont jugés depuis mai aux termes de l'article 145 du Code pénal sur ces «relations contre nature».

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Amy FALLON
Agence France-Presse
KAMPALA

Accusés de «vivre comme mari et femme» et jugés pour actes «contre nature», Kim Mukisa et Jackson Mukasa, deux amis ougandais assurent s'aimer «comme des frères», mais ont subi toutes les vilenies réservées aux homosexuels en Ouganda.

Ce pays d'Afrique de l'Est avait créé un tollé international en promulguant en février une «loi antihomosexualité» - depuis annulée pour des raisons techniques par la Cour constitutionnelle - durcissant encore une législation remontant à l'époque coloniale, qui rend déjà passible de la prison à vie les «relations charnelles contre nature».

Les deux jeunes hommes ne cachent pas leurs préférences sexuelles, mais tout reste implicite dans un pays bigot où les homosexuels sont considérés comme l'incarnation du Mal par les puissantes Églises évangéliques.

«Pourrais-tu le dire à ta famille?», demande, pour la forme et sans attendre de réponse, Jackson Mukasa. «Je ne peux pas le dire à mon père [...] dire ''Papa, Maman, voila ce que je suis''», ajoute-t-il. «Ils attendent de nous que nous soyons autrement que ce que nous sommes».

Arrêtés en janvier - avant l'entrée en vigueur de la loi antihomosexualité - Kim Mukisa et Jackson Mukasa sont jugés depuis mai aux termes de l'article 145 du Code pénal sur ces «relations contre nature».

Personne n'a jamais été condamné aux termes de cet article depuis l'entrée en vigueur de ce code pénal en 1950, selon le Forum pour la promotion et la sensibilisation aux droits de l'homme (HRAPF), une ONG basée en Ouganda. Et le procès des deux hommes a été ajourné une nouvelle fois fin septembre.

«Il n'y a ni rapport de police ni témoin et chaque fois qu'on se rend au tribunal ils nous disent que le procureur est absent», explique leur avocat Fridah Mutesi, «je pense que [les poursuites] pourraient être abandonnées, du moins je l'espère...».

Chasse aux sorcières

Assis sur un matelas dans une pièce qui contient le peu qu'ils possèdent, les deux jeunes gens partagent, complices, quelques rires, rares depuis le début de l'année.

«Nous sommes comme des frères, des gamins», explique Jackson Mukasa, 20 ans, chez lui, dans une pièce unique dans un bidonville de Kampala. Ils se sont rencontrés dans un bar il y a deux ans. Kim Mukisa, 25 ans, avait une boutique à l'époque et gardait son inventaire chez lui.

Quand Jackson voulait de nouveaux vêtements, il se rendait donc chez Kim. «Nous avons beaucoup discuté, sommes devenus amis, puis frères», se souvient-il.

«Je recevais beaucoup de garçons chez moi, qui venaient essayer des vêtements», se rappelle Kim Mukisa, expliquant que cela l'a rendu suspect et indésirable aux yeux du voisinage.

Ils affirment avoir été dénoncés à la police par un ancien ami, une dénonciation forcée, selon eux, alors que la chasse aux sorcières de la part de voisins avait déjà commencé.

Vers 6 h 45, début janvier, le chef du quartier a frappé à la porte de Kim Mukisa, lui a demandé de sortir ses affaires et de quitter son domicile. «Il y avait quatre garçons armés de gourdins» qui l'ont frappé, se souvient-il.

Arrêtés, les deux hommes sont contraints de passer des examens médicaux puis jetés dans une geôle sordide où ils passent cinq mois, «raillés et victimes de violences», avant d'être libérés sous caution. «On ne pourra jamais oublier, jamais, d'avoir été jetés en prison», raconte Jackson Mukasa «c'était très dur, extrêmement dur en prison».

Quitter l'Ouganda

Désormais libres, leur quotidien reste difficile. Leurs visages ont été reproduits dans les pages des journaux et diffusés à la télévision. Se promener dans leur quartier n'est pas chose facile et leur situation financière est compliquée.

«Nous possédions des choses, nous n'avons plus rien désormais», explique Kim Musika. «Quand nous sortons dans la rue, les gens commencent à nous montrer du doigt», explique-t-il.

Réceptionniste dans un hôtel, Jackson Mukasa a été renvoyé après son arrestation et n'a pas retrouvé d'emploi. Tous deux ont été désavoués par leur famille.

Même s'ils ne croient pas à un nouveau vote, souhaité par les députés, de la loi antihomosexualité, les deux «frères» envisagent désormais de quitter l'Ouganda.

«On s'en va, j'en ai marre», explique Jackson Mukisa. «J'envisagerai un avenir meilleur quand je serai hors du pays», poursuit Jackson Mukasa.

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