RDC: l'affaire Chebeya revient devant la justice

Tuka Ika Banzungul, président de la Cour suprême... (Photo Junior D. Kannah, Agence France-Presse)

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Tuka Ika Banzungul, président de la Cour suprême de la République démocratique du Congo, au centre.

Photo Junior D. Kannah, Agence France-Presse

Agence France-Presse
KINSHASA

L'«affaire Chebeya», qui empoisonne jusqu'au sommet de l'État congolais, est revenue vendredi devant la justice à Kinshasa après plus d'un an de suspension, suscitant l'espoir des parties civiles de voir enfin jugés les meurtriers du plus célèbre défenseur des droits de l'Homme congolais.

Celles-ci ont néanmoins perdu leur recours devant la Cour suprême de justice, plus haute juridiction de République démocratique du Congo, qui s'est déclarée incompétente.

Fondateur de l'ONG La voix des sans voix (VSV), Floribert Chebeya avait été retrouvé mort dans sa voiture en périphérie de Kinshasa le 2 juin 2010 après s'être rendu à l'inspection générale de la police congolaise pour y rencontrer le chef de la police de l'époque, le général John Numbi.

A l'issue d'une enquête dénoncée comme bâclée par les parties civiles, des organisations de défense des droits de l'Homme et plusieurs chancelleries occidentales, cinq policiers ont été condamnés en 2011 (quatre à mort et un à la prison à vie) pour le meurtre de Chebeya et de son chauffeur Fidèle Bazana, disparu dans la nuit du 1er au 2 juin 2010.

Le procès en appel des cinq hommes, dont trois sont en fuite, avait été suspendu en mai 2013 à la suite de l'exception d'inconstitutionnalité déposée par les avocats des parties civiles et examinée vendredi.

Le but de la démarche, pour les parties civiles, était de rendre inattaquable le jugement final dans cette affaire.

- Accusés en fuite -

«C'est un déni de justice. La Cour ne veut pas se prononcer là où on l'attend», a déploré Me Peter Ngoma, avocat des parties civiles, qui avaient abordé l'audience sans illusions sur son issue. A l'inverse, Me Martin Tujibikile, avocat d'un des policiers accusés, s'est félicité que la Cour ait «bien dit le droit».

Désormais, le procès en appel des cinq policiers condamnés en première instance doit reprendre dans les semaines qui viennent.

Malgré leur échec devant la Cour suprême, les parties civiles comptent sur cette reprise pour faire comparaître sur le banc des accusés le général Numbi, qu'ils considèrent comme le «suspect numéro un». «Nous attendons qu'il soit arrêté et transformé en prévenu», a déclaré à l'AFP Rostin Maketa, directeur adjoint de la VSV.

Le général Numbi a toujours affirmé n'avoir jamais rencontré Chebeya. Entendu comme témoin au procès en première instance, l'officier avait déclaré n'avoir «jamais» donné rendez-vous à Chebeya. Suspendu de ses fonctions quelques jours après le meurtre de Chebeya et Bazana, il a été officiellement démis en décembre 2013.

Un des accusés du procès en appel, en fuite et réfugié aujourd'hui au Sénégal, a mis en cause le général Numbi dans la fin tragique des deux hommes, mais la Cour a refusé que son témoignage soit produit.

Mardi, la justice sénégalaise a accepté d'ouvrir une information judiciaire à l'encontre de ce policier à la suite d'une plainte déposée en juin par la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) et les familles des victimes.

Le meurtre de Chebaya et de Bazana avait suscité une vive consternation en RDC. Le défenseur des droits de l'homme, qui était devenu de plus en plus virulent dans sa critique du président Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, avait eu droit à des obsèques nationales.

L'affaire a été à l'origine d'une brouille diplomatique entre Paris et Kinshasa en 2012 lors de la tenue du sommet de la francophonie dans la capitale congolaise: le président François Hollande, nouvellement élu, avait honoré publiquement la mémoire de Chebeya.

«Avec la reprise de ce procès ... nous avons cette fois bon espoir que la justice sera enfin rendue», indique Ida Sawyer de l'organisation Human Rights Watch.




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