Somalie: les cours militaires emprisonnent sans procès équitable

Des soldats somaliens lors d'une marche miliaire à... (Photo d'archives Feisal Omar, Reuters)

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Des soldats somaliens lors d'une marche miliaire à Mogadiscio.

Photo d'archives Feisal Omar, Reuters

Agence France-Presse
NAIROBI

Les tribunaux militaires en Somalie abusent de leur pouvoir et le faible gouvernement de Mogadiscio, soutenu par la communauté internationale, les utilise pour emprisonner des centaines de personnes sans procès équitable, a dénoncé jeudi Human Rights Watch (HRW).

La justice militaire somalienne a «jugé des centaines de personnes au-delà de ses compétences légales ou au cours de procédures ne respectant pas les normes internationales en matière d'équité», a affirmé l'ONG américaine dans un rapport.

Plus d'une dizaine de personnes déclarées coupables par ces juridictions l'an dernier ont été condamnées à mort et exécutées, poursuit le rapport.

«Les procès sommaires devant les tribunaux militaires en Somalie peuvent sembler pratiques aux autorités somaliennes, mais cela ne peut justifier la violation des droits des accusés», fustige Leslie Lofkow de HRW, ajoutant que les affaires civiles ne devraient pas être jugées par la justice militaire.

La Force de l'Union africaine en Somalie (Amisom) est parvenue à chasser les insurgés islamistes shebab, liés à Al-Qaïda, de Mogadiscio en août 2011 et à leur reprendre depuis la quasi-totalité de leurs bastions, mais ils contrôlent toujours de larges zones rurales et les fragiles autorités de Mogadiscio peinent à imposer leur influence sur l'ensemble du pays.

La communauté internationale a dépensé plusieurs milliards de dollars pour soutenir le gouvernement somalien et financer l'Amisom pour tenter de ramener la paix en Somalie, ravagée par plus de deux décennies de guerre civile et que se partagent milices claniques, gangs criminels et groupes islamistes.

HRW, citant des proches de suspects, a aussi fait état d'accusés maltraités au cours de leur détention provisoire, battus à coup de bâtons et de fils électriques.

Ce rapport est basé sur des entretiens avec plus de 30 accusés ainsi qu'avec des cadres des tribunaux militaires, «malgré de très réelles préoccupations sur de possibles représailles», explique HRW.

Les personnes interrogées par l'ONG assurent que ces tribunaux n'acceptent pas la contradiction. «Ces gens du tribunal militaire pensent qu'ils ont un pouvoir absolu et vous ne pouvez pas leur parler. Vous ne pouvez rien leur demander et ils ne respectent pas les droits de l'Homme», a déclaré un avocat de la défense.

Un proche d'un responsable gouvernemental, condamné à mort pour le meurtre de sa femme, a expliqué à HRW qu'aucune preuve n'avait été présentée devant le tribunal militaire: «Il n'y avait pas un seul témoin, il y avait pas d'arme».




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