Nouvelle loi anti-gai en vigueur en Ouganda

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Des défenseurs des droits des gais et lesbiennes manifestent à visage couvert contre le durcissement de ton de l'Ouganda à l'endroit des homosexuels, à Nairobi au Kenya, le 10 février.

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Agence France-Presse
Entebbe, Ouganda

Le président ougandais Yoweri Museveni a promulgué lundi une loi controversée durcissant la répression de l'homosexualité qu'il avait un temps refusé de signer, a annoncé une porte-parole de la présidence ougandaise.

«Le président vient de signer la loi anti-homosexualité (...) la loi entre de ce fait en vigueur», a déclaré à l'AFP Sarah Kagingo.

Les relations homosexuelles sont déjà passibles de la prison à vie en Ouganda, mais cette législation, adoptée mi-décembre par le Parlement, interdit notamment toute «promotion» de l'homosexualité et rend obligatoire la dénonciation de quiconque s'affichant homosexuel(le).

Elle a suscité des critiques virulentes de la part des défenseurs des droits de l'homme et des gouvernements occidentaux, en particulier des États-Unis, un allié clé de Kampala.

Les dispositions les plus controversées, prévoyant la peine de mort en cas de récidive ou de rapport avec un mineur ou en se sachant porteur du virus du sida, ont été abandonnées, mais la loi reste très critiquée.

Washington avait notamment récemment averti que l'entrée en vigueur de cette loi «compliquerait (ses) relations» avec Kampala.

«Le président ne peut pas être sous pression des groupes de pression internationaux (...) il a fait savoir clairement que, quelle que soit sa décision (concernant la loi) elle serait prise dans l'intérêt de l'Ouganda et non de l'étranger», a expliqué lundi matin à l'AFP un autre porte-parole, Tamale Mirundi.

«L'Ouganda est un pays souverain et ses décisions doivent être respectées», a-il ajouté.

M. Museveni, pieux chrétien évangélique affiché, avait déjà début février promulgué une loi anti-pornographie, interdisant notamment certaines manières de s'habiller «provocatrices», bannissant les artistes légèrement vêtus de la télévision ougandaise et surveillant de près les sites consultés par les internautes.

Le président ougandais, au pouvoir depuis 1986, avait initialement indiqué qu'il ne promulguerait pas la loi anti-homosexualité, car il est «mal de punir une personne parce qu'elle est anormale». Il avait ensuite annoncé avoir changé d'avis après consultation d'un groupe de scientifiques selon lesquels, a-t-il dit, l'homosexualité était «comportementale, pas génétique».

Les homosexuels sont l'objet de persécutions et de violences pouvant aller jusqu'au meurtre en Ouganda, pays où l'homophobie est largement propagée par les très influentes Églises évangéliques.

Le président Yoweri Museveni a promulgué la loi... (PHOTO ISAAC KASAMANI, AFP) - image 2.0

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Le président Yoweri Museveni a promulgué la loi controversée durcissant la répression de l'homosexualité qu'il avait un temps refusé de signer, à Entebbe, le 24 février.

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Le sexe oral et l'homosexualité selon Museveni

Selon le président Museveni, la bouche sert uniquement à manger et embrasser, le sexe oral transmet des vers, quelque chose «ne va pas» chez les homosexuels, et l'homosexualité est suscitée par des «groupes» occidentaux.

En signant lundi la loi durcissant la répression de l'homosexualité, M. Museveni, adepte des déclarations à l'emporte-pièce, a multiplié les opinions tranchées sur la sexualité et les mauvaises pratiques importées selon lui d'Occident.

«Il y a quelque chose qui ne va vraiment pas chez vous», a-t-il lancé à l'adresse des homosexuels, après avoir signé cette loi controversée. «Je n'arrive toujours pas à comprendre, qu'on ne puisse pas être attiré par toutes ces superbes femmes et qu'on soit attiré par un homme», a-t-il expliqué devant la presse.

Pour le président ougandais, chrétien évangélique à la piété affichée, on n'est pas «homosexuel par nature (...), mais par choix». Un choix souvent dicté selon lui par l'argent, de nombreux homosexuels étant «en réalité des mercenaires. Ce sont des hétérosexuels qui se disent homosexuels pour l'argent».

«Aucune étude n'a montré qu'on peut être homosexuel de nature», a-t-il assuré, «oui, il y a quelques petites choses qui ne sont pas en ordre (chez certains homosexuels), mais si on n'est pas élevé ou encouragé en ce sens, on sera normal», a-t-il expliqué, expliquant avoir promulgué la loi, car «la société peut faire quelque chose pour décourager les tendances».

Selon lui, l'homosexualité en Ouganda «est provoquée par des groupes occidentaux arrogants et inconscients qui viennent dans nos écoles recruter des homosexuels, convertir à l'homosexualité et au lesbianisme».

Outre l'homosexualité, l'Occident exporte aussi des pratiques aussi dangereuses, selon M. Museveni, que la fellation et le sexe oral en général, «pas sain» et source de MST.

«La bouche sert à manger, pas pour le sexe. La bouche est conçue pour embrasser», a-t-il expliqué aux journalistes, «on connaît l'adresse du sexe, cette adresse (la bouche) n'est pas pour le sexe».

«Vous posez la bouche là, vous récupérez des vers et ils entrent dans votre estomac parce que c'est la mauvaise adresse», a-t-il poursuivi.

Défendant la nouvelle loi, il a assuré qu'elle visait «ceux qui recrutent des gens normaux» pour des relations homosexuelles et ceux qui «sont recrutés pour des raisons intéressées, pour avoir de l'argent, les prostitués homosexuels».

«Ces prostitués homosexuels doivent être punis, comme ceux qui les recrutent», a-t-il expliqué, de même que ceux qui «s'exhibent en tant qu'homosexuels, crient sur les toits qu'ils sont homosexuels».

Les Pays-Bas gèlent leur aide financière

Les Pays-Bas ont décidé de suspendre une aide à l'Ouganda après la promulgation de cette loi.

Premier pays au monde à légaliser le mariage homosexuel, en 2001, les Pays-Bas ont gelé le versement d'une aide annuelle de sept millions d'euros destinée au renforcement du système judiciaire ougandais, a précisé le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.

«Il est clair que si le système judiciaire doit appliquer ce genre de loi, nous ne souhaitons pas collaborer», a déclaré Liliane Ploumen, la ministre du Commerce international et de l'Aide au développement, au micro de la télévision publique néerlandaise NOS.

L'aide néerlandaise aux projets sociaux en Ouganda, soit quelque 16 millions d'euros par an, n'est pas concernée par la suspension car les Pays-Bas ne souhaitent pas «pénaliser encore plus les citoyens et les homosexuels ougandais».

Les Pays-Bas ont l'intention de proposer à leurs partenaires de l'Union européenne de prendre des sanctions contre l'Ouganda à l'échelle européenne, a précisé la ministre.

Six hommes qui déshabillaient des femmes en minijupe arrêtés

Six hommes qui déshabillaient de force des femmes vêtues de minijupes, interdites en Ouganda par une loi anti-pornographie promulguée en février par le président Museveni, ont été arrêtés à Kampala a annoncé la police lundi.

«Nous avons arrêté six hommes qui arrêtaient des femmes et les déshabillaient. Ils ne sont pas supposés faire appliquer la loi anti-pornographie, c'est à l'État de faire cela», a déclaré à l'AFP une porte-parole de la police, Judith Nabakooba.

«Nous allons les déférer devant la justice», a-t-elle ajouté, déconseillant «à la population de se faire justice soi-même».

Outre l'exhibition des organes sexuels, mais aussi des cuisses, seins et fesses et les «attitudes suscitant l'excitation sexuelle», cette loi anti-pornographie prohibe notamment les vêtements jugés «provocants» et interdit d'antenne les artistes trop légèrement vêtus.

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