La République centrafricaine prise dans un tourbillon de dangers

La capitale, Bangui, est quotidiennement la proie d'attaques... (PHOT FRED DUFOUR, AFP)

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La capitale, Bangui, est quotidiennement la proie d'attaques terrorisant des quartiers entiers.

PHOT FRED DUFOUR, AFP

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Les massacres se poursuivent en République centrafricaine, malgré la présence de soldats de l'armée française et de l'Union africaine. À Bangui, la capitale, 273 500 personnes déplacées vivent dans 66 sites, où elles espèrent échapper aux attaques qui terrorisent des quartiers entiers. À l'aube de la saison des pluies, la malaria guette. Pour faire le point, La Presse a joint au téléphone Jean-Pierre Taschereau, chef des opérations d'urgence de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge.

Q: Quelle est la situation sur le terrain actuellement?

R: Il y a de l'insécurité. Il y a des attaques, des braquages de voitures... Les agences d'aide ont un couvre-feu à 18 h, mais nous avons décidé de l'observer dès 16 h 30, afin de permettre à nos chauffeurs de rentrer chez eux pendant qu'il fait encore jour.

Nos partenaires de la Croix-Rouge locale ont été menacés plusieurs fois, mais il n'y a pas eu d'attaque contre eux. Leur mandat est d'aller dans les rues récupérer les cadavres et les blessés. Certains de ces bénévoles ont perdu leurs maisons, brûlées et pillées, et dorment depuis des mois dans les bureaux de la Croix-Rouge. Ils ne peuvent pas rentrer chez eux, car ils sont menacés. Ils traînent des cadavres à longueur de journée, des cadavres qui sont retrouvés dans un état innommable, démembrés, brûlés. La semaine dernière, on nous a signalé la présence d'un charnier. Il y avait 13 cadavres dans un trou, et c'était à eux d'aller ramasser les corps, de les amener à la morgue, d'essayer de faire des liens avec les familles.

Il y a quelques jours, j'étais dans une réunion avec le président de la Croix-Rouge centrafricaine, et il avait une «petite bonne nouvelle» à nous annoncer. Sa nouvelle, c'était que les équipes n'avaient récupéré qu'un seul mort cette journée-là, alors qu'au plus fort de la crise, c'était de 40 à 50. On remarque que les assassinats se sont en partie déplacés à l'extérieur de Bangui.

Q: On compte environ 700 000 personnes déplacées en République centrafricaine, dont au moins 273 500 à Bangui même. Tout cela, alors que les tueries se poursuivent...

R: Ce qui nous préoccupe, c'est le risque de maladies épidémiques. C'est une population qui vit dans de mauvaises conditions, qui est encore plus vulnérable qu'elle ne l'était. D'ici la fin mars, la saison des pluies va commencer. Il y a 10 jours, nous avons eu notre premier orage, et ce n'était pas beau à voir. Ça a tout transformé en boue. C'est un avant-goût de ce qui nous attend. Avec la pluie viennent les moustiques et la propagation de la malaria, qui est la première cause de mortalité au pays, et qui frappe surtout les enfants de 5 ans et moins.

Q: L'ONU vient de déclarer que 9 personnes sur 10 en République centrafricaine ne mangent qu'un seul repas par jour. Les denrées sont-elles difficiles à trouver?

R: On assiste à une asphyxie économique de la ville de Bangui. Il y a un gros risque pour la sécurité alimentaire. Il y a une seule route qui relie Bangui au Cameroun. Il y a eu tellement d'attaques contre les convois sur cette route que les camionneurs refusent maintenant d'y circuler sans escorte armée. Nous, la Croix-Rouge, comme nous ne circulons jamais avec une escorte armée, nous avons un problème. Il y a des zones où l'on ne va pas.

Ainsi, nous avons actuellement 2,2 millions de moustiquaires imprégnés d'insecticide, qui aident à prévenir la malaria. Ils sont dans 72 conteneurs au Cameroun...




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