Soudan du Sud: les combats continuent, laborieuses négociations à Addis Abeba

Le Kenyan Lazarus Sumbeywo, responsable de l'Autorité intergouvernementale... (PHOTO SOLAN GIMECHU, AFP)

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Le Kenyan Lazarus Sumbeywo, responsable de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), à droite, et Makuei Lueth, le ministre sud-soudanais de l'Information, lau centre, lors d'une conférence de presse à Addis Abeba.

PHOTO SOLAN GIMECHU, AFP

Waakhe Simon Wudu
Agence France-Presse
Juba

Les forces pro-gouvernementales sud-soudanaises disaient continuer à avancer mardi sur la ville stratégique de Bor, tenue par les rebelles, alors que les pourparlers à Addis Abeba en vue d'un cessez-le-feu dans le pays, semblaient progresser lentement.

Des risques d'épidémie sont apparus dans ce pays après plus de trois semaines de conflit.

Selon une source au sein du gouvernement sud-soudanais, l'annonce par l'armée de la reprise du contrôle de Bor, capitale de l'Etat du Jonglei (est), à 200 km au nord de la capitale, Juba, n'était plus «qu'une question d'heures».

Moses Ruai Lat, porte-parole de la rébellion menée par l'ex-vice-président Riek Machar, a affirmé que le gouvernement ne se livrait qu'à un exercice de «propagande». «Nous n'avons aucun problème avec les zones que nous contrôlons», a-t-il dit à l'AFP.

Pendant ce temps, dans la capitale éthiopienne Addis Abeba, des délégations de la rébellion et du gouvernement de Juba ont brièvement discuté d'un cessez-le-feu et d'une éventuelle libération de prisonniers, les deux principaux points des pourparlers de paix entamés lundi.

«Jusqu'à présent, il y a des progrès, dans la mesure où jusqu'à présent, il n'y a pas de désaccord», a déclaré à l'AFP le porte-parole des rebelles Hussein Mar Nyot, ajoutant que les discussions reprendraient mercredi.

Pour le chef de la délégation de Juba, Nhial Deng Nhial, en revanche, il y a «un problème qui menace de faire échouer les négociations», le statut de détenus fidèles à M. Machar. Il a cependant assuré que les négociations se poursuivraient.

Le ministre sud-soudanais de l'Information, Michael Makuei, avait indiqué auparavant que la délégation gouvernementale avait présenté un document sur la mise en place d'un cessez-le-feu et un autre sur une éventuelle libération de prisonniers proches de Riek Machar.

Une partie de la délégation gouvernementale est repartie à Juba, pour consulter le gouvernement. «Il n'y aura pas de négociation directe avant qu'ils ne reviennent», avait-il ajouté.

Cesser les affrontements fratricides

Le Soudan du Sud est ravagé depuis le 15 décembre par des combats entre armée et forces pro-Machar qui ont fait des milliers de morts et près de 200 000 déplacés. Les bases de l'ONU dans le pays sont débordées par des dizaines de milliers de réfugiés qui cherchent sa protection.

Le conflit est alimenté par une vieille rivalité politique opposant le président Salva Kiir et son ex-vice-président Machar, limogé en juillet. Le premier accuse le second de tentative de coup d'Etat. Riek Machar dément et accuse en retour Salva Kiir de chercher à éliminer ses rivaux.

Les deux camps sont accusés d'atrocités, notamment à caractère ethnique -- le conflit revêt aussi une dimension tribale, les Dinka de M. Kiir contre les Nuer de M. Machar.

Dénonçant une instabilité qui entrave l'aide humanitaire, Médecins sans frontières (MSF) a estimé mardi que «les plus vulnérables sont devenus encore plus vulnérables».

«Nous ne savons pas ce qu'il va advenir des milliers de déplacés et de blessés à travers le pays», a poursuivi le chef de l'ONG au Soudan du Sud, Raphael Gorgeu, mettant en garde contre le risque d'épidémies.

Les négociations à Addis Abeba  se déroulent sous l'égide de l'organisation intergouvernementale est-africaine Igad. Mais d'autres efforts internationaux de médiation sont en cours pour tenter d'éviter à la jeune nation, indépendante du Soudan depuis seulement juillet 2011, de sombrer dans la guerre civile.

Lundi, le président soudanais Omer el-Béchir a fait un aller-retour à Juba pour plaider la cause de la paix.

Avant un accord de paix signé en 2005, qui avait ouvert la voie à la partition du Soudan, Khartoum et une rébellion sudiste, aujourd'hui au pouvoir à Juba, se sont affrontées des décennies dans une sanglante guerre civile. Des tensions demeurent entre les deux ex-ennemis, malgré de forts liens économiques, notamment dans le secteur pétrolier.

A l'occasion d'une visite à Addis Abeba, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a lui aussi affirmé lundi que son pays, important acteur du secteur pétrolier sud-soudanais, participait aux efforts de médiation.

Dans un entretien à l'AFP, l'une des figures religieuses les plus respectées du Soudan du Sud, l'archevêque épiscopalien de Juba Mgr Daniel Deng Bul a appelé les négociateurs à Addis à trouver rapidement une issue à cette «guerre insensée».

«Nous avons été en guerre pendant 55 ans», a insisté Mgr Bul, rappelant les deux guerres civiles qui ont ravagé le pays avant la partition d'avec le Soudan. «Il est temps, pour nos compatriotes de se reposer (...), pas de se faire tuer par leurs propres frères».




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