Centrafrique: les rebelles s'affichent en maîtres du pays

Auparavant, les manifestants, membres d'associations proches du Kwa... (Photo Georges Gobet, Agence France-Presse)

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Auparavant, les manifestants, membres d'associations proches du Kwa Na Kwa (le parti du président François Bozizé (photo)), ont observé un sit-in devant l'ambassade des États-Unis.

Photo Georges Gobet, Agence France-Presse

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Christophe Panika
Agence France-Presse
Bangui

La coalition rebelle du Séléka s'est affichée mercredi en maître de la Centrafrique, affirmant que le président François Bozizé «avait perdu le contrôle du pays» alors que des manifestants proches du pouvoir ont attaqué l'ambassade de France à Bangui pour dénoncer la passivité de Paris.

Les renforts tchadiens qui campent sur leurs positions aux portes de Bangui semblent être le dernier rempart contre une avancée des insurgés vers la capitale.

Après plus de quinze jours d'opérations et de conquête de villes, le Séléka (Alliance en sango, la langue nationale), a affirmé que «par mesure de sécurité et de protection des populations civiles, nous ne considérons plus nécessaire de mener la bataille de Bangui et d'y faire entrer nos troupes, car le général François Bozizé (...) a déjà perdu le contrôle du pays».

«Nous demandons à tous les fils et filles de Centrafrique, à tous les éléments de forces de défense et de sécurité encore fidèles au régime de François Bozizé (...) de déposer les armes immédiatement», ont ajouté les rebelles.

Les insurgés, qui ont pris les armes le 10 décembre pour réclamer «le respect» d'accords de paix conclus entre 2007 et 2011, se sont rapidement emparés de villes stratégiques, Bria (ville diamantifère du centre), Bambari (ville aurifère du centre sud), avant de prendre Kaga Bandoro (centre nord) mardi, s'approchant dangereusement de Bangui par le nord et par l'est.

Sous-équipée, démotivée et mal organisée, l'armée régulière n'a opposé que peu de résistance.

Tout en affirmant vouloir négocier à Libreville, comme l'avaient demandé vendredi les chefs d'États d'Afrique centrale, la rébellion a continué à avancer, refusant de quitter les villes conquises sans un cessez-le-feu préalable, que le président centrafricain ne semble pas prêt à accorder.

Au moins 2000 Centrafricains se sont réfugiés dans le nord de la RDCongo voisine pour fuir l'avancée de la rébellion, a indiqué mercredi une source officielle congolaise.

En Centrafrique, des ONG humanitaires se sont inquiétées du sort des déplacés.

«Nous avons constaté un mouvement sur le terrain devenu assez régulier avec la progression du Séléka, avec peu de blessés ou de conséquences humanitaires graves, mais des déplacements des populations par peur des combats», a déclaré à l'AFP le chef adjoint de délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Bangui, Arnaud de Baecque.

À Bangui, plusieurs centaines de personnes proches du pouvoir ont lancé mercredi des projectiles vers l'ambassade de France pour dénoncer la passivité de l'ancienne puissance coloniale, a constaté l'AFP. Ils avaient auparavant fait un sit-in devant l'ambassade des États-Unis.

«La France nous lâche»

«Nous sommes ici à l'ambassade de France, parce que c'est la France qui nous a colonisés. Mais la France a tendance à nous lâcher. On n'a plus besoin de la France, la France n'a qu'à prendre son ambassade et partir», a affirmé une manifestante.

Plusieurs jeunes ont jeté des projectiles sur les locaux dont certains ont cassé des vitres, ainsi que sur la représentation d'Air France.

Une trentaine de soldats français sont arrivés en milieu d'après-midi pour sécuriser l'ambassade et éviter d'éventuels débordements.

Selon le ministère français de la Défense, 200 militaires français sont basés en Centrafrique, en majorité à Bangui.

L'ambassadeur de France à Bangui a qualifié la manifestation de «particulièrement violente» et Air France a fait faire demi-tour à son vol hebdomadaire Paris-Bangui «en raison de la situation en Centrafrique».

Les effectifs et la puissance de feu de la rébellion demeurent flous. Selon un enseignant dans la ville occupée de Bambari, Eudes Azouaka, «le nombre de rebelles (à Bambari) se situe entre 300 et 400 hommes», armés de lance-roquettes, mortiers, avec des véhicules équipés de mitrailleuses lourdes et des Kalachnikovs.

Le Tchad, allié historique de Bozizé

Un contingent de l'armée tchadienne, arrivé la semaine dernière à l'appel du président Bozizé, doit servir de «force d'interposition» selon N'Djamena et s'est positionné sur le dernier axe routier menant à Bangui.

Présents sur les deux derniers «verrous», Sibut (130 km de Bangui) et Damara (60 km), les soldats tchadiens, rompus au combat et plus lourdement équipés, pourraient être le dernier rempart à une victoire des rebelles.

Le Tchad, allié historique de François Bozizé, avait déjà envoyé ses troupes en 2003 pour l'aider à prendre le pouvoir, et à nouveau fin 2010 pour combattre des rébellions dans le nord.

La Centrafrique - 5 millions d'habitants - était engagée depuis 2007 dans un processus de paix après des années d'instabilité, de rébellions multiples, mutineries militaires et putschs.

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