Afrique du Sud: un deuxième mandat pour Zuma?

Le président sud-africain, Jacob Zuma, participe à un... (PHOTO ARCHIVES AFP)

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Le président sud-africain, Jacob Zuma, participe à un rite traditionnel qui vise à le protéger de ses rivaux lors de l'élection à la direction du Congrès national africain (ANC).

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Patricia Huon, collaboration spéciale
La Presse

(Soweto, Afrique du Sud) En Afrique du Sud, le Congrès national africain (ANC) va désigner dans les prochains jours son nouveau chef. Cette élection se tient au moment où l'actuel président, Jacob Zuma, est empêtré dans des scandales et que le fossé des inégalités se creuse dans le pays. Notre collaboratrice fait le point.

«L'année dernière, j'ai écrit au président, je lui ai dit de venir constater par lui-même dans quelles conditions nous vivons. Je n'ai jamais eu de réponse...»

Gloria Alexander habite à Kliptown, l'un des plus anciens quartiers de l'immense township de Soweto, symbole de la lutte antiapartheid. Cette mère de famille survit grâce aux allocations familiales de ses trois enfants, qui atteignent environ 95 $ par mois.

«Nos politiciens conduisent de belles voitures, vivent dans de luxueuses maisons, mais ils ont oublié d'où ils viennent», lâche-t-elle sur un ton qui oscille entre colère et détresse.

Des milliers de familles s'entassent dans le bidonville, labyrinthe de ruelles étroites rendues boueuses par la pluie. Dans les cabanes de tôle, de petits téléviseurs fonctionnent grâce à des câbles dénudés qui acheminent l'électricité illégalement. À l'extérieur, des femmes remplissent des seaux aux robinets collectifs qui approvisionnent chacun une dizaine de familles.

Le président critiqué

Pendant sa campagne de 2009, Jacob Zuma, président sud-africain, avait fait de la lutte contre la pauvreté son leitmotiv. Mais, trois ans plus tard, le chef d'État, impliqué dans de nombreux scandales, est de plus en plus critiqué pour son inaction.

«Depuis des années, on nous fait des promesses, mais rien ne change», constate Walter Kubeka.

Comme des millions de Sud-Africains, lui aussi fait partie des oubliés de la nation arc-en-ciel. Il n'était qu'un petit garçon quand, dans ce même quartier de Kliptown, le 26 juin 1955, la Charte de la liberté a été adoptée.

Ce texte fondateur du Congrès national africain (ANC), mouvement de Nelson Mandela, définissait les droits fondamentaux de tout citoyen sud-africain, quelle que soit sa couleur de peau.

À 67 ans, Walter a connu la ségrégation, les émeutes contre le régime raciste puis, enfin, la démocratie.

«Quand nous sommes allés voter en 1994 [lors des premières élections démocratiques], nous pensions vraiment que notre vie allait s'améliorer, dit cet ancien magasinier. Mais depuis, nous attendons toujours.»

Bilan partagé

À moins d'un rebondissement peu probable, Jacob Zuma sera réélu à la tête de l'ANC à l'occasion de la conférence du parti, qui débute ce week-end à Mangaung.

Une voie royale pour un deuxième mandat à la présidence, en 2014, puisque l'ancien parti de la libération, après 18 ans passés au pouvoir, rassemble toujours environ les deux tiers des électeurs.

Jacob Zuma affiche pourtant un bilan mitigé. Bien sûr, les barrières raciales ont été officiellement abolies et des progrès ont été accomplis. L'Afrique du Sud connaît une croissance économique rapide, le gouvernement a enfin pris des mesures énergiques en matière de lutte contre le sida, des millions de foyers ont été raccordés à l'électricité.

Mais la société sud-africaine reste l'une des plus inégalitaires du monde. Si une classe d'entrepreneurs noirs a été créée grâce à un programme de discrimination positive, seule une élite en profite, tandis qu'un quart de la population active est au chômage.

Le président est aussi accusé d'avoir favorisé l'enrichissement de ses proches au détriment des plus pauvres. Corruption, gaspillage de l'argent public...

Alors qu'environ 40 % de la population sud-africaine vit avec moins de 2 $ par jour, les cadres du parti dépensent sans compter. «Au sein de l'ANC, beaucoup de gens soutiennent Zuma parce qu'ils veulent maintenir leur train de vie, pense l'analyste politique Zakhele Ndlovu, professeur à l'Université de KwaZulu-Natal. Ils savent que le président les remerciera et préfèrent conserver le statu quo.»

Depuis quelques années, l'Afrique du Sud connaît une agitation sociale croissante, qui a culminé avec le massacre de Marikana, le 16 août, où 34 mineurs grévistes ont été abattus par la police. Malgré cela, Jacob Zuma ne semble pas prêt à passer la main.

ZUMA EN QUATRE SCANDALES

> En 2003, il est soupçonné d'avoir reçu des pots-de-vin, versés par le géant français de l'armement Thalès. Les poursuites sont abandonnées en 2009.

> En 2005, Jacob Zuma est inculpé pour le viol d'une jeune femme. Il sera finalement acquitté.

> En 2010, Duduzane Zuma, un des fils du président, est accusé d'utiliser ses relations politiques pour devenir l'un des actionnaires d'ArcelorMittal. L'accord, qui représente des dizaines de millions de dollars, est annulé.

> Le président a récemment entrepris des travaux de rénovation de sa résidence privée pour une somme de 27,5 millions de dollars, principalement aux frais des contribuables.

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