Qui arrêtera les rebelles du M23?

Dans un discours prononcé devant des milliers de... (PHOTO PHIL MOORE, AFP)

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Dans un discours prononcé devant des milliers de personnes réunies au stade de Goma, le lieutenant-colonel Vianney Kazarama, porte-parole des rebelles du M23, a accusé le président Joseph Kabila de diviser le pays et a affirmé que le chef d'État devait partir.

PHOTO PHIL MOORE, AFP

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En République démocratique du Congo, la prise de la ville de Goma par les rebelles du M23, mardi, a eu l'effet d'une douche froide sur la communauté internationale. D'autant plus que les rebelles ont affirmé hier qu'ils ne se contenteront pas de l'est du pays: ils veulent Kinshasa, la capitale. Six questions et réponses pour mieux comprendre les enjeux.

Q: Qui sont les rebelles du M23?

R: Aussi appelé Armée congolaise révolutionnaire, ce groupe composé de 1000 à 6000 hommes est en quelque sorte une réincarnation du Congrès national pour la défense du peuple, qui a pris part à la guerre du Nord-Kivu en 2008. Les rebelles sont dirigés par Bosco Ntaganda, surnommé le «Terminator». Né au Rwanda, ce chef de guerre tutsi, qui a appartenu à plusieurs groupes rebelles, a été promu au rang de général de l'armée congolaise en 2009 après le traité de paix du 23 mars qui a mis fin aux hostilités dans la région. Cependant, en avril 2012, cet homme recherché par la Cour pénale internationale a fait défection et est parti avec plus de 600 hommes lourdement armés.

Q: Quelle importance revêt la prise de la ville de Goma par les rebelles plus tôt cette semaine?

R: «Goma est une ville frontalière et une plaque tournante dans la région. Il y a eu beaucoup de tentatives de prendre Goma dans le passé. Mais la prise de cette semaine par les rebelles du M23 est un moment décisif. L'armée congolaise a fui et les troupes de la Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation de la République démocratique du Congo (MONUSCO) ont été des spectateurs», explique Comfort Ero, directrice du programme africain de l'International Crisis Group. Les rebelles affirment aussi contrôler Sake, une ville frontalière. Hier, les rebelles ont également annoncé que plus de 3000 militaires et policiers du Nord-Kivu se sont joints à eux. Il est impossible de vérifier ce chiffre, mais des journalistes ont assisté à des redditions publiques de militaires congolais de haut rang.

Q: Quelle est la probabilité que les rebelles du M23 réussissent à atteindre Kinshasa?

R: Selon Comfort Ero, leurs chances sont minces, même si les rebelles sont bien équipés. Selon des experts des Nations unies, qui se sont récemment rendus sur place, le Rwanda et, dans une moindre mesure l'Ouganda, soutiendraient directement les troupes de Bosco Ntaganda, notamment en fournissant des armes et de l'expertise stratégique. «Néanmoins, leur capacité à lancer un assaut contre Kinshasa est à mettre en question. Mais ils nourrissent la perception de vulnérabilité grandissante du président Joseph Kabila», note Mme Ero.

Q: Les Casques bleus de l'ONU auraient-ils pu faire plus?

R: Les points de vue divergent à ce sujet. Mme Ero croit que les Nations unies doivent mener une enquête interne pour comprendre pourquoi les 1500 Casques bleus de la MONUSCO basés à Goma sont restés les bras croisés pendant la prise de la ville. «Ils ont un mandat très robuste pour soutenir l'armée et protéger les civils. Nous avons besoin d'une nouvelle approche, sinon la MONUSCO risque de devenir une coquille vide qui coûte 1,5 milliard par année», estime Mme Ero. De son côté, Jocelyn Coulon, directeur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix du Centre d'études et de recherches internationales (CÉRIUM), croit que les Casques bleus n'avaient pas les effectifs nécessaires pour freiner l'arrivée des rebelles. Il note qu'un des principaux mandats des Casques bleus est de soutenir l'armée congolaise. Or, cette dernière a fui la région. «Ce n'est pas aux troupes de l'ONU de se substituer à l'armée nationale», soutient l'expert.

Q: Quels sont les risques d'une régionalisation du conflit?

R: Le rapport des enquêteurs de l'ONU, qui doit être rendu public vendredi, devrait mettre en lumière l'implication de plusieurs pays dans l'actuel conflit qui a débuté en avril. Selon Comfort Ero, le Conseil de sécurité de l'ONU doit agir rapidement pour limiter l'intervention externe, notamment celle du Rwanda, en formulant des résolutions très claires. «Ils auront tout un dilemme. Le Rwanda deviendra membre du Conseil de sécurité en janvier», rappelle Mme Ero.

Q: Et les civils, dans tout ça? Que leur arrive-t-il?

R: Hier, on a rapporté que des dizaines de milliers d'entre eux ont fui la ville, sans savoir où aller. L'ONU affirme aussi que les rebelles du M23 ont commis une série de graves violations des droits de l'homme au cours des derniers mois. Des viols, des exécutions arbitraires et des enlèvements ont notamment été signalés.-Avec la BBC,

-Avec la BBC, Al-Jazira, The New York Times et Le Monde

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