Le Nobel de la paix à la campagne antinucléaire ICAN

Daniel Hogsta, Beatrice Fihn et Will Fihm, de l'ICAN.... (Photo Denis Balibouse, REUTERS)

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Daniel Hogsta, Beatrice Fihn et Will Fihm, de l'ICAN.

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Pierre-Henry Deshayes
Agence France-Presse
Oslo

Le prix Nobel de la paix a récompensé vendredi la Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires (ICAN), qui voit dans la présidence de Donald Trump une preuve de la dangerosité de l'arme atomique.

Le comité Nobel norvégien a choisi de mettre la lutte contre ces armes de destruction massive à l'honneur au moment où le président américain menace de remettre en cause l'accord sur le nucléaire iranien et échange des propos belliqueux avec Kim Jong-un sur le programme nucléaire nord-coréen.

« L'élection du président Donald Trump a mis beaucoup de gens très mal à l'aise, à l'idée qu'il peut, à lui seul, autoriser l'utilisation des armes nucléaires », a fait valoir la directrice de l'ICAN, Beatrice Fihn, déplorant que le nouvel occupant de la Maison-Blanche « n'écoute pas » toujours les experts.

Soixante-douze ans après Hiroshima et Nagasaki, l'ICAN, coalition regroupant des centaines d'ONG, s'est vu attribuer la prestigieuse récompense pour avoir contribué à l'adoption cette année d'un traité historique d'interdiction de l'arme atomique.

« Nous vivons dans un monde où le risque que les armes nucléaires soient utilisées est plus élevé qu'il ne l'a été depuis longtemps », a souligné la présidente du comité Nobel norvégien, Berit Reiss-Andersen, qui s'est inquiétée du risque de prolifération « comme le montre la Corée du Nord ».

Le 7 juillet à l'ONU, 122 pays ont adopté un traité qui pose pour la première fois le principe de l'interdiction de mettre au point, stocker ou menacer d'utiliser l'arme atomique.

Sa portée reste essentiellement symbolique car les puissances nucléaires ont toutes refusé d'y adhérer, de même que les pays de l'OTAN.

« Ce traité ne rendra pas le monde plus pacifique, n'aboutira pas à la destruction de la moindre arme nucléaire et ne renforcera la sécurité d'aucun État », a déclaré vendredi à l'AFP un porte-parole du département d'État, soulignant que les États-Unis ne le signeront pas.

Accueil mitigé de l'OTAN

Le Nobel de la paix est « un encouragement » aux pays non-signataires pour qu'ils oeuvrent aussi à débarrasser la planète des armes nucléaires, a souligné Mme Reiss-Andersen.

L'Alliance atlantique « partage cet objectif avec l'ICAN », a réagi son secrétaire général, Jens Stoltenberg, mais « regrette que les conditions pour aboutir à un désarmement nucléaire ne soient aujourd'hui pas favorables ». Le Kremlin a dit « respecter » le choix du comité Nobel.

Donald Trump doit certifier avant le 15 octobre auprès du Congrès que Téhéran respecte ses engagements pris dans le cadre de l'accord de 2015 qui impose de strictes restrictions au programme nucléaire iranien en échange d'une levée des sanctions.

Selon des responsables américains interrogés par l'AFP, il doit annoncer « dans les prochains jours » son refus de le certifier, ouvrant la voie à une réintroduction de sanctions, ce qui pourrait faire dérailler l'accord.

« Nous ne taclons personne avec ce prix », a répondu Mme Reiss-Andersen, à la question de savoir si le Nobel visait le président Trump.

Le 4 octobre, Mme Fihn avait été moins diplomate, lorsqu'elle avait tweeté : « Donald Trump est un débile ». Un message qu'elle dit aujourd'hui regretter.

« C'est un moment de grandes tensions dans le monde, quand les déclarations enflammées pourraient tous nous conduire très facilement, inexorablement, vers une horreur sans nom », a-t-elle déclaré vendredi.

Des milliers d'ogives

Les diplomates s'inquiètent des répercussions négatives d'une volte-face américaine sur le dossier iranien, alors que la communauté internationale espère encore faire revenir la Corée du Nord à la table des négociations pour lui faire renoncer à ses propres ambitions nucléaires.

Le sixième essai nucléaire nord-coréen le 3 septembre et des tirs de missiles ont donné lieu à des insultes, menaces et démonstrations de force entre Pyongyang et Washington. Donald Trump a menacé la Corée du Nord de « destruction totale » et qualifié les négociations de « perte de temps ».

Depuis sa création en 2007, l'ICAN fait valoir que le recours aux armes nucléaires aurait des conséquences catastrophiques, ce qui rend indispensable leur élimination.

« Maintenant plus que jamais nous avons besoin d'un monde sans armes nucléaires », a commenté le chef de l'ONU, Antonio Guterres.

Au Japon, des survivants des bombardements atomiques ont salué ce Nobel.

« Ensemble et avec l'ICAN et bien d'autres gens, nous, les "Hibakusha" [terme japonais pour les victimes de la bombe atomique], continuerons à nous battre tant que nous vivrons pour un monde sans nucléaire », a déclaré à la télévision le nonagénaire Sunao Tsuboi, rescapé du bombardement d'Hiroshima.

Bien que la quantité d'ogives nucléaires ait fondu - d'environ 64 000 en 1986 à un peu plus de 9000 en 2017, selon le Bulletin of the Atomic Scientists (BAS) -, le nombre des pays détenteurs a augmenté.

Ils sont aujourd'hui neuf à posséder de telles armes : États-Unis, Russie, France, Grande-Bretagne, Chine, Inde, Pakistan, Corée du Nord et Israël.

Le Nobel sera remis le 10 décembre à Oslo.

La liste des lauréats engagés contre le nucléaire

Avant la Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires (ICAN) distinguée vendredi, le prix Nobel de la paix a récompensé plusieurs acteurs engagés dans la lutte contre la prolifération nucléaire.

2017: la Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires (ICAN), pour ses efforts contre ces armes de destruction massive au coeur de tensions internationales en Iran et Corée du Nord.

2005: l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et son directeur Mohamed El Baradei (Égypte) pour «leurs efforts visant à prévenir l'usage de l'énergie nucléaire à des fins militaires».

1995: le Mouvement anti-nucléaire Pugwash (fondé au Canada) et son créateur, le physicien Joseph Rotblat (Grande-Bretagne) pour «leurs efforts pour réduire et, à plus long terme, éliminer les armes nucléaires dans le monde».

1985: l'Internationale des médecins pour la prévention contre la guerre nucléaire (fondée aux États-Unis) pour son «travail d'information» afin d'améliorer la prise de conscience des conséquences d'une guerre nucléaire.

1982: les diplomates suédois Alva Myrdal et mexicain Alfonso Garcia Robles, pour leur rôle dans les négociations menées aux Nations unies sur le désarmement.

1975: le dissident et physicien nucléaire Andreï Sakharov (URSS), pour sa lutte en faveur du désarmement nucléaire.

1974: l'ancien Premier ministre japonais Eisaku Sato, pour avoir renoncé à l'option nucléaire pour son pays.

1962: le chimiste et physicien américain Linus Carl Pauling, pour sa campagne contre les essais nucléaires.

1959: l'homme politique britannique Philip Noel-Baker, pour ses efforts afin d'empêcher la guerre nucléaire entre les États-Unis et l'Union soviétique.




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