L'ONU adopte un traité bannissant l'arme atomique

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Le traité a été adopté par consensus entre les États qui l'ont négocié, mais aucun des neuf pays détenteurs de l'arme nucléaire (États-Unis, Russie, Royaume-Uni, Chine, France, Inde, Pakistan, Corée du Nord et Israël) n'a pris part aux négociations.

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Carole LANDRY
Agence France-Presse
WASHINGTON

Un traité interdisant les armes atomiques a été adopté vendredi aux Nations Unies mais les puissances nucléaires ont refusé de participer au processus, conférant à ce texte une portée largement symbolique.

Le traité a été adopté par 122 votes pour, une voix contre - les Pays-Bas, membre de l'OTAN - ainsi qu'une abstention.

Les partisans du traité y voient une réalisation historique, accueillie à l'ONU par des applaudissements à l'issue du vote, qui met un terme à trois semaines de négociations par 141 États, portées par l'Autriche, le Brésil, le Mexique, l'Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande

À l'inverse, les États dotés de l'arme atomique et qui ont d'ailleurs boycotté les négociations estiment qu'il n'aura aucun impact sur la réduction du stock mondial actuel de quelque 15 000 têtes nucléaires.

«Cette initiative ignore clairement les réalités de l'environnement sécuritaire international», ont fustigé la France, les États-Unis et le Royaume-Uni dans un communiqué conjoint. Ces trois grandes puissances nucléaires ont d'ailleurs catégoriquement rejeté l'idée de rejoindre a posteriori les signataires du texte.

Le traité, qui préconise une interdiction totale du développement, du stockage et de la menace d'utilisation d'armes nucléaires, ne s'appliquera qu'aux États signataires.

Il sera ouvert à ratification à partir du 20 septembre et entrera en vigueur après sa signature par 50 pays.

Ses partisans espèrent que le traité accentuera la pression sur les États nucléaires pour qu'ils prennent le désarmement davantage au sérieux.

«Nous avons réussi à semer les premières graines d'un monde sans armes nucléaires», s'est félicitée l'ambassadrice du Costa Rica, Elayne Whyte Gomez, qui a présidé la conférence de l'ONU sur le traité.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a salué une «étape importante» vers un monde sans nucléaire, estimant que le traité reflétait la grandissante «prise de conscience des conséquences humanitaires catastrophiques» d'une guerre nucléaire.

Moyen de dissuasion

Aucun des neuf pays détenteurs de l'arme nucléaire - États-Unis, Russie, Royaume-Uni, Chine, France, Inde, Pakistan, Corée du Nord et Israël - n'a pris part aux négociations.

Même le Japon, seul pays à avoir subi une attaque atomique en 1945, a boycotté les négociations, ainsi que la plupart des pays de l'OTAN.

Une source diplomatique de l'un des pays opposés à ce texte estime que «c'est donner de faux espoirs» par rapport à «ce qui est vraiment possible en matière de désarmement nucléaire».

«Ce traité va seulement affaiblir le régime de non-prolifération mondial», juge cette source qui aurait préféré l'idée d'un désarmement «progressif».

L'ambassadrice américaine à l'ONU, Nikki Haley, avait déclaré à l'ouverture des pourparlers le 27 mars: «Il n'y a rien que je souhaite tant pour ma famille qu'un monde sans arme nucléaire, mais nous devons être réalistes». «Qui peut croire que la Corée du Nord accepterait une interdiction des armes nucléaires?»

Les puissances nucléaires font valoir que leur arsenal sert de dissuasion contre une éventuelle attaque nucléaire et rappellent qu'elles restent engagées par le traité de non-prolifération nucléaire (TNP).

Ce traité de 1968 rend notamment les États responsables de la réduction de leurs stocks.

Impact sur l'opinion

La Corée du Nord a de son côté accéléré son programme d'armement nucléaire et balistique en dépit du TNP et a testé mardi pour la première fois un missile intercontinental.

Les États-Unis, soutenus par plusieurs alliés, ont appelé à renforcer les sanctions contre Pyongyang et laissé entendre que l'option militaire restait sur la table.

Mais l'impatience grandit parmi les pays non nucléaires qui dénoncent la lenteur du désarmement et craignent que ces armes de destruction massive ne finissent par tomber entre de mauvaises mains.

Les militants du désarmement estiment que le traité de vendredi stigmatisera davantage les armes nucléaires et aura un impact sur l'opinion publique.

«L'aspect crucial c'est que ça change le paysage juridique», affirme Richard Moyes, directeur de l'organisation britannique Article 36. Le traité «empêche les États nucléaires de se réfugier derrière l'idée qu'ils ne sont pas hors la loi».

«Il s'agit vraiment d'effacer l'aspect prestigieux des armes nucléaires», soutient Beatrice Fihn, directrice d'un mouvement réclamant l'abolition des armes nucléaires (Abolish Nuclear Weapons).

Les armes nucléaires «sont considérées comme quelque chose de grande valeur, qui donne du pouvoir. (Le traité) est censé enlever tout ça».




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