Des cyberattaques «sans précédent» à travers le monde

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Un message de demande de rançon apparaît sur un écran annonçant les horaires à la gare de Chemnitz, en Allemagne, le 12 mai.

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Jacques KLOPP avec les bureaux de l'AFP
Agence France-Presse
LONDRES

Une vague de cyberattaques « sans précédent » a frappé samedi une centaine de pays, affectant le fonctionnement de nombreuses entreprises et organisations, dont les hôpitaux britanniques, le constructeur français Renault et le système bancaire russe.

De la Russie à l'Espagne et du Mexique au Vietnam, des dizaines de milliers d'ordinateurs, surtout en Europe, ont été infectés vendredi par un logiciel de rançon exploitant une faille dans les systèmes Windows, divulguée dans des documents piratés de l'agence de sécurité américaine NSA.

Selon la police française, « plus de 75 000 » ordinateurs dans le monde ont été touchés, un bilan « encore provisoire qui devrait s'alourdir dans les jours qui viennent », a précisé Valérie Maldonado, de la sous-direction française de la lutte contre la cybercriminalité.

Un chercheur en cybersécurité, tweetant à partir de @Malwaretechblog, a indiqué à l'AFP avoir trouvé une parade pour ralentir la propagation du virus. Mais les experts restaient prudents samedi après-midi sur l'expansion du virus. « On ne sait pas encore si on est sur une pente ascendante ou descendante. On est toujours en phase d'analyse », a expliqué Laurent Maréchal, expert en cybersécurité chez McAfee, à l'AFP.

Le service public de santé britannique (NHS, 1,7 million de salariés) semble avoir été l'une des principales victimes, et potentiellement la plus inquiétante en mettant en danger des patients.

Mais il est loin d'être le seul. Le constructeur automobile français Renault a indiqué samedi à l'AFP avoir été affecté et des sites de production étaient à l'arrêt en France mais aussi en Slovénie, dans sa filiale Revoz.

L'usine de Dacia Renault en Roumanie a également été affectée, tout comme l'usine britannique de Sunderland du constructeur japonais Nissan, partenaire de Renault.

La Banque centrale russe a annoncé que le système bancaire du pays avait été visé par la cyberattaque, ainsi que plusieurs ministères, et que les pirates avaient tenté de forcer les installations informatiques du réseau ferroviaire.

« Enquête internationale »

Le géant américain de livraison de colis Fedex ou encore la compagnie de télécoms espagnole Telefonica, où les employés ont été appelés par mégaphone d'éteindre leurs ordinateurs en catastrophe, ont également été affectés.

L'attaque est « d'un niveau sans précédent » et « exigera une enquête internationale complexe pour identifier les coupables », a indiqué l'Office européen des polices Europol dans un communiqué.

« C'est la plus importante attaque de ce type de l'histoire », a déclaré à l'AFP Mikko Hypponen, responsable de la société de sécurité informatique F-Secure, basée en Finlande, en évoquant « 130 000 systèmes touchés dans plus de 100 pays ».

L'ancien pirate espagnol Chema Alonso, devenu responsable de la cybersécurité de Telefonica, a cependant conclu samedi sur son blog que malgré « le bruit médiatique qu'il a produit, ce "ransomware" n'a pas eu beaucoup d'impact réel » car « on peut voir sur le portefeuille Bitcoin utilisé que le nombre de transactions » est faible.

Selon le dernier décompte samedi, assure-t-il, seulement « 6000 dollars ont été payés » aux rançonneurs.

Ce montant modeste incite Amar Zendik, dirigeant de la société de sécurité Mind Technologies, à pencher pour une attaque menée par des « hackers » souhaitant « faire un coup » plutôt que de récupérer de l'argent.

Le logiciel malveillant verrouille les fichiers des utilisateurs et les force à payer une somme d'argent sous forme de monnaie virtuelle bitcoin pour en recouvrer l'usage : on l'appelle le « rançongiciel ».

Les captures d'écran d'ordinateurs infectés du NHS britanniques montrent ainsi que les pirates demandent un paiement de 300 dollars en bitcoins. Le paiement doit intervenir dans les trois jours, ou le prix double, et si l'argent n'est pas versé dans les sept jours les fichiers piratés seront effacés.

« Ne pas payer »

Les autorités américaines, britanniques et françaises ont conseillé aux particuliers, entreprises et organisations touchés de ne pas payer les pirates informatiques.

Les ministres des Finances du G7, réunis samedi à Bari, ont érigé la lutte contre le piratage informatique au rang de priorité.

La dernière attaque « ne semble pas avoir causé de problème au système financier pour l'instant », a commenté le gouverneur de la Banque d'Italie, Ignazio Visco.

Le NHS britannique tentait samedi de rassurer ses patients, alors que, soumis à une cure d'austérité, il est déjà au bord de la rupture. « Environ 45 établissements » ont été touchés, a indiqué samedi la ministre britannique de l'Intérieur Amber Rudd sur la BBC. Plusieurs d'entre eux ont été obligés d'annuler ou de reporter des interventions médicales.

Mme Rudd a ajouté que les autorités continuaient à tenter d'identifier les auteurs de l'attaque avant de présider une réunion interministérielle de crise.

Selon la société Kaspersky, le logiciel malveillant a été publié en avril par le groupe de pirates « Shadow Brokers », qui affirme avoir découvert la faille informatique par la NSA.

« Ce logiciel de rançon peut se répandre sans que qui que ce soit ouvre un courriel ou clique sur un lien », a précisé Lance Cottrell, directeur scientifique du groupe technologique américain Ntrepid.

« Si la NSA avait discuté en privé de cette faille utilisée pour attaquer des hôpitaux quand ils l'ont "découverte'', plutôt que quand elle leur a été volée, ça aurait pu être évité », a regretté sur Twitter Edward Snowden, l'ancien consultant de l'agence de sécurité américaine qui avait dévoilé l'ampleur de la surveillance de la NSA en 2013.




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