ONU: le Venezuela à la «table des grands»

Le président du Venezuela Nicolás Maduro (deuxième à... (PHOTO AFP/PRÉSIDENCE VÉNÉZUÉLIENNE)

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Le président du Venezuela Nicolás Maduro (deuxième à droite), le vice-président Jorge Arreaza (à droite) et le président de l'Assemblée nationale Diosdado Cabello (deuxième à gauche) se félicitaient vendredi à Caracas de l'élection du pays comme membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies.

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Le Venezuela a gagné son pari: le pays vient d'obtenir le siège le plus convoité à l'ONU, celui de membre du Conseil de sécurité. Une nomination décriée en raison du bilan «désastreux» du pays au sein de l'institution internationale.

L'ambassadrice des États-Unis aura bientôt une nouvelle collègue assise dans la chaise attenante à la sienne au Conseil de sécurité de l'ONU: María Gabriela Chávez, la fille de feu Hugo Chávez.

Pour la première fois depuis la révolution socialiste lancée par Chávez, en 1999, le Venezuela a obtenu le siège le plus convoité à l'ONU. Un coup d'éclat rendu possible par l'appui massif des pays d'Amérique latine en faveur de la candidature du Venezuela.

Plusieurs observateurs sont inquiets de voir le pays accéder à ce poste prestigieux.

«Le bilan du Venezuela est désastreux: au Conseil des droits de l'Homme à Genève, le Venezuela a fait de l'obstruction systématique, explique à La Presse Philippe Bolopion, directeur des relations avec l'ONU de Human Rights Watch, à New York. On voit mal comment le pays pourrait jouer un rôle constructif au Conseil de sécurité.»

Selon Human Rights Watch, le Venezuela «n'adhère pas aux principes universels des droits de l'Homme». À l'ONU, le pays a voté contre les résolutions condamnant les atrocités commises en Corée du Nord, en Syrie, en Iran et en Ukraine, notamment.

Ricardo Peñafiel, professeur associé au département de sciences politiques de l'UQAM, note que Human Rights Watch a d'excellentes raisons de critiquer la nomination du Venezuela.

«Cependant, s'il fallait retirer le siège à chaque nation violant les droits de l'homme, il n'y aurait pas grand monde au Conseil de sécurité ou aux Assemblées des Nations unies...», dit-il en entrevue.

M. Peñafiel, qui est également chercheur au Groupe de recherche sur les imaginaires politiques en Amérique latine (GRIPAL), n'est pas convaincu que l'arrivée de cette voix discordante est nécessairement néfaste.

«Au contraire, elle pourrait permettre de faire valoir la position d'un certain néo tiers-mondisme défendant le principe de souveraineté des États là où les puissances occidentales cherchent à imposer leur souveraineté "impériale" au nom de soi-disant impératifs sécuritaires.»

Embarras pour Washington?

Plus important organe de l'ONU, le Conseil de sécurité a pour mission de maintenir la paix et la sécurité internationale, selon la Charte des Nations unies. Le Conseil est composé de quinze membres: cinq membres permanents qui disposent d'un droit de veto (États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni), et dix membres élus pour une période de deux ans.

Le Venezuela pourra être une épine dans le pied des États-Unis, et utiliser cette nouvelle tribune pour faire valoir ses opinions. L'actuelle ambassadrice du Venezuela aux Nations unies, María Gabriela Chávez, est déjà controversée: la femme de 34 ans a abandonné ses études en relations internationales il y a plusieurs années, et des étudiants de ce programme à la prestigieuse Université Centrale du Venezuela dénoncent aujourd'hui son ascension énigmatique au sein de l'appareil de l'État. À Caracas, Mme Chávez est connue pour les fêtes monstres qu'elle organise avec sa soeur Virginia à La Casona, l'imposant palais présidentiel de feu son père, qu'elle refuse de quitter, et dont l'entretien coute 400 000 $ par année à l'État.

Le Venezuela, qui a été obtenu un siège, jeudi, en même temps que la Malaisie, la Nouvelle-Zélande, l'Angola et l'Espagne, ne risque pas d'avoir un impact important sur les décisions du Conseil de sécurité: le pays ne dispose pas d'un droit de veto.

Javier Ciurlizza, directeur d'International Crisis Group pour l'Amérique latine, basé à Bogota, en Colombie, croit que l'arrivée du Venezuela pourrait même avoir un effet imprévu: celui d'exposer le pays à la critique des autres pays membres.

«Ça peut se retourner contre le Venezuela, dit-il en entrevue. S'il y devait y avoir une répression violente à Caracas, le Venezuela pourrait devoir expliquer ses actions. Il pourrait y avoir de la pression des autres pays, des tractations diplomatiques... Le Venezuela devra répondre de ses actes, et ce n'est peut-être pas une si mauvaise chose.»

Le pays, note-t-il, ne s'est jamais remis des manifestations du printemps dernier, qui ont fait plus de 40 morts chez les manifestants et les forces de sécurité. «L'économie du pays est en déroute, les pénuries s'accentuent, l'instabilité est pire qu'avant. Personne ne sait où s'en va le pays.» Avec des paiements sur sa dette qu'il n'est pas en mesure de faire, le Venezuela est «mûr» pour la faillite, selon une récente étude de l'Université Harvard.

L'influence potentielle sur le Venezuela dans les hautes sphères de l'ONU est illusoire, croit quant à lui Philippe Bolopion, de Human Rights Watch. «En théorie, oui, je peux voir comment des pays membres pourraient tenter d'influencer le Venezuela. Mais ici, on a affaire à un pays hors-norme. Avec le Venezuela, les règles ne tiennent pas.»

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