ONU: les faiseurs de paix

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Une bannière des Nations unies installée pour la Conférence de paix sur la Syrie à Montreux et à Genève, en Suisse, en janvier dernier.

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Leurs actions peuvent changer l'histoire. Mais chaque fois qu'ils acceptent une mission, ils mettent leur vie en jeu. Les grands négociateurs de paix comme Staffan de Mistura, nommé cette semaine par l'ONU pour tenter d'apaiser le conflit syrien, pratiquent un métier aussi crucial que délicat: tenter de transformer la guerre en paix. Portraits de gens d'exception.

19 août 2003. Un camion de ciment rempli de bombes et de munitions explose sous une fenêtre de l'hôtel Canal, à Bagdad. Une fenêtre qui n'avait pas été choisie au hasard. Derrière se trouvait Sérgio Vieira de Mello, représentant spécial de l'ONU en Irak.

L'attentat-suicide tuera M. Vieira de Mello, à l'époque pressenti pour devenir le prochain secrétaire général de l'ONU, ainsi que 21 autres personnes. Et il illustre une chose: les gens qui travaillent pour la paix, ironiquement, sont loin d'être épargnés par la guerre.

«En acceptant leurs missions, les négociateurs de paix mettent ni plus ni moins leur vie en danger», commente Paul Heinbecker, ancien diplomate canadien à la longue feuille de route, aujourd'hui associé au Centre pour l'innovation et la gouvernance internationale (CIGI).

Staffan de Mistura, un diplomate italo-suédois qui vient d'être envoyé dans la mêlée de la tragédie syrienne dans l'espoir de rapprocher les parties, y a sûrement songé avant d'accepter une mission que plusieurs diplomates jugent aujourd'hui impossible.

M. de Mistura fait partie d'une courte liste de candidats auxquels l'ONU fait appel lorsqu'il faut intervenir dans les crises les plus graves de la planète.

«Le bassin de gens qualifiés est restreint, commente M. Heinbecker. Chacun d'entre eux a son histoire et son profil, mais ce sont tous des gens d'exception.»

Les cheveux gris sont la norme dans ce métier, qui exige une feuille de route aussi longue qu'étincelante. Les négociateurs sont souvent recrutés au sein même de l'ONU, mais pas toujours. Parfois, pour bien comprendre les sensibilités culturelles, le négociateur est une figure respectée du pays où se déroule la crise. Mais dans ce cas précis, il faut qu'elle fasse l'unanimité.

«Il faut être perçu comme neutre, mais aussi considéré comme quelqu'un qui veut et qui peut accoucher de résultats, dit M. Heinbecker. Si j'ai l'impression que vous ne parlez pas à mon ennemi, je vais probablement penser que vous ne pouvez pas obtenir les résultats escomptés.»

M. Heinbecker explique que les négociateurs sont habituellement entourés d'une solide équipe qui connaît à fond les dynamiques locales. Dans tous les cas, les négociateurs doivent allier la force de persuasion à l'intelligence nécessaire pour comprendre des situations complexes.

«Un homme comme Lakhdar Brahimi [qui vient de céder son poste de négociateur en Syrie], que je connais bien, est une personne sobre, sensée, pleine de bonté, mais aussi très rusée», dit M. Heinbecker.

Car sous leurs airs de vieux sages, ces négociateurs sont des preneurs de risques qui doivent aimer l'action et les situations tendues. Et de plus en plus.

«Il y a une époque où l'ONU était perçue comme neutre, dit M. Heinbecker. Aujourd'hui, plusieurs la considèrent comme un combattant de plus sur le terrain. Ça met en danger les négociateurs. Ils doivent avoir du coeur et des tripes.»

Quelques négociateurs de haut niveau

Staffan de Mistura

Il vient d'accepter une mission que plusieurs jugent impossible: trouver une issue à la guerre civile en Syrie, qui s'enfonce dans l'horreur depuis trois ans. Ce diplomate italo-suédois compte une expérience de 40 ans dans les différences agences de l'ONU. De l'Afghanistan à l'Irak en passant par le Liban, le Rwanda, la Somalie, le Soudan et l'ex-Yougoslavie, il s'est fait les dents en intervenant dans les conflits les plus difficiles des dernières décennies. Il parle sept langues et est père de deux filles.

Lakhdar Brahimi

En mai dernier, il a démissionné de son rôle de médiateur en Syrie en s'excusant auprès des Syriens. «Je suis très triste de quitter cette position et de laisser la Syrie derrière dans un état si lamentable», a-t-il dit, expliquant que les frustrations entourant les négociations politiques avaient anéanti ses espoirs de dénouer lui-même la crise. Âgé de 80 ans, cet Algérien a commencé sa carrière politique comme représentant du Front de libération nationale pendant la guerre de libération de l'Algérie. Après un passage par la Ligue arabe, il a entamé en 1993 une carrière à l'ONU, dirigeant notamment des missions au Liban, en Irak et en Afghanistan. En 2000, il avait publié un rapport-choc qui soulignait les limites de l'ONU à gérer des crises et qui y proposait des solutions.

Martti Ahtisaari

Président de la Finlande de 1994 à 2000, ce Prix Nobel de la Paix est notamment intervenu en Namibie, en Indonésie et en Irak. Mais il est surtout connu pour son travail au Kosovo, où il a dirigé les négociations qui ont conduit le pays à quitter la Serbie pour gagner son indépendance, en 2008.

Kofi Annan

Secrétaire général de l'ONU de 1996 à 2006, lauréat du prix Nobel de la Paix, Kofi Annan est un incontournable lorsqu'on parle de négociations internationales de haut niveau. L'un de ses plus hauts faits d'armes est d'avoir fortement contribué à apaiser la crise de violence déclenchée au Kenya après l'élection de 2007. Il s'est impliqué dans la crise syrienne en 2012 à l'invitation de l'ONU et de la Ligue arabe, mais a fini par claquer la porte. «Alors que le peuple syrien a désespérément besoin d'action, les insultes et les accusations continuent de fuser au Conseil de sécurité de l'ONU», avait-il dénoncé.

Richard Holbrooke

Mort en 2010, Richard Holbrooke a eu une vie bien remplie. Il a été l'homme de confiance tant de Jimmy Carter que de Bill Clinton et de Barack Obama, occupant notamment les postes d'envoyé spécial des États-Unis au Pakistan et en Afghanistan et d'ambassadeur des États-Unis à l'ONU. On lui attribue un grand rôle dans la signature des accords de Dayton, qui ont mis fin aux combats interethniques en Bosnie-Herzégovine en 1995. Il s'est aussi beaucoup impliqué en Afrique, notamment en République démocratique du Congo, au Rwanda et en Ouganda.




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