Montréal haïtien, deux ans après: trois réfugiées racontent

Marie-Rose Beaubrun... (Photo: Ivanoh Demers, La Presse)

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Marie-Rose Beaubrun

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Que connaissent les Montréalais de la multiplicité culturelle qui les entoure et dont ils font partie? Souvent, pas grand-chose. Découvrez des facettes variées de la ville grâce aux portraits et rencontres de ce dossier. »

Le 12 janvier 2010, elles ont tout perdu. Deux ans plus tard, elles ont refait leur vie à Montréal. Trois réfugiées racontent.

«Ne pas rester les bras croisés»

Marie-Rose Beaubrun pleure en faisant de grands gestes. Elle se lève, se rassoit. Prends le journaliste dans ses bras. Passe du français au créole. Puis du créole au français.

Deux ans après le tremblement de terre, la dame de 62 ans n'est manifestement pas remise de ses émotions.

«J'avais une boutique chez moi, un genre de dépanneur. Je vendais du riz, de l'avoine, du lait sucré. J'ai tout perdu.»

Après le tremblement de terre, Marie-Rose a passé 10 jours à dormir par terre, dans la rue. Sans rien. «Il y avait des dons, mais on n'était pas au courant. On n'a rien trouvé. Même pas une bouteille d'eau.»

C'est son fils, Montréalais depuis six ans, qui est venu la chercher en Haïti. Et c'est chez lui, avec sa femme québécoise, qu'elle vit depuis le 3 novembre 2010.

Pas évident de refaire sa vie à 60 ans, surtout quand on n'a jamais mis les pieds au Québec. «Il a fallu que je retourne à l'école pour apprendre le français», dit-elle en pleurant de plus belle.

Marie-Rose ne sait ni lire ni écrire. Mais les cours d'alphabétisation lui ont au moins permis de rencontrer du monde. Idem pour les églises évangéliques, qui l'ont accueillie à bras ouverts. «C'est bon pour ne pas rester toute seule... Il ne faut pas rester les bras croisés.»

Retourner en Haïti? Pour quoi faire? demande Marie-Rose. «Je n'ai plus de commerce. Ma maison est écrasée. Je n'ai pas de mari. Mes enfants sont ici. Il n'y a rien pour moi là-bas.»

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Cassandie Esther

Photo: Ivanoh Demers, La Presse

«Comme une tumeur»

Certains ont perdu leur maison... d'autres ont perdu des gens. C'est le cas de Cassandie Esther, qui n'a jamais retrouvé sa soeur après le séisme.

«Elle était à l'Université de Port-au-Prince, raconte la jeune femme de 20 ans. Mon frère est allé pour la retrouver. Il a commencé à enlever tous les cadavres. Des gens nous ont dit qu'ils l'avaient vue vivante et qu'on l'avait mise dans un hélicoptère. Mais pour aller où? On n'a jamais su.»

Les recherches ont duré des mois. En vain. En mars 2011, Cassandie, sa mère, son frère et sa petite soeur sont venus vivre à Montréal, où un appartement les attendait.

«On aurait pu rester, admet la jeune femme. Mais Port-au-Prince était devenu comme une tumeur, pour moi. Revoir les zones dévastées où j'avais l'habitude de passer... Vivre dans la poussière des morts... Le souvenir de ma soeur... On a préféré partir.»

La vie a repris pour Cassandie et sa famille. La jeune femme travaille au Chic Resto Pop et étudie en santé au cégep André-Laurendeau. Sa soeur va toujours à l'école. Son frère travaille pour Bell. Et sa mère, éducatrice à la retraite, cherche un emploi, faute d'avoir complètement fait son deuil.

«Elle croit toujours que ma soeur est vivante, soupire Cassandie. C'est son instinct maternel qui le lui dit...»

Jeannette Malbranche... (Photo: Ivanoh Demers, La Presse) - image 3.0

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Jeannette Malbranche

Photo: Ivanoh Demers, La Presse

«Mon travail m'a sauvée»

Le 12 janvier 2010, comme chaque jour, Jeannette Malbranche était dans la rue, à vendre des savons et de la lessive.

«C'est ce qui m'a sauvée, assure l'ancienne vendeuse ambulante. Toutes les personnes qui vivaient dans mon immeuble sont mortes.»

Dans les semaines qui ont suivi, Jeannette a vécu sous la tente, avec une amie. «Pas à l'aise pour manger. Pas à l'aise pour se laver. C'était triste», raconte l'Haïtienne de 70 ans, qui reste avare de détails.

Elle a quand même eu plus de chance que d'autres. Deux mois après le séisme, elle a pu rejoindre sa fille au Québec.

Jeannette ne regrette pas Haïti («trop de problèmes, là-bas»). Elle s'est fait de nouveaux amis et trouve réconfort dans les églises de Montréal-Nord, qu'elle fréquente de façon quasi obsessive. «Notre-Dame, Saint-Joseph, Saint-Michel, Sainte-Bernadette, je les fais toutes!»

Seul obstacle: la langue. Comme beaucoup de gens de sa génération, Jeannette ne parle que le créole. Pas idéal. Mais cela ne semble pas l'inquiéter outre mesure. Primo, elle suit des cours de français trois fois par semaine. Deuzio, Montréal ne manque pas d'Haïtiens. «Je trouve toujours quelqu'un pour me traduire», dit-elle en dévoilant sa dent en or.

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