Deux Québécois, étincelles d'une révolution en Roumanie

Le journaliste Réjean Roy et l'ancien ministre péquiste... (Photo: Marco Campanozzi)

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Le journaliste Réjean Roy et l'ancien ministre péquiste Michel Clair ont réalisé en 1989 une entrevue télévisuelle avec le pasteur protestant Làszlo Tökés qui a été l'élément déclencheur de la contestation populaire qui a mené à la chute de Nicolae Ceausescu en Roumanie.

Photo: Marco Campanozzi

Difficile de prédire ce qui mettra en marche une révolution. En s'immolant en décembre dernier, le jeune Mohamed Bouazizi ignorait qu'il serait l'étincelle qui allait mettre le feu aux poudres en Tunisie. Tout comme en 1989, un ancien ministre et un journaliste québécois ne se doutaient pas qu'ils allaient faire craquer la première allumette de la révolution roumaine.

Présenté à RDI ce soir à 20h, le documentaire Dans l'ombre de Dracula, réalisé par Árpád Szoczi, relate comment il y a 20 ans, l'ex-ministre péquiste Michel Clair et le journaliste Réjean Roy ont réalisé une entrevue télévisuelle avec un pasteur protestant, László Tökés, appartenant à l'importante minorité hongroise de Roumanie. Ce dernier y défiait le régime de Nicolae Ceausescu, le manque de liberté et la discrimination dont le groupe ethnique auquel il appartenait était victime.

Diffusée des mois plus tard à la télévision hongroise, l'entrevue a été à l'origine d'un mouvement de contestation qui a mené à la chute et à l'exécution de Ceausescu et de sa femme le 25 décembre 1989.

«Nous n'avons pas été l'étincelle, c'est le révérend lui-même qui a joué ce rôle. On a été l'allumette de la première bougie d'allumage de la révolution roumaine. L'entrevue était planifiée, mais pas ce qui a suivi», témoigne aujourd'hui Michel Clair, joint au téléphone hier.

Le domino improbable

«Ce qui a suivi» va comme suit: après avoir eu vent de l'entrevue, les autorités roumaines de l'époque ont essayé de déloger le pasteur Tökés de son église de Timisoara le 16 décembre 1989. Ils se sont vite heurtés à la colère de ses partisans. Dans les jours qui ont suivi, 109 civils ont péri lors de confrontation avec les forces de l'ordre. Les manifestations ont vite atteint Bucarest. En moins de 10 jours, le régime rendait l'âme, après avoir laissé 1100 morts dans les rues.

Le tout a laissé les deux Québécois bouche bée. «C'était impossible d'imaginer l'impact que pouvait avoir cette entrevue sur un pays étranger, qui n'était pas le nôtre. Ça m'a bouleversé», note aujourd'hui Michel Clair, qui a depuis en tête autant les événements de Roumanie en 1989 que ceux qui ont récemment précipité la chute du dictateur tunisien ou encore les manifestations qui ébranlent aujourd'hui l'Égypte.

«Ce que j'ai appris de plus important en Roumanie, c'est qu'il y a un concept qui s'appelle la peur et qui, grâce à la brutalité d'un régime, peut paralyser les gens pendant des décennies. Mais quand la peur change de camp, le dictateur ne peut plus rien faire», estime M. Clair.

Aujourd'hui à la retraite, l'ex-journaliste Réjean Roy songe pour sa part à l'une des principales différences entre la révolution roumaine et les soulèvements en cours dans le grand monde arabo-musulman: les technologies de l'information. En 1989, pour obtenir une entrevue de 40 minutes, Réjean Roy et Michel Clair ont été épaulés autant par des Montréalais d'origine hongroise - dont le réalisateur du documentaire et son père qui ont en partie financé leur voyage - que par des Hongrois et des Roumains qui ont mis leur vie en danger pour les aider à déjouer la police secrète de Ceausescu.

L'entrevue d'antan, qui aujourd'hui pourrait être diffusée sur le web en un clin d'oeil, a failli rester lettre morte en 1989. Autant Télé-Québec que Radio-Canada n'avaient montré aucun intérêt pour l'entretien avec le prêtre hongrois qui semblait bien loin des préoccupations des Québécois de l'époque. «Si on a été l'étincelle, c'est d'abord parce que la télévision hongroise a diffusé le document, rappelle l'ex-reporter. Tout ce qui s'est passé en Roumanie et en Europe de l'Est il y a 20 ans s'est fait par le tissage de solidarités et ça reprend aujourd'hui en Tunisie, en Égypte, au Yémen.»




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