L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a formellement annoncé jeudi la première pandémie de mondiale de grippe depuis 41 ans, relevant son niveau d'alerte à l'échelon maximal de 6, alors que les cas d'infections liés au virus A/H1N1 continuent à augmenter aux Etats-Unis, en Amérique du Sud et en Europe.

Dans un communiqué adressé à ses Etats membres, l'OMS annonce avoir pris la décision de relever son niveau d'alerte pandémique à de la phase 5 à la phase 6, soit le maximum possible, après une réunion d'urgence de ses experts.Cette décision, largement attendue, confirme que l'épidémie de grippe A/H1N1, partie du Mexique et des Etats-Unis, s'est transformée en pandémie mondiale. Elle devrait conduire les gouvernements à consacrer davantage de moyens financiers à la lutte contre le virus. L'OMS va également demander aux groupes pharmaceutiques d'accélérer la production d'un vaccin.

Le monde fait face à la «première pandémie de grippe du XXIe siècle», a déclaré la directrice générale de l'OMS, Margaret Chan. «Le virus (de la grippe A/H1N1) est maintenant inarrêtable.»

Selon Mme Chan, les pays déjà touchés doivent se préparer à une «deuxième vague» de cas. La maladie provoquera de nouveaux décès mais on ne s'attend pas à une hausse soudaine du nombre de cas mortels, a-t-elle ajouté.

A ce stade précoce, la pandémie se caractérise par «une sévérité modérée», souligne l'OMS, qui invite les Etats à ne pas fermer les frontières ni à limiter les voyages et le commerce internationaux.

Selon un dernier bilan, 27.737 cas de grippe A/H1N1 ont été recensés dans 74 pays, dont 141 mortels. La plupart des cas sont bénins et ne nécessitent aucun traitement, mais les experts craignent que les hôpitaux et les autorités sanitaires, surtout dans les pays pauvres, ne puissent être débordés en cas de forte augmentation du nombre de nouvelles infections.

La grippe A/H1N1 fait preuve d'une certaine résistance en continuant à s'étendre dans l'hémisphère nord malgré l'approche de l'été alors que les virus grippaux disparaissent habituellement avec le retour de la chaleur.

La dernière pandémie grippale, celle de la grippe de Hong Kong, remonte à 1968 et avait fait environ un million de morts dans le monde. La grippe saisonnière classique tue chaque année entre 250.000 et 500.000 personnes.

De nombreux experts estiment que la déclaration officielle de la pandémie aurait pu intervenir il y a plusieurs semaines déjà, mais que l'OMS a préféré s'abstenir en raison de problèmes politiques. En mai, plusieurs pays avaient exhorté l'organisation à ne pas relever son niveau d'alerte à la phase 6 par crainte de troubles économiques et sociaux. «L'OMS, finalement, rejoint la réalité des faits», estime Michael Osterholm, de l'Université du Minnesota, et conseiller du gouvernement américain.

Malgré la prudence de l'OMS, la déclaration de pandémie pourrait susciter localement des réactions de panique. L'inquiétude a déjà gagné l'Argentine, où des milliers de personnes angoissées par la nouvelle grippe A ont afflué dans les hôpitaux cette semaine, menaçant de paralyser les services sanitaires d'urgence à Buenos Aires.

A Hong Kong, les autorités ont ordonné jeudi la fermeture de l'ensemble des écoles maternelles et primaires du territoire pour deux semaines après la découverte d'une dizaine de cas d'infections chez des élèves. Cette mesure, qui affecte plus de 500.000 écoliers, est jugée disproportionnée par les experts.

Aux Etats-Unis, où l'on recense plus de 13.000 cas dont au moins 27 mortels, les responsables des Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) ont précisé que l'annonce de l'OMS ne changerait pas la manière dont les autorités américaines gèrent la situation. «Depuis un mois, nous avons agi comme s'il y avait une pandémie dans le pays», a souligné Glen Nowak, un porte-parole des CDC.

Les groupes pharmaceutiques vont s'employer à «garantir le plus grand approvisionnement possible de vaccins contre la pandémie dans les mois à venir», souligne l'OMS, qui a invité les laboratoires à commencer la fabrication. Les sociétés GlaxoSmithKline et Sanofi-Aventis travaillent depuis le mois dernier sur un vaccin contre le nouveau virus. GlaxoSmithKline a précisé qu'il pourrait commencer la production à grande échelle d'un vaccin en juillet, mais qu'il faudra attendre plusieurs mois avant que de grandes quantités soient disponibles.