Dans le nord de l'Inde, la pollution étouffe aussi les petites villes

Située à 150 kilomètres à l'est de Delhi, dans... (PHOTO MONEY SHARMA, ASSOCIATED PRESS)

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Située à 150 kilomètres à l'est de Delhi, dans l'État pauvre de l'Uttar Pradesh, Moradabad faisait partie de ces lieux où les concentrations de polluants étaient si hautes que le plafond de l'indice de qualité de l'air n'était pas adapté, faute d'échelle suffisante.

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Jalees ANDRABI
Agence France-Presse
MORADABAD

Il ne faut que quelques heures aux filtres de l'unique station de mesure de la qualité de l'air de Moradabad pour devenir noirs de crasse, signe de l'effroyable pollution qui affecte non seulement New Delhi, mais nombre de villes du nord de l'Inde.

Quand les yeux du monde entier étaient tournés vers la capitale indienne et son impressionnant brouillard toxique, des dizaines de millions d'Indiens des régions environnantes suffoquaient eux aussi.

Des images satellites de la NASA prises la semaine dernière montrent un nuage de pollution exécrable s'étendant du Pendjab pakistanais à la plaine du Gange, une des zones les plus peuplées d'Asie du Sud.

Située à 150 kilomètres à l'est de Delhi, dans l'État pauvre de l'Uttar Pradesh, Moradabad faisait partie de ces lieux où les concentrations de polluants étaient si hautes que le plafond de l'indice de qualité de l'air n'était pas adapté, faute d'échelle suffisante.

La ville d'un million d'habitants est un cimetière de déchets électroniques, qui ont engendré toute une industrie locale.

Des chiffonniers brûlent des tas de puces le long de la rivière dans l'espoir d'en retirer des particules d'or ou d'argent. La fumée dégage des métaux lourds et substances cancérigènes.

Pourtant, en dépit de l'odeur métallique qui pénètre les narines, des yeux qui brûlent et de la brume oppressante, nombre d'habitants se réfugient dans le déni.

«Il n'y a pas de pollution», affirme Shetty Bhai. «Nous n'avons pas de problèmes et nous travaillons, jouons et courons normalement. Nous ne souffrons d'aucune maladie.»

Les particules en suspension émises par les combustions accentuent les risques de maladies cardiovasculaires et de cancer des poumons. Les plus petites d'entre elles (PM2,5 et inférieures), grandes comme un trentième d'un diamètre de cheveu humain, parviennent à s'infiltrer dans l'organisme et le sang, à travers les poumons.

Malades

Sur un toit, la chercheuse Aprajita Singh inspecte les filtres et le capteur de qualité de l'air qu'elle a changés juste quelques heures plus tôt. Les disques blancs sont devenus complètement noirs.

«La qualité de l'air dans cette ville est très, très mauvaise. Ça a une répercussion négative sur notre santé», dit-elle à l'AFP.

Bien que critiquées pour leur manque de proactivité, les autorités de New Delhi - qui ont qualifié la mégapole de «chambre à gaz» - ont pris quelques mesures pour améliorer la qualité de l'air: arrêt des chantiers, interdiction d'entrée des poids lourds, etc.

Rien de tout cela à Moradabad, dont l'histoire est similaire à celle de centaines d'autres villes indiennes, où la vie continue sans perturbations malgré le smog.

«La principale cause de l'aggravation de la pollution atmosphérique est l'incinération endémique de déchets électroniques. Les niveaux de pollution ont augmenté au cours de la dernière décennie», explique Mme Singh.

Les experts estiment que l'indifférence générale à la pollution dans les petites villes, malgré le danger qu'elle représente pour la santé publique, est due à un manque de sensibilisation.

«Les journaux locaux écrivent sur la pollution à New Delhi, mais aucune référence à la pollution à Moradabad», raconte Anamika Tripathi, du National Air Monitoring Programme.

La collecte des données est aussi à améliorer.

L'Inde ne possède qu'une trentaine de stations de mesure de la pollution pour son 1,25 milliard d'habitants. Cela signifie que de larges pans du pays sont des trous noirs en matière de recueil de l'information.

Pneumologue à Moradabad, Azeem Iqbal note cependant une multiplication du nombre de patients à son cabinet depuis le début du mois.

«Les gens ne deviennent conscients des effets nocifs de la pollution atmosphérique que lorsqu'ils les affectent, et qu'ils commencent à présenter des symptômes de maladies», déplore-t-il.




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