L'épandage de sel accroît la salinité des lacs nord-américains

Chaque année, quelque 23 millions de tonnes de... (PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE)

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Chaque année, quelque 23 millions de tonnes de chlorure de sodium sont utilisées pour faire fondre la glace et la neige sur le réseau routier nord-américain, précisent les auteurs de cette étude.

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Jean-Louis SANTINI
Agence France-Presse
WASHINGTON

Le salage massif des routes en hiver accroît la salinité des lacs d'eau douce en Amérique du Nord, ce qui risque d'altérer durablement ces écosystèmes aquatiques.

Une étude publiée lundi indique qu'une grande partie des 371 lacs dans le centre-ouest et le nord-est des États-Unis et au Canada dont l'eau a été analysée connaissent une salinisation croissante et durable.

« Nous avons analysé les données sur une longue période et nous avons comparé les concentrations de chlorure dans les lacs et réservoirs d'eau douce américains au climat et aux différentes utilisations des sols pour déterminer comment et pourquoi la salinisation change sur de vastes échelles géographiques », explique Hilary Dugan, une limnologue à l'Université du Wisconsin-Madison.

Elle est l'un des principaux auteurs de ces travaux parus dans la dernière édition des Comptes rendus de l'Académie américaine des sciences (PNAS).

Jugeant cette situation « consternante », cette scientifique déplore le fait que « des projets de développement immobilier sur une petite partie du bord des lacs se traduisent par des risques importants de salinisation de ces étendues d'eau » avec le salage des routes d'accès en hiver.

Chaque lac étudié avait une étendue de plus de quatre hectares avec au moins dix ans de données sur la teneur de l'eau en sel.

La majorité des lacs (284) sont situés dans le nord, dont les États du Connecticut, du Maine, du Massachusetts, du Michigan, du Minnesota, du New Hampshire, de New York, du Rhode Island, du Vermont, du Wisconsin ainsi qu'en Ontario.

Depuis les années 40, l'utilisation du sel sur les routes en hiver pour permettre la circulation a fortement augmenté. Ainsi, chaque année, quelque 23 millions de tonnes de chlorure de sodium sont utilisées pour faire fondre la glace et la neige sur le réseau routier nord-américain, précisent les auteurs de cette étude.

Ampleur sous-estimée

La plus grande partie de ce sel se retrouve dans les systèmes aquatiques et est considéré comme une source majeure de pollution des nappes d'eau souterraines, des cours d'eau, des rivières et des lacs, soulignent ces scientifiques.

Pour mesurer les quantités de sel déversées sur les chaussées et trottoirs, les chercheurs ont évalué la densité du trafic et les zones desservies dans un rayon de 100 à 1500 mètres autour des 371 lacs étudiés.

Les résultats sont clairs : les voies de circulation situées à l'intérieur d'un rayon de 500 mètres d'une rive d'un lac sont de solides indicateurs de concentrations élevées de chlorure dans l'eau.

Quand les résultats de cette étude sont extrapolés à l'ensemble des lacs dans le nord du continent nord-américain, quelque 7770 lacs pourraient faire face à un accroissement de la salinité de leurs eaux.

Si la salinisation actuelle se poursuit, un grand nombre de ces lacs dépasseront dans les cinquante ans la concentration maximale de salinité recommandée par l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) établie à 230 milligrammes par litre (mg/L).

Selon cette étude, quatorze de ces lacs dépasseront ce seuil d'ici à 2050 et 47 autres sont sur la voie pour une concentration de 100 mg/L pendant la même période, ont déterminé ces scientifiques.

« Ces résultats sont probablement une sous-estimation du problème de salinisation alors qu'un nombre de régions où les routes font l'objet d'un salage intensif en hiver, comme le Québec et les provinces maritimes du Canada, ne fournissent plus les données sur la salinisation de leurs lacs », pointe Sarah Bartlett, une chercheuse à l'Université du Wisconsin-Milwaukee, une des coauteurs.

Dans les lacs où les niveaux de chlorure de sodium sont élevés, les populations de poissons et d'invertébrés ont été altérées, ainsi que le plancton qui forme la base de la chaîne alimentaire aquatique.

La diversité des espèces aquatiques et leur abondance peuvent diminuer et dans des cas extrêmes de salinisation, les eaux sont faiblement oxygénées, réduisant la vie dans les lacs.




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